Par la victoire, et c’était (– qu'Allah soit satisfait de lui –), un homme au cœur sensible, extrêmement compatissant envers le Messager de Dieu (ﷺ) (1).
As-Suhaylī rapporta de son maître Abū Bakr ibn al-‘Arabī (2) qu’il avait dit : « Le Messager de Dieu (ﷺ) se trouvait dans la station de la crainte, tandis que Aṣ-Ṣiddīq se tenait dans la station de l’espérance. En ce moment précis, la station de la crainte était, dit-on, la plus accomplie. » Il ajouta : « Car Dieu peut faire ce qu’Il veut ; il craignait donc qu’Il ne fût plus adoré sur terre par la suite. Cette crainte-même était donc un acte d’adoration. »
J’ai dit : Quant à la parole de certains soufis, selon laquelle cette station-ci serait le pendant de l’évènement qui eut lieu le jour de la Caverne, elle est rejetée à l’encontre de celui qui la soutient. Celui-ci, en effet, n’a pas réfléchi à ce que recèle son propos, ni à ce qu’il implique, ni à ce qui en découle. Et Dieu est plus savant (4).
Or, alors, les deux factions se firent face, les deux groupes s’affrontèrent, et les deux parties comparurent devant le Tout-Miséricordieux. Le Maître des prophètes implora son Seigneur, et les Compagnons élevèrent maintes supplications vers le Seigneur de la terre et du ciel, Entendeur des prières et Délivreur des maux. Le premier à être tué parmi les polythéistes fut alors Al-Aswad ibn ‘Abd al-Asad al-Makhzūmī. Ibn Isḥāq (5) rapporte qu’il fut un homme dur, de mauvais caractère, qui déclara : « Je fais le serment devant Dieu de boire de leur bassin, ou de le démolir, ou de mourir en le défendant. » Quand il s’avança, Ḥamza ibn ‘Abd al-Muṭṭalib sortit à sa rencontre ; lorsqu’ils se rejoignirent, Ḥamza le frappa et lui trancha (6) le pied à mi-jambe alors qu’il se trouvait encore avant le bassin. Il s’écroula sur le dos, la jambe en train de saigner abondamment vers ses compagnons, puis il rampa jusqu’au bassin et s’y jeta, voulant – prétendait-il – accomplir son serment. Ḥamza le poursuivit, puis le frappa jusqu’à l’abattre dans le bassin.
Al-Umawī (7) raconte qu’à ce moment-là, ‘Utba ibn Rabī‘a s’emporta, désirant montrer sa bravoure ; il s’avança donc entre son frère Shayba et son fils al-Walīd. Une fois au milieu des deux rangs, ils appelèrent au duel. Trois jeunes hommes des Anṣār sortirent alors : ‘Awf et Mu‘awwidh, fils de al-Ḥārith – dont la mère était ‘Afrā’ –, et le troisième, selon certains dires, fut ‘Abd Allāh ibn Rawāḥa. Ils leurs dirent : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Un groupe d’Anṣār. » Ils répliquèrent : « Nous n’avons que faire de vous. » Dans une autre version (8), ils leur dirent : « Vous êtes de vaillants adversaires, mais éloignez-vous. »