«Son cousin, ou son cousin maternel, ou bien un homme issu de sa tribu. Retournez donc et laissez Muḥammad face aux autres Arabes : s’ils réussissent à l’atteindre, c’est ce que vous vouliez ; et s’il en va autrement, vous le retrouverez tel qu’il était, sans vous être exposés à ce que vous désiriez de lui.»
Ḥakīm dit : «Je partis alors jusqu’à arriver auprès d’Abū Jahl. Je le trouvai occupé à sortir (nathala) sa cotte de mailles et à l’ajuster. Je lui dis : “Ô Abū al-Ḥakam, ‘Utba m’envoie te dire ceci et cela.”» Abū Jahl répondit : «Par Dieu, son ventre s’est enflé (1) dès qu’il a vu Muḥammad et ses compagnons. Non, par Dieu, nous ne reculerons pas tant que Dieu n’aura pas jugé entre nous et Muḥammad. Il ne croit pas lui-même à ce qu’il prétend ; en réalité, il a vu Muḥammad et ses compagnons, qu’il prend pour un maigre repas de chameau, parmi lesquels se trouve son propre fils. Il a donc craint pour vous à son sujet.»
Ensuite, il dépêcha quelqu’un auprès de ‘Āmir b. al-Ḥaḍramī et lui dit : «Voici ton allié qui veut faire rebrousser chemin aux troupes ; or tu as vu de tes yeux la vengeance dont tu pouvais jouir. Alors lève-toi et réclame qu’on t’honore (2) et qu’on venge le meurtre de ton frère.» ‘Āmir b. al-Ḥaḍramī se dressa, se découvrit et s’écria : «Wa-‘amrāh ! Wa-‘amrāh !» Ainsi la guerre s’embrasa et la situation (3) s’aggrava pour les gens, qui se resserrèrent autour de leur dessein belliqueux. On réduisit à néant le plan qu’avait suggéré ‘Utba.
Lorsque parvint à ‘Utba la parole d’Abū Jahl : «Par Dieu, son ventre s’est enflé», il déclara : «Celui dont le derrière est blanchi (4) saura bien vite qui, de lui ou de moi, voit réellement son ventre s’enfler.» Puis ‘Utba se mit à chercher un casque (bayḍa) pour couvrir sa tête, mais il ne trouva dans l’armée aucun casque à sa mesure, tant son crâne était volumineux. Voyant cela, il enroula (5) sur sa tête la pièce d’étoffe qu’il portait.
Ibn Jarīr (6) a rapporté, suivant la chaîne de transmission de Musawwir b. ‘Abd al-Malik al-Yarbū‘ī, d’après son père, d’après Sa‘īd b. al-Musayyib, qui raconta : «Alors que nous nous trouvions auprès de Marwān b. al-Ḥakam, son huissier entra et dit : “Ḥakīm b. Ḥizām demande à entrer.” Il répondit : “Fais-le entrer.” Quand il entra, il lui dit : “Bienvenue, Abū Khālid, approche !” Puis il se poussa du haut du majlis afin qu’il s’assoie entre lui et son coussin. Il se tourna ensuite vers lui et dit : “Raconte-nous l’histoire de Badr.”»
Ḥakīm reprit : «Nous étions partis, et lorsque nous parvînmes à al-Juḥfa, une tribu entière de Quraysh fit demi-tour : aucun membre polythéiste de cette tribu ne participa alors à la bataille de Badr. Puis nous continuâmes notre route jusqu’à camper sur la rive (du champ de bataille) dont Dieu – Exalté soit-Il – a parlé. Je me rendis ensuite auprès de ‘Utba b. Rabī‘a et lui dis : “Ô Abū al-Walīd, ne veux-tu pas obtenir l’honneur de ce jour pour le restant de tes jours ?” Il répondit : “Comment cela ?” Je lui dis : “Votre unique requête auprès de Muḥammad concerne le sang du fils d’al-Ḥaḍramī, ton allié. Alors prends sur toi de payer sa compensation (diyya) et renvoie les troupes.””
Il répondit : “Me garantis-tu cela ? Va alors trouver le fils de la Ḥanẓaliyya (c’est-à-dire Abū Jahl) et dis-lui : ‘Accepterais-tu de rebrousser chemin avec ceux qui te suivent, afin de laisser ton cousin ?’” Je partis donc et le trouvai avec un groupe d’hommes devant et derrière lui. Le fils d’al-Ḥaḍramī se tenait à ses côtés et déclarait : “J’ai rompu mon pacte avec ‘Abd Shams, et je me voue désormais à l’alliance des Banū Makhzūm !” Je lui dis : “Il te fait dire…”»