À La Mecque, on entendait une voix haute entre le ciel et la terre, dont on percevait le son sans voir celui qui la prononçait. Cette voix disait :
[du mètre at-Tawîl]
« Qu’Allah, le Seigneur des hommes, accorde la meilleure récompense
Aux deux compagnons qui ont planté leurs tentes chez Umm Maʿbad.
Ils se sont arrêtés dans le désert, puis en sont repartis ; (1)
Heureux celui qui, un soir, s’est trouvé compagnon de Muḥammad !
Ô vous, fils de Quṣayy, quel immense bien Allah vous a épargné
Par un acte incomparable et une noblesse de rang !
Questionnez votre sœur au sujet de sa brebis et de son récipient :
Si vous interrogez cette brebis, elle témoignera !
Il l’appela alors qu’elle était tarie ; aussitôt, pour lui, son pis déversa
Un lait pur et abondant qui moussait, (2)
Et il la laissa chez elle comme gage pour celui qui y puiserait,
Afin qu’elle en tire à la fois à l’aller et au retour. (3)
On raconte que, lorsque les gens de La Mecque se réveillèrent et constatèrent l’absence de leur Prophète, ils partirent en direction des tentes d’Umm Maʿbad, puis ils rejoignirent ainsi le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui).
On rapporte que Hassân ibn Thâbit lui répondit en ces termes :
[du mètre at-Tawîl]
« Malheureux sont les gens qui ont perdu leur Prophète,
Tandis que ceux vers qui il se rend de nuit et de jour sont comblés. (4)
Il s’est séparé d’un peuple, et leurs esprits se sont évanouis avec lui,
Pour s’installer chez d’autres avec une lumière renouvelée.
[Par lui, après l’égarement, leur Seigneur les a guidés,
Et quiconque suit la vérité sera bien dirigé,] (5)
Peut-on comparer un peuple égaré, devenu insensé et aveugle,
À des guides qui s’orientent grâce à un homme guidé ?
C’est un Prophète qui voit ce que les autres ne voient pas autour de lui,
Et récite le Livre d’Allah sous tous les regards.
S’il tient un jour un propos sur ce qui est caché,
Sa parole se vérifie le jour même ou le lendemain.
Qu’Abû Bakr se réjouisse de la félicité de son destin
Grâce à sa compagnie, car celui qu’Allah assiste est bien assisté.
Et que les Banû Kaʿb se félicitent de la place de leur jeune femme,
Et de sa position qui sert désormais de poste avancé pour les musulmans.
Selon le récit (c’est-à-dire ʿAbd al-Malik ibn Wahb), j’ai appris qu’Abû Maʿbad embrassa l’islam et émigra vers le Prophète (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui).
C’est également ce que rapporte l’historien Abû Nuʿaym (6), par la chaîne de transmission d’ʿAbd al-Malik ibn Wahb al-Madhḥijî, qui relate la même chose et ajoute, selon ʿAbd al-Malik : « J’ai appris qu’Umm Maʿbad émigra également, embrassa l’islam et rejoignit le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui). »