Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Elle (Aïcha) raconta : « Je dis alors : “Par Dieu, mon père ne sait pas ce qu’il dit.” » Puis elle poursuivit : « Ensuite, je m’approchai de ‘Âmir ibn Fuhayra et lui demandai : “Comment te sens-tu, ô ‘Âmir ?” » Il répondit en récitant ces vers (mètre rajaz) :

« J’ai trouvé la mort avant même d’y goûter,
En vérité, le lâche voit sa fin fondre sur lui d’en haut.
Tout homme combat selon sa capacité,
Telle la bête qui se protège la peau avec ses cornes. »

Elle reprit : « Je dis alors : “Par Dieu, ‘Âmir ne sait pas ce qu’il dit.” » Et elle raconta encore : « Lorsque Bilal était pris de fièvre, il s’allongeait dans la cour de la maison, puis élevait la voix en disant (vers de la mesure at-tawil) :

“Ah ! Si seulement je savais si je passerai une nuit
à Fakh, entouré d’herbes aromatiques (‘idhkhir) et de jaleel !
Et si je pourrai un jour atteindre les eaux de Majannah,
Et si Shâma et Tufayl m’apparaîtront un jour !” »

Aïcha poursuivit : « Je rapportai au Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) ce que j’avais entendu de leur part, en disant : “Ils délirent et ne savent plus ce qu’ils disent, tant la fièvre est forte.” » Le Prophète répondit alors :

« Ô mon Dieu, rends Médine aussi aimée pour nous que Tu as rendu La Mecque aimée, ou davantage encore. Bénis son mudd et son sâ‘, et éloigne-en son épidémie vers Mahya‘a. »

(Mahya‘a désigne Al-Juhfa.)

L’imam Ahmad (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte : « Younous nous a rapporté, d’après Layth, d’après Yazîd ibn Abî Habîb, d’après Abû Bakr ibn Isḥâq ibn Yassâr, d’après ‘Abd Allâh ibn ‘Urwa, d’après ‘Urwa, d’après Aïcha, qui dit : “Lorsque le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) arriva à Médine, nombre de ses Compagnons tombèrent malades. Abû Bakr, ‘Âmir ibn Fuhayra – l’affranchi d’Abû Bakr – et Bilal furent également souffrants. J’obtins la permission du Messager de Dieu pour leur rendre visite, et il me l’accorda. J’interrogeai alors Abû Bakr : ‘Comment te sens-tu ?’” »

Il répondit en récitant (mètre rajaz) :

« Tout homme se réveille parmi les siens,
Alors que la mort est plus proche que la lanière de sa sandale. »

Je questionnai ‘Âmir, qui répondit (toujours en rajaz) :

« J’ai trouvé la mort avant même d’y goûter,
En vérité, le lâche voit sa fin fondre sur lui d’en haut. »

Puis je demandai à Bilal, qui répondit (vers de la mesure at-tawil) :

« Ah ! Si seulement je savais si je passerai une nuit
À Fakh, entouré d’‘idhkhir et de jaleel ! »

« Je rapportai alors cela au Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui). Il leva les yeux au ciel et dit :

“Ô Dieu, rends Médine aussi aimée pour nous que La Mecque, ou plus encore. Bénis son sâ‘ et son mudd, et éloigne-en son épidémie vers Mahya‘a.”

Et Mahya‘a est, selon ce que l’on rapporte, Al-Juhfa. »

(1) « Al-Rawq » : la gorge. Al-Lisān (Rāwq). Dans l’expression « biṭāqihi » : autour de son collier. C’est ce qu’a dit Ibn Hichām dans la Sīra. (2) « Fakh » : un lieu à La Mecque. Al-Qāmūs al-Muḥīṭ. (3) Dans son Musnad (6/65) et ce qui suit entre crochets [ ]. (4) Il est écrit dans le Musnad d'Aḥmad « bifaj ». Avec un jīm, il s’agit d’une erreur de transcription. Voir Muʿjam al-Buldān (4/237) et ce qui précède.
قالت: فقلت: واللَّه ما يَدْري أبي ما يقولُ. قالت: ثم دنوتُ إلى عامر بن فُهيرة فقلت: كيف تَجِدُك يا عامر؟ قال: [من الرجز] لقد وجدتُ الموتَ قبل ذَوْقِهِ … إنَّ الجَبَانَ حَتْفُهُ من فَوْقِهِ كلُّ امرئٍ مجاهدٌ بطَوْقِهِ … كالثورِ يَحْمي جِلدَهُ بِرَوْقِهِ (١) قالت: فقلت: واللَّه ما يدري عامرٌ ما يقول. قالت: وكان بلال إذا أدركته الحُمَّى اضْطَجَعَ بفِناءِ البيت ثم رفع عَقِيرَتَه فقال: [من الطويل] ألا ليتَ شعري هل أبيتنَّ ليلةً … بفَخٍّ وحَوْلي إذْخِرٌ وجَليلُ (٢) وهل أرِدَنْ يومًا مياهَ مَجَنَّةٍ … وهل يَبْدُوَنْ لي شامةٌ وطَفِيلُ قالت عائشة: فذكرتُ لرسولِ اللَّه ﷺ ما سمعتُ منهم وقلت: إنهم ليَهْذُونَ وما يعقلون من شِدَّةِ الحُمَّى. فقال: "اللهمَّ حَبِّبْ إلينا المدينة، كما حَبَّبْتَ إلينا مكة أو أشدّ، وباركْ لنا في مُدِّها وصاعها، وانقُلْ وباءَها إلى مَهْيَعَة" ومَهْيَعة هي الجُحْفَة. وقال الإمامُ أحمد (٣) : حدَّثنا يونس، حدثنا ليث عن يزيد بن أبي حبيب، عن أبي بكر بن إسحاق بن يسار، عن عبد اللَّه بن عروة، عن عروة، عن عائشة قالت: لما قدم رسولُ اللَّه ﷺ المدينة اشتكى أصحابُه واشتكى أبو بكر وعامرُ بن فُهيرة مولى أبي بكر وبلال، فاستأذنتْ عائشةُ رسولَ اللَّه ﷺ في عيادتهم فأذن لها، فقالت لأبي بكر: كيف تجدك؟ فقال: [من الرجز] كلُّ امرئٍ مصبِّحٌ في أهلِهِ … والموتُ أدنى من شِرَاكِ نَعْلِهِ وسألت عامرًا فقال: [من الرجز] إني وجدتُ الموتَ قبل ذَوْقِهِ … إنَّ الجَبَانَ حَتْفُهُ من فَوْقِهِ وسألتُ بلالًا فقال: [من الطويل] يا ليتَ شعري هل أبيتَنَّ ليلةً … بفَخٍّ وحولي إذْخِرٌ وجَليلُ (٤) فأتَتِ رسولَ اللَّه ﷺ فأخبرَتْه، فنظر إلى السماء وقال: "اللهم حَبِّبْ إلينا المدينة كما حبَّبْتَ إلينا مكة أو أشدّ، اللهم باركْ لنا في صاعها وفي مُدِّها، وانقُلْ وباءها إلى مَهْيَعَة" . وهي الجُحْفَة فيما زعموا.
(١) "الرَّوْق": القرن. اللسان (روق). بطوقه: بطاقته. قاله ابن هشام في السيرة. (٢) "فخ": موضع بمكة. القاموس المحيط. (٣) في مسنده (٦/ ٦٥) وما يأتي بين معقوفين منه. (٤) وقع في مسند أحمد: بفج. بالجيم وهو تصحيف. انظر معجم البلدان (٤/ ٢٣٧) وما سبق.

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