Les polythéistes dirent aux musulmans : « Vous avez tué (un homme) durant le mois sacré. » Alors Dieu révéla le verset : « Ils t’interrogent au sujet du mois sacré, un combat s’y déroule. Dis : “Y combattre est un forfait grave.” » (Al-Baqara, 2 : 217).
Ismâ‘îl Ibn ‘Abd Ar-Raḥmân As-Suddî Al-Kabîr a rapporté dans son “Tafsîr” (1) — d’après Abû Mâlik et Abû Ṣâliḥ, qui le tiennent de Ibn ‘Abbâs, et d’après Murrah, qui le tient de Ibn Mas‘ûd, ainsi que d’un groupe de Compagnons — au sujet de ce verset : « Ils t’interrogent au sujet du mois sacré, un combat s’y déroule. Dis : “Y combattre est un forfait grave.” » : cela s’explique par le fait que le Messager de Dieu (ﷺ) envoya un détachement composé de sept hommes, placé sous le commandement de ‘Abd Allâh Ibn Jaḥsh. Parmi eux se trouvaient ‘Ammâr Ibn Yâsir, Abû Ḥudhayfa Ibn ‘Utba, Sa‘d Ibn Abî Waqqâṣ, ‘Utba Ibn Ghazwân, Sahl Ibn Bayḍâ’, ‘Âmir Ibn Fuhayra et Wâqid Ibn ‘Abd Allâh Al-Yarbû‘î, allié de ‘Umar Ibn Al-Khaṭṭâb. Le Prophète (ﷺ) avait écrit une lettre à Ibn Jaḥsh, lui enjoignant de ne la lire qu’une fois parvenu à Batn Milal (2). Lorsqu’il y fut arrivé, il ouvrit l’écrit et y trouva cette consigne : « Poursuis ta route jusqu’à Batn Naḥla. »
Il s’adressa alors à ses compagnons : « Que celui qui désire la mort avance et fasse son testament, car je le ferai aussi et poursuivrai l’ordre du Messager de Dieu (ﷺ). » Ils partirent, tandis que Sa‘d et ‘Utba restèrent à la traîne parce qu’ils avaient égaré leur monture, et ils demeurèrent sur place pour la chercher. ‘Abd Allâh Ibn Jaḥsh poursuivit avec les autres jusqu’à Batn Naḥla, où ils rencontrèrent Al-Ḥakam Ibn Kaysân, Al-Mughîra Ibn ‘Uthmân et ‘Abd Allâh Ibn Al-Mughîra. C’est là que Wâqid tua ‘Amr Ibn Al-Ḥaḍramî, puis ils repartirent avec le butin et deux prisonniers. Ce fut le premier butin conquis par les musulmans.
Les polythéistes déclarèrent alors : « Muḥammad prétend suivre l’obéissance à Dieu, alors qu’il est le premier à avoir violé le mois sacré en tuant l’un des nôtres pendant Rajab. » Les musulmans rétorquèrent : « En réalité, nous l’avons tué en Jumâdâ. » As-Suddî expliqua : « Ils l’ont tué dans la première nuit de Rajab, qui correspondait à la dernière nuit de Jumâdâ Al-Âkhira. » Et je dis : « Peut-être que le mois de Jumâdâ était incomplet et qu’ils croyaient encore être le trentième soir, alors même que le croissant de lune avait été aperçu cette nuit-là. Dieu le sait mieux. » C’est également ce qu’a rapporté Al-‘Awfî d’après Ibn ‘Abbâs, à savoir que l’événement eut lieu la dernière nuit de Jumâdâ, coïncidant avec la première nuit de Rajab, sans qu’ils s’en aperçoivent (3). Il en est de même dans le ḥadîth de Jundub rapporté par Ibn Abî Ḥâtim.
Il est également rapporté, dans la version d’Ibn Isḥâq, que cela survint la dernière nuit de Rajab. Or, ils craignirent que, s’ils n’exploitaient pas cette opportunité pour s’emparer du butin, leurs adversaires n’entrent dans le Ḥarâm, auquel cas il leur serait devenu impossible d’agir. Ils passèrent donc à l’acte en toute connaissance de cause.