Ibn Isḥāq (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit (1) : « Puis le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) reprit la route après avoir devancé ses compagnons. Lorsqu’il atteignit aṣ-Ṣafrāʾ – un village situé entre deux montagnes –, il demanda à propos de ces montagnes : “Quels sont leurs noms ?” On lui répondit : “L’une s’appelle Muslaḥ, l’autre Mukhriʾ.” Il interrogea ensuite sur leurs habitants et on lui dit : “Ils sont des Banū an-Nār et des Banū Ḥarrāq, deux clans de Ghifār.” Le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) n’aima ni ces noms ni l’idée de passer entre eux. Il y vit un mauvais présage à cause de leurs noms et de ceux de leurs habitants. Il laissa donc aṣ-Ṣafrāʾ sur sa gauche et prit à droite, empruntant une vallée nommée Dhafrān, où il s’engagea puis fit halte.
C’est alors qu’il apprit que Quraysh était en route pour protéger sa caravane. Il consulta les gens et leur donna des informations au sujet de Quraysh. Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq se leva, puis ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, et chacun s’exprima avec éloquence. Ensuite, al-Miqdād ibn ʿAmr se leva et dit : “Ô Messager d’Allah, poursuis ce qu’Allah t’a inspiré. Nous sommes avec toi ! Par Allah, nous ne te dirons pas comme les Enfants d’Israël à Moïse : ‘Vas-y, toi et ton Seigneur, et combattez, nous restons assis ici.’ Au contraire, vas-y, toi et ton Seigneur, et combattez, et nous combattrons à vos côtés ! Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, si tu nous conduisais jusqu’à Birak al-Ghimād (2), nous combattrions à tes côtés, avant même d’y parvenir.” Le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) l’en félicita et invoqua Allah en sa faveur.
Puis le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) dit : “Donnez-moi votre avis, ô vous les gens.” Il visait surtout les Anṣār, car ils constituaient la majorité de ses hommes. En effet, lorsqu’ils conclurent le pacte d’al-ʿAqaba avec lui, ils avaient déclaré : “Ô Messager d’Allah, nous ne sommes pas tenus de t’assurer protection tant que tu n’es pas arrivé dans nos demeures. Mais une fois parmi nous, tu bénéficies de notre protection, et nous te défendrons comme nous défendons nos propres enfants et nos femmes.” Le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) craignait que les Anṣār ne se considèrent responsables que de le soutenir contre un ennemi qui l’attaquerait à Médine, et non de partir en campagne hors de leurs terres.
Quand il prononça ces mots, Saʿd ibn Muʿādh lui dit : “Par Allah, on dirait bien que tu nous vises, ô Messager d’Allah !” Il répondit : “En effet.” Saʿd répliqua : “Nous avons cru en toi, nous t’avons tenu pour véridique et nous attestons que ce que tu as apporté est la vérité. Nous t’avons donné nos engagements et nos promesses d’écouter et d’obéir. Par conséquent, va où tu le souhaites, ô Messager d’Allah : nous sommes avec toi. Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, même si tu nous entraînais à travers la mer, nous te suivrions sans qu’aucun de nous ne reste en arrière. Nous n’avons aucune crainte à l’idée de rencontrer notre ennemi demain. Nous sommes patients dans la bataille, loyaux au moment de l’affrontement, et peut-être Allah te fera-t-Il voir de nous ce qui réjouira tes yeux. Marche donc avec la bénédiction d’Allah.”
Le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) se réjouit alors de la réponse de Saʿd et en fut encouragé. Puis il dit : “En route et réjouissez-vous, car Allah m’a promis l’une des deux troupes. Par Allah, c’est comme si je voyais déjà l’endroit où ces gens tomberont.” Tels sont les propos rapportés par Ibn Isḥāq (qu’Allah lui fasse miséricorde) (3). Ils sont corroborés par de nombreux témoignages, parmi lesquels le récit rapporté par al-Bukhārī dans son Ṣaḥīḥ (4) : “Abū Nuʿaym nous a rapporté, il nous a rapporté…”