« Les gens ? »
Il répondit : « Par Dieu, ils sont nombreux et leur force est redoutable. Le Prophète (ﷺ) insista pour qu’il lui révèle leur nombre, mais il refusa. Alors le Prophète (ﷺ) lui demanda : « Combien de chameaux immolent-ils ? » L’homme répondit : « Dix par jour. » Le Prophète (ﷺ) déclara : « Ils sont donc mille : un chameau pour cent hommes, et ainsi de suite. »
Cette nuit-là, une petite pluie nous surprit : nous nous sommes abrités sous les arbres et de larges boucliers pour nous protéger de la pluie, tandis que le Messager de Dieu (ﷺ) passa la nuit à invoquer son Seigneur et à dire : « Ô Dieu, si ce groupe est anéanti, Tu ne seras plus adoré. » Puis, à l’aube, il appela : « À la prière, serviteurs de Dieu ! » Les gens sortirent de dessous les arbres et les grands boucliers. Le Messager de Dieu (ﷺ) nous dirigea dans la prière et nous encouragea à combattre. Ensuite, il dit : « Les Quraychites se sont rassemblés au pied de ce versant rouge de la montagne (1). »
Quand ils s’approchèrent de nous et que nous nous mîmes en rang face à eux, un homme sur un chameau roux s’avança au milieu de leurs rangs. Le Messager de Dieu (ﷺ) dit : « Ô ʿAlî, appelle-moi Ḥamza – c’est lui qui est le plus proche des polythéistes – et demande-lui de qui il s’agit. » Ḥamza revint et dit : « C’est ʿUtba ibn Rabīʿa ; il cherche à empêcher le combat. Il leur déclare : “Ô mon peuple, faites retomber sur moi toute la responsabilité aujourd’hui et dites que ʿUtba ibn Rabīʿa a été lâche, alors que vous savez bien que je ne suis pas le plus lâche d’entre vous.” » Abū Jahl l’entendit et dit : « C’est toi qui parles ainsi ? Par Dieu, si quelqu’un d’autre avait dit cela, je l’aurais déjà fait taire. Ta poitrine est emplie de peur. » ʿUtba lui répondit : « C’est moi que tu couvres de honte, espèce de ‘jaune de derrière’ ? Aujourd’hui, tu découvriras lequel de nous est le plus lâche ! »
Alors, ʿUtba, son frère Shayba et son fils al-Walīd avancèrent par orgueil et s’écrièrent : « Qui viendra nous affronter ? » De jeunes hommes parmi les Anṣār — de tout jeunes gens (2) — sortirent. ʿUtba dit : « Nous ne voulons pas de ceux-là, mais plutôt de gens de notre propre clan, les Banū ʿAbd al-Muṭṭalib. » Le Messager de Dieu (ﷺ) dit alors : « Lève-toi, ʿAlî ; lève-toi, Ḥamza ; et lève-toi, ʿUbayda ibn al-Ḥārith ibn al-Muṭṭalib. » Dieu fit périr ʿUtba et Shayba, fils de Rabīʿa, ainsi que al-Walīd ibn ʿUtba, tandis que ʿUbayda fut blessé. Nous tuâmes soixante-dix d’entre eux et fîmes soixante-dix prisonniers.
Un Ansārī de petite taille amena alors al-ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib prisonnier. Al-ʿAbbās dit : « Ô Messager de Dieu, par Dieu, cet homme ne m’a pas capturé ! C’est un combattant robuste, au visage des plus beaux, sur un cheval tacheté, et je ne le vois pas parmi les troupes. » L’Ansārī s’écria : « C’est moi qui l’ai fait prisonnier, ô Messager de Dieu ! » Le Prophète (ﷺ) dit : « Tais-toi : Dieu t’a soutenu par un ange noble. » Il poursuivit : « Parmi les Banū ʿAbd al-Muṭṭalib, nous avons fait prisonniers al-ʿAbbās, ʿAqīl et Nawfal ibn al-Ḥārith. » Ce récit est de bonne facture et corrobore ce qui précède et ce qui suit. Seul l’imām Aḥmad l’a rapporté dans toute sa longueur. Abū Dāwūd en a rapporté une partie, selon la chaîne d’Isrāʾīl (3).
Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) descendit de l’abri (al-ʿarīsh) et exhorta les gens à combattre, ceux-ci tenaient déjà leurs rangs, endurant patiemment tout en invoquant Dieu abondamment, ainsi que Dieu, le Très-Haut, l’a ordonné (4) : « Ô vous qui croyez, lorsque vous rencontrez une troupe (ennemie), tenez ferme et invoquez beaucoup Dieu… » (Al-Anfāl, 45). Al-Umawī a dit : « Muʿāwiya ibn ʿAmr nous a rapporté, d’après Abū Isḥāq, qu’al-Awzāʿī disait : “On disait qu’il était rare de tenir bon.” »