Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Elle offrait de quoi manger et de quoi boire. On lui demanda alors si elle avait de la viande ou du lait à vendre, mais on ne trouva rien de tel chez elle. Elle dit : « Si nous avions quelque chose, vous n’auriez pas manqué de provisions. Et voilà que ces gens sont totalement dépourvus, en pleine disette. »

Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) aperçut une brebis dans un coin de sa tente et demanda : « Qu’est-ce que cette brebis, ô Umm Maʽbad ? » Elle répondit : « C’est une bête retardée par la famine, laissée à l’arrière du troupeau. » Il reprit : « A-t-elle encore du lait ? » Elle déclara : « Elle est bien trop exténuée pour cela. » Il dit : « Me laisses-tu la traire ? » Elle répliqua : « Si elle a du lait, alors traite-la. »

Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) fit venir la brebis, la caressa et invoqua le nom de Dieu. Puis il massa sa mamelle, mentionna le nom de Dieu, et demanda qu’on lui apporte un récipient assez grand pour rassasier un groupe (1). La brebis écartant alors ses pattes, un flot de lait abonda et elle se mit à ruminer (2). Le Prophète en tira une quantité si abondante que le liquide déborda (3). Il en fit boire Umm Maʽbad et ses compagnons, et ils burent plusieurs fois jusqu’à être pleinement rassasiés. Quand ils furent tous désaltérés, le Prophète but le dernier en disant : « Celui qui offre à boire doit boire en dernier. » Puis il trait de nouveau la brebis, reconstitua la quantité de lait, le laissa à Umm Maʽbad et reprit la route.

On rapporte que peu de temps après, le mari d’Umm Maʽbad, nommé Abou Maʽbad, arriva en conduisant des chèvres maigres qui s’avançaient péniblement, si faibles qu’il n’y avait presque plus de moelle dans leurs os (4). Lorsqu’il vit le lait, il s’étonna et demanda : « D’où te vient ce lait, ô Umm Maʽbad, alors que nous n’avons aucune bête laitière ici, et le troupeau est parti au loin ? » Elle répondit : « Non, par Dieu ! Il est passé chez nous un homme béni, voici ce qui s’est produit. »

Il lui dit : « Décris-le-moi, car, par Dieu, je pense qu’il s’agit de celui que Qouraych recherche. » Elle raconta : « J’ai vu un homme d’une beauté éclatante, à l’aspect agréable et harmonieux, sans embonpoint disgracieux ni maigreur excessive ; il était splendidement proportionné. Ses yeux étaient d’un noir profond, bordés de longs cils ; sa voix, légèrement grave (5). Il avait le regard intense, les paupières fardées naturellement, des sourcils fins et légèrement arqués, un cou lumineux et une barbe fournie. Lorsqu’il se taisait, il inspirait le respect, et lorsqu’il parlait, on voyait sa noblesse s’élever au-dessus de lui ; sa parole était douce, ni trop brève ni trop prolixe, pareille à des perles qui s’égrènent. Il était, de loin, le plus magnifique et le plus beau des hommes, et, de près, le plus élégant. Il avait une taille moyenne ; ni trop grand, de sorte qu’on l’eût trouvé démesuré, ni trop petit, de sorte qu’on l’eût sous-estimé ; il ressemblait à une branche parmi deux autres, surpassant les deux en éclat et en port. Des compagnons l’entouraient, se pressant autour de lui ; s’il parlait, ils l’écoutaient avec attention, et s’il ordonnait, ils s’empressaient d’obéir. Il était servi et entouré ; il n’était ni renfrogné ni arrogant. »

Alors le mari dit : « Par Dieu, c’est bien lui, l’homme de Qouraych qu’ils recherchent. Si je l’avais trouvé, j’aurais tout fait pour l’accompagner, et je m’efforcerais d’en avoir les moyens. »

Et l’on rapporte : « Le lendemain, on entendit une voix… »

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(1) C’est-à-dire un récipient contenant assez de lait pour un groupe.
(2) Elle se mit à ruminer, signe de bonne santé retrouvée.
(3) Allusion au lait mousseux qui dépassait les bords.
(4) Allusion à leur extrême maigreur.
(5) Désigne un léger enrouement ou un timbre bas dans la voix.

