Al-Muʿniq (1) pour que deux frères meurent, et Ḥâtib ibn Abî Baltaʿa et ʿUwaym ibn Sâʿida étaient deux frères ; de même, Salmân et Abû al-Dardâʾ étaient deux frères ; et Bilâl et Abû Ruwayḥa ʿAbd Allâh ibn ʿAbd al-Raḥmân al-Khathʿamî, ensuite l’un des « Fazaʿ » (2), étaient aussi deux frères.
Il dit : « Voilà ceux qui nous ont été nommés parmi les compagnons du Messager d’Allâh (ﷺ) que ce dernier avait unis par le lien de fraternité. »
J’ai dit : « Certains points de ce qu’il a mentionné sont sujets à caution ; quant à l’affirmation selon laquelle le Prophète (ﷺ) et ʿAlî auraient été frères, certains savants la rejettent et en contestent l’authenticité. Leur argument est que cette fraternisation n’avait été instaurée que pour que chacun puisse tirer profit de l’autre et pour rapprocher les cœurs entre eux. Il n’y aurait donc pas de raison pour que le Prophète (ﷺ) soit le “frère” de l’un d’eux, pas plus qu’un Muhaǧirî ne devenait le frère d’un autre Muhaǧirî, comme on l’a prétendu pour Ḥamza et Zayd ibn Ḥâritha. Exception faite du cas où le Prophète (ﷺ) n’aurait pas confié le bien-être de ʿAlî à un tiers, étant donné que celui-ci était déjà pris en charge par le Messager d’Allâh (ﷺ) depuis sa jeunesse, du vivant même de son père Abû Ṭâlib, comme l’ont rapporté Mujâhid et d’autres. De même, on peut concevoir que Ḥamza se soit engagé à prendre soin de leur affranchi Zayd ibn Ḥâritha et l’ait ainsi “fraternisé” avec lui dans ce sens. Allâh est plus savant.
Il en va de même pour la mention de la fraternisation de Jaʿfar et de Muʿâdh ibn Jabal ; elle est discutable, comme l’a souligné ʿAbd al-Malik ibn Hishâm. En effet, Jaʿfar ibn Abî Ṭâlib n’arriva qu’au moment de la prise de Khaybar, au début de la septième année de l’Hégire, comme on l’expliquera ci-après. Comment donc aurait-on pu le “fraterniser” avec Muʿâdh ibn Jabal dès son arrivée (– paix sur lui –) à Médine ?
Sauf si l’on admet qu’il était “réservé” à sa fraternisation au moment même de son arrivée ultérieure. Et sa parole : “Abû ʿUbayda et Saʿd ibn Muʿâdh étaient frères” contredit le ḥadîth rapporté par l’imam Aḥmad (3) : “ʿAbd al-Ṣamad nous a dit ; Ḥammâd nous a dit ; Thâbit rapporte d’Anas ibn Mâlik que le Messager d’Allâh (ﷺ) fraternisa entre Abû ʿUbayda ibn al-Jarrâḥ et Abû Ṭalḥa.” Muslim (4) le relate également de manière autonome, par la chaîne de transmission de Ḥajjâj ibn al-Shâʿir d’après ʿAbd al-Ṣamad ibn ʿAbd al-Wârith, avec le même contenu. C’est plus authentique que ce qu’a mentionné Ibn Isḥâq à propos de la fraternisation entre Abû ʿUbayda et Saʿd ibn Muʿâdh. Allâh sait mieux.
Al-Bukhârî (5) a ainsi titré : « Chapitre : Comment le Prophète (ﷺ) a-t-il instauré la fraternisation entre ses compagnons ? » ; et ʿAbd al-Raḥmân ibn ʿAwf a dit : « Le Prophète (ﷺ) a fait de moi le frère de Saʿd ibn al-Rabîʿ lorsque nous sommes arrivés à Médine. » Abû Juḥayfa a aussi rapporté : « Le Prophète (ﷺ) a fait de Salmân al-Fârisî et d’Abû al-Dardâʾ (– qu'Allah soit satisfait de lui –) deux frères. »
Muḥammad ibn Yûsuf nous a dit ; Sufyân nous a dit, d’après Ḥumayd, d’après Anas, qui a dit : « ʿAbd al-Raḥmân ibn ʿAwf est arrivé et le Prophète (ﷺ) l’a “fraternisé” avec Saʿd ibn al-Rabîʿ al-Anṣârî. Celui-ci lui proposa de partager sa famille et ses biens pour moitié. ʿAbd al-Raḥmân lui répondit : “Qu’Allâh bénisse ta famille et tes biens. Indique-moi seulement où se trouve le marché.” Il gagna alors un peu d’argent en vendant du lait caillé (aqṭ) et du beurre clarifié (samn). Le Prophète (ﷺ) le vit quelques jours plus tard… »