Ils s’abstenaient de réclamer tout changement ou d’exercer quelque influence que ce soit, bien qu’ils assistent et s’activent dans certaines réceptions ou funérailles.
[3 – La vie scientifique]
Dans cette atmosphère sombre et menaçante, la vie scientifique était florissante, offrant de précieux fruits et les meilleurs résultats. Les savants bénéficiaient des honneurs des gouvernants et du respect des administrés. De nombreuses écoles étaient érigées, dotées de fondations (awqâf) et pourvues de ressources financières. Les Mamelouks cherchaient en effet à se concilier les gens en élevant le statut des savants, en leur accordant des distinctions et des fonctions religieuses, particulièrement à ceux jouissant d’une bonne réputation et d’une grande compétence, surtout en période de difficulté, lorsqu’ils avaient besoin de l’influence considérable exercée par les savants sur la masse des musulmans.
Lorsqu’on s’intéresse à la vie scientifique du VIIIe siècle, on peut relever les faits suivants :
Premièrement :
La grandeur immuable de l’islam, ce roc infranchissable contre lequel se brisent les ambitions des envahisseurs et les outils destructeurs de ceux qui sapent et ruinent. En effet, l’islam fut éprouvé en ce temps, et il sortit sain et victorieux des épreuves les plus rudes et des crises les plus graves. Il exerça même une influence sur ses ennemis acharnés et hostiles, au point qu’ils l’embrassèrent et s’intégrèrent sous sa bannière.
Deuxièmement :
L’activité débordante des savants à cette époque, leur grand nombre ainsi que la profusion de leurs écrits. Par leurs ouvrages, ils établirent un lien entre le passé, le présent et l’avenir de la communauté. Ils montrèrent la fermeté de leurs positions, prouvant qu’ils ne se laissèrent pas vaincre par le désespoir né de l’oppression et des situations difficiles qui les entouraient.
Troisièmement :
Les dissensions doctrinales, en particulier entre sunnites et chiites, ainsi qu’entre les différentes écoles juridiques, affaiblirent la vie scientifique, consommant énormément de temps et d’efforts. Le passé en devint un fardeau pour le présent, sans apporter au devenir de la communauté quoi que ce soit de significatif.
Quatrièmement :
Certaines confréries soufies qui ne se conformaient ni au Coran ni à la Sunna enfermèrent les esprits et les réflexions dans un carcan, empêchant toute évolution et toute réforme. Elles épuisèrent le temps et la vie des savants dans la rédaction et la réfutation d’ouvrages, afin de dénoncer les innovations, de révéler la futilité des superstitions et de dépasser les apparences et les futilités.
Cinquièmement :
La focalisation sur les sciences religieuses au détriment des sciences de la nature, l’absence du rayonnement d’une civilisation qui avait autrefois brillé à Bagdad, irradiant l’horizon d’un éclairage global, intense et pénétrant. Pourtant, l’acquisition des sciences profanes, le développement de l’industrie et l’obtention des moyens de la puissance constituent une exigence légitime selon la loi islamique, car ce sont des obligations communautaires négligées qui ne font qu’accentuer la faiblesse et le retard des musulmans.
[4 – La vie intellectuelle]
La vie scientifique du VIIIe siècle de l’Hégire ne donna pas naissance à une vie intellectuelle particulièrement ardente ou passionnée ; elle demeura davantage dans l’apparence