(1) « يُرْبَض الرهط » : c’est-à-dire, on les abreuve et on les charge jusqu’à ce qu’ils s’endorment et s’étendent sur le sol. Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṭīr (2/184). (2) « تفجَّت » : de « التفاجّ », qui exprime l’exagération dans l’ouverture entre les jambes. Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṭīr (3/412). (3) « الثجّ » : le lait fluide en grande quantité. Dans la version H., T. c’est rendu par « jusqu’à ce qu’elle le remplisse ». C’est une erreur de copie ; la forme correcte est attestée dans Al-Mustadrak et Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṭīr (1/169), où il est expliqué qu’il s’agit de « bahāʾ » du lait, c’est-à-dire la brillance de sa mousse, autrement dit son éclat. (4) Il est entendu qu’elle vacille à cause de sa faiblesse. Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṭīr (2/425). (5) « النِّقْيِ » : le cerveau. Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṭīr. (6) « الثَّجْلة » : le ventre volumineux. Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṭīr (1/208). (7) « الصَّعْلَة » : la petite tête ; c’est aussi la maigreur et la minceur du corps. Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṭīr (3/32). (8) « الوَطَف » : la longueur des cils. « الصَّحَل » : une voix rauque ou l’absence de voix aiguë. Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṭīr. (9) Dans la version T. : « أحول » (lépreux), attesté dans H. (10) « لا تشنؤه » : c’est-à-dire, il n’est pas détesté à cause de sa grande longueur. Cette lecture est celle de H., Al-Mustadrak et Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṭīr. Dans Al-Fāʾiq d’al-Zamakhsharī (1/81) : « لا يائس من طول » (on ne désespère pas de la longueur). Dans T. : « لا تنساه » est une erreur de copie. « وتقْتحِمه » signifie : le mépriser, comme dans Al-Fāʾiq.
فتُطعِمُ وتَسْقي، فسألوها هل عندها لحمٌ أو لبنٌ يشترونه منها؟ فلم يجدوا عندها شيئًا من ذلك. وقالت: لو كان عندنا شيءٌ ما أعوزكم القِرَى؛ وإذا القومُ مُرْمِلُون مُسْنِتُون. فنظر رسولُ اللَّه ﷺ فإذا شاةٌ في كِسْرِ خيمتها فقال: "ما هذه الشاةُ يا أمَّ معبد؟ " فقالت: شاةٌ خلَّفَها الجَهْدُ عن الغَنَم قال: "فهل بها من لبن؟ " قالت: هي أجهدُ من ذلك قال: "تأذنينَ لي أن أحْلِبَها؟ " قالت: إنْ كان بها حَلَبٌ فاحْلبها. فدعا رسولُ اللَّه ﷺ بالشاة، فمسحَها وذكر اسْمَ اللَّه، ومسَحَ ضَرْعَها وذكر اسم اللَّه ودعا بإناءً لها يُرْبِضُ الرَّهْط (١) فتفَاجَّتْ ودَرَّتْ واجْتَرَّتْ (٢) ، فحلب فيه ثجًا حتى عَلاهُ البَهَاءُ (٣) فسقاها وسقى أصحابه، فشربوا عَللًا بعد نَهَل، حتى إذا رَوُوا شرب آخِرهم وقال: "ساقي القومِ آخرهم" . ثم حلب فيه ثانيًا عَوْدًا على بَدْء، فغادره عندها ثم ارتحلوا. قال: فقلَّما لبث حتى جاء زوجُها أبو معبد يسوق أعْنُزًا عِجافًا يتساوَكْنَ هَزْلَى (٤) ، لا نِقْيَ بهنّ (٥) ، مُخُّهنَّ قليل، فلما رأى اللبن عَجب وقال من أين هذا اللبن يا أمَّ معبد ولا حلوبةَ في البيت والشاءُ عازب؟ فقالت: لا واللَّه، إنه مرَّ بنا رجلٌ مبارك، كان من حديثه كيت وكيت. فقال: صِفيه لي، فواللَّه إني لأراهُ صاحبَ قريش الذي تطلب. فقالت: رأيتُ رجلًا ظاهر الوَضَاءة، حَسَن الخلق، مليح الوجه، لم تعبه ثَجْلَة (٦) ، ولم تُزْرِ به صَعْلَة (٧) ، قسيمٌ وسيم، في عينيه دَعَج، وفي أشفاره وَطَف، وفي صوته صَحَل (٨) ، أحْوَرُ (٩) أكحل أزَجُّ أقْرَن، في عُنقه لسَطع وفي لحيته كَثَاثَة. إذا صمَتَ فعليه الوَقَار، وإذا تكلَّم سما وعلاهُ البهاء، حُلْو المَنْطِق، فَصْلٌ لا نَزْرَ -قليل- ولا هَذْرَ -كثير- كأنَّ منطقه خَرَزات نَظْمٍ يَتَحَدَّرْن، أبْهَى الناسِ وأجمله من بعيد، وأحسنه من قريب؛ رَبْعَة، لا تَشْنَؤُه (١٠) عينٌ من طول، ولا تقتحمُه عينٌ من قِصَر، غُصْنٌ بين غُصنَيْنِ، فهو أنْضَرُ الثلاثةِ منظرًا، وأحسنهم قدًّا، له رُفقاء يَحُفُّون به، إنْ قال أنصتوا لقوله، وإنْ أمَرَ تبادروا لأمره. مَحْفُودٌ مَحْشُود، لا عابِسٌ ولا معتد فقال -يعني بعلُها-: هذا واللَّه صاحبُ قريش الذي تطلب، ولو صادفتُه لالتمستُ أنْ أصحبه، ولأجْهَدَنّ إنْ وجدتُ إلى ذلك سبيلًا. قال: وأصبح صوتٌ
(١) "يُرْبض الرهط": أي يُرويهم ويُثْقِلُهم حتى يناموا ويمتدوا على الأرض. النهاية لابن الأثير (٢/ ١٨٤). (٢) "تفجَّت": من التفاجّ وهو المبالغة في تفريج ما بين الرجلين. النهاية لابن الأثير (٣/ ٤١٢). (٣) "الثجّ": اللبن السائل الكثير. ووقع في ح، ط: حتى ملأه إليها. وهو تصحيف، والمثبت من المستدرك والنهاية لابن الأثير (١/ ١٦٩) وفيه: أراد بَهَاء اللبن، وهو وَبيص رغوته أي بريقها. (٤) أراد أنها تتمايل من ضعفها. النهاية لابن الأثير (٢/ ٤٢٥). (٥) "النِّقْيِ": المخِ. النهاية لابن الأثير. (٦) "الثَّجْلة": ضِخمُ البطن. النهاية لابن الأثير (١/ ٢٠٨). (٧) "الصَّعْلَة": صِغَرُ الرأس؛ وهي أيضًا الدقَّة والنحول في البدن. النهاية لابن الأثير (٣/ ٣٢). (٨) "الوَطَف": طول شعر الأجفان. والصَّحَل: كالبُحَّة وألا يكون حادَّ الصوت. النهاية لابن الأثير. (٩) في ط: أحول، والمثبت من ح. (١٠) "لا تشنؤه": أي لا يُبغَض لفرط طوله. هذه رواية ح والمستدرك والنهاية لابن الأثير. وفي الفائق للزمخشري (١/ ٨١): لا يائس من طول. وفي ط: لا تنساه. تصحيف. وتقتحمه: تزدريه كما في الفائق.

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