Elle dit : « J’ai vu un cavalier venir à dos de chameau, qui s’avança jusqu’à s’arrêter à Al-Abṭaḥ. Puis il cria de toutes ses forces : “Ô gens perfides ! Partez au-devant de votre destinée dans trois (jours).” Je vis alors les gens se rassembler autour de lui ; ensuite, il entra dans la Mosquée, et tout le monde le suivit. Pendant qu’ils l’entouraient, son chameau se retrouva au sommet de la Kaʿba ; alors il s’écria comme précédemment : “Ô gens perfides ! Partez au-devant de votre destinée dans trois (jours).” Puis il se retrouva sur la cime d’Abū Qubays, et il répéta la même phrase. Il saisit alors un rocher et le lança ; la pierre dégringola jusqu’au bas de la montagne, où elle se brisa en éclats, dont pas une maison de La Mecque ne fut épargnée, chaque demeure en recevant un fragment.
Al-ʿAbbās dit : “Par Dieu, ceci est bien une vision ! Tiens-toi-en là et ne la révèle à personne.” Il sortit et rencontra alors Al-Walīd ibn ʿUtbah, qui était son ami. Il lui confia le récit en lui demandant de garder le secret, mais Al-Walīd en parla à son père, ʿUtbah, et la nouvelle se propagea rapidement parmi Quraych.
Al-ʿAbbās poursuit : “J’allai faire le ṭawāf autour de la Kaʿba, et j’y trouvai Abū Jahl ibn Hishām, assis avec un groupe de Quraych. Ils discutaient justement de la vision d’ʿĀtika. Lorsqu’il me vit, Abū Jahl m’appela : ‘Ô Abū al-Faḍl, quand tu auras fini ton ṭawāf, viens nous rejoindre !’ Une fois terminé, je m’assis avec eux. Abū Jahl déclara : ‘Ô Banū ʿAbd al-Muṭṭalib, depuis quand vos femmes se mettent-elles à prophétiser ?’ Je répondis : ‘De quoi parles-tu ?’ Il dit : ‘N’avez-vous pas déjà assez d’hommes qui se targuent de prophétiser, voilà que vos femmes s’y mettent aussi ? ʿĀtika prétend dans son songe qu’il a été ordonné de partir dans un délai de trois jours. Nous allons surveiller ces trois jours. Si ce qu’elle a annoncé s’accomplit, soit ! Sinon, nous écrirons clairement que vous êtes la famille la plus menteuse de toute la péninsule arabe.’
Al-ʿAbbās relate encore : ‘Par Dieu, je n’ai pu que nier son récit et contester que ʿĀtika ait vu quoi que ce soit. Puis nous nous sommes dispersés. Lorsque le soir vint, toutes les femmes de Banū ʿAbd al-Muṭṭalib vinrent me trouver pour me reprocher d’avoir laissé cet homme grossier s’en prendre à nos hommes et désormais à nos femmes, tandis que je l’écoutais sans réagir. Je leur répondis : “Par Dieu, j’ai fait ce que j’ai pu ; je jure que si demain il remet cela, je saurai lui rabattre son caquet.”
Le troisième jour après la vision de ʿĀtika, j’entrai à la Mosquée, encore plus résolu et irrité, persuadé d’avoir manqué ma chance de le confronter. Je l’aperçus, et par Dieu, je m’approchai de lui pour le provoquer et obtenir qu’il répète ses propos afin de le contrer. Or, c’était un homme vif, tranchant de parole et de regard. Soudain, il se leva en toute hâte vers la porte de la Mosquée. Je me dis : “Quelle mouche l’a piqué, que Dieu le maudisse ! Me craint-il à ce point, au point de fuir le débat ?” Et s’il avait en fait entendu quelque chose que j’ignorais…” »