Al-Bukhârî a rapporté (1), par diverses chaînes de transmission, d’après Khâlid al-Ḥadhdhâ’, d’après ‘Ikrima, d’après Ibn ‘Abbâs, que le Prophète (ﷺ) déclara alors qu’il se tenait dans une tente, le jour de Badr : « Ô Seigneur, je Te réclame Ton engagement et Ta promesse ! Ô Seigneur, si Tu le souhaites, Tu ne seras plus adoré après ce jour ! » Abû Bakr saisit alors la main du Prophète et lui dit : « Cela suffit, ô Messager d’Allah, tu as trop insisté auprès de ton Seigneur. » Puis il (le Prophète) sortit d’un bond, revêtu de sa cotte de mailles, tout en récitant : « “Le rassemblement sera bientôt mis en déroute et ils tourneront le dos (45). L’Heure est leur rendez-vous et l’Heure sera plus terrible et plus amère.” » [Al-Qamar : 45-46] Ce verset est mecquois.
Cette prophétie se réalisa le jour de Badr, comme l’a mentionné Ibn Abî Ḥâtim (2) : « Mon père nous raconta : Abû ar-Rabî‘ az-Zahrânî nous raconta : Ḥammâd nous raconta, d’après Ayyûb, d’après ‘Ikrima, qui dit : “Lorsque fut révélé : ‘Le rassemblement sera bientôt mis en déroute et ils tourneront le dos’, ‘Umar s’exclama : ‘Quel rassemblement sera vaincu ? Et quel groupe sera victorieux ?’ Plus tard, le jour de Badr, j’ai vu le Messager d’Allah (ﷺ) bondir dans sa cotte de mailles en récitant : ‘Le rassemblement sera bientôt mis en déroute et ils tourneront le dos’, et c’est alors seulement que j’en ai compris le sens.” » (3)
Al-Bukhârî rapporta également (4), selon Ibn Jurayj, d’après Yūsuf ibn Mâhân, qui entendit ‘Â’isha dire : « Le verset : ‘L’Heure est leur rendez-vous et l’Heure sera plus terrible et plus amère’ fut révélé au Messager d’Allah (ﷺ) à La Mecque, alors que j’étais une fillette qui jouait encore. » Ibn Isḥâq (5) déclara : « Le Messager d’Allah (ﷺ) suppliait ardemment Son Seigneur pour qu’Il accomplisse la promesse de victoire qu’Il lui avait faite. Il disait notamment : ‘Ô Seigneur, si ce groupe (de croyants) périt aujourd’hui, Tu ne seras plus adoré.’ Abû Bakr lui répondit : ‘Ô Prophète d’Allah, apaise tes supplications à l’égard de ton Seigneur, car Allah réalisera bel et bien ce qu’Il t’a promis.’ »
Le Prophète (ﷺ) s’assoupit alors dans la hutte (al-‘arîsh), puis se réveilla en disant : « Réjouis-toi, Abû Bakr, voici venue la victoire d’Allah ! C’est Jibrîl (Gabriel) qui tient la bride de son cheval, la poussière couvrant ses dents. » Puis le Messager d’Allah (ﷺ) sortit pour encourager les musulmans et proclama : « Par Celui qui détient l’âme de Muḥammad dans Sa Main, quiconque combat ces gens aujourd’hui et meurt en restant patient, avec l’espoir d’être récompensé, avançant sans reculer, Allah le fera entrer au Paradis. » C’est alors que ‘Umayr ibn al-Ḥammâm, membre des Banû Salama, qui tenait des dattes qu’il était en train de manger, s’exclama : « Bakh ! Bakh ! Ne me sépare-t-il du Paradis que d’être tué par eux ? » Il jeta aussitôt ses dattes, saisit son sabre et se battit vaillamment jusqu’à être tué. Qu’Allah lui fasse miséricorde.
L’imam Aḥmad rapporte (6) : « Hâshim nous a transmis, Sulaymân nous a transmis, d’après Thâbit, d’après Anas, que le Messager d’Allah (ﷺ) envoya Busbasa (7) en éclaireur pour observer ce que faisait la caravane d’Abû Sufyân. Celui-ci revint et ne trouva dans la maison que moi et le Prophète (ﷺ) — je ne sais pas s’il a exclu l’une de ses épouses ou non. Il lui raconta alors la situation. Puis le Messager d’Allah (ﷺ) sortit, prit la parole et déclara : “Il nous appartient…” »