Ibn Ishaq a dit (1) : « Puis, le Messager de Dieu (ﷺ) arrangea les rangs, revint au ‘arîsh et y entra, accompagné d’Abou Bakr, sans personne d’autre avec eux. »
Ibn Ishaq et d’autres ont également dit (2) : « Quant à Sa‘d ibn Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée), il se tenait devant l’entrée du ‘arîsh, le sabre ceint, en compagnie de quelques hommes des Ansars, prêts à veiller sur le Messager de Dieu (ﷺ), de crainte que l’ennemi ne l’attaque à l’improviste. Les montures choisies (an-najâ’ib) étaient préparées pour le Messager de Dieu (ﷺ), au cas où il en aurait besoin pour retourner à Médine, selon le conseil de Sa‘d ibn Mu‘âdh. »
Al-Bazzâr a rapporté dans son “Musnad” (3), d’après Muhammad ibn ‘Aqîl, qu’Ali (qu’Allah l’agrée) prononça un sermon en disant : « Ô gens, qui est l’homme le plus courageux ? » Ils répondirent : « C’est toi, ô Commandeur des croyants. » Il reprit : « Pour ma part, jamais personne ne m’a affronté sans que je le vainque, mais le plus courageux d’entre nous est Abou Bakr. En effet, nous avions disposé un ‘arîsh pour le Messager de Dieu (ﷺ) et avions dit : “Qui restera avec le Messager de Dieu (ﷺ), afin qu’aucun païen ne s’en prenne à lui ?” Par Dieu, personne parmi nous ne s’en approcha sauf Abou Bakr, le sabre dégainé au-dessus de la tête du Messager de Dieu (ﷺ) ; et nul qui aurait voulu porter la main sur lui n’y serait parvenu sans qu’Abou Bakr ne s’interpose. Voilà l’homme le plus courageux. » Il dit encore : « J’ai vu moi-même le Messager de Dieu (ﷺ), lorsque Quraysh l’avait saisi, l’un le poussant rudement, l’autre le malmenant, en disant : “C’est toi qui as réduit nos divinités à un dieu unique ?” Par Dieu, nul ne s’approcha pour le défendre hormis Abou Bakr. Il frappait l’un, repoussait l’autre et s’emportait contre un troisième, tout en s’écriant : “Malheur à vous ! Allez-vous tuer un homme uniquement parce qu’il dit : ‘Mon Seigneur est Dieu ?’” » À ce moment, ‘Ali (qu’Allah l’agrée) souleva le manteau qui le couvrait et se mit à pleurer au point d’en mouiller sa barbe, puis il poursuivit : « Je vous en conjure, au nom de Dieu, le croyant de la famille de Pharaon était-il meilleur, ou Abou Bakr ? » Le groupe resta silencieux, alors ‘Ali dit : « Par Dieu, une heure passée par Abou Bakr est meilleure qu’une terre pleine d’hommes semblables au croyant de la famille de Pharaon. Celui-là dissimulait sa foi, alors qu’Abou Bakr proclamait la sienne. » Al-Bazzâr conclut : « Nous ne connaissons pas un tel récit, si ce n’est par cette voie de transmission. »
C’est un privilège réservé à As-Siddîq (qu’Allah l’agrée) : il se trouvait avec le Prophète (ﷺ) dans le ‘arîsh, tout comme il avait été avec lui dans la grotte. Pendant ce temps, le Messager de Dieu (ﷺ) invoquait beaucoup, se tournant avec humilité et prière vers son Seigneur. Il répétait notamment cette supplication : « Ô Seigneur, si ce groupe en vient à être anéanti, Tu ne seras plus adoré sur terre. » Il implorait ardemment son Seigneur (Exalté soit-Il) en disant : « Ô Seigneur, accomplis pour moi ce que Tu m’as promis, ô Seigneur, accorde Ton secours ! » Il élevait ses mains vers le ciel, au point que son manteau tomba de ses épaules. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) l’entourait par-derrière, lui remettant son vêtement et lui disant avec compassion, voyant l’insistance de son appel : « Ô Messager de Dieu, modère un peu tes supplications, car Dieu T’accordera sûrement ce qu’Il t’a promis. » (4)
Ainsi, selon As-Suhaylî, rapporté d’après Qâsim ibn Thâbit, As-Siddîq aurait dit ces mots – « Modère un peu tes supplications à ton Seigneur » – par pure compassion, lorsqu’il vit l’effort considérable qu’il fournissait dans la prière et la supplication, au point d’en laisser tomber son manteau de ses épaules. Il lui aurait alors dit : « Modère-toi un peu, ô Messager de Dieu, ne te fatigue pas autant. Par Dieu, Il t’a déjà fait une promesse. »