Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Nous rencontrâmes un troupeau de moutons. Je lui dis : « À qui appartiens-tu, jeune garçon ? » Il répondit : « À un homme des Quraysh », puis il le nomma, et je le reconnus. Je lui demandai : « Y a-t-il du lait dans ton troupeau ? » Il dit : « Oui. » Je lui dis : « Pourrais-tu m’en traire un peu ? » Il répondit : « Oui ! » Je lui ordonnai alors de retenir une brebis, puis je lui dis de secouer sa mamelle afin d’en enlever la poussière, puis de laver ses mains de la poussière. J’avais avec moi une gourde fermée par un morceau d’étoffe, et il me trait une certaine quantité(1) de lait. J’y versai de l’eau jusqu’à ce que le fond du récipient se rafraîchisse. Ensuite, je rejoignis le Messager de Dieu (ﷺ) que je trouvai réveillé. Je lui dis : « Bois, ô Messager de Dieu. » Il but jusqu’à ce que je fusse satisfait. Puis je lui dis : « Est-il temps (2) de repartir ? » Nous nous remîmes donc en route, tandis que d’autres nous poursuivaient. Personne ne nous rattrapa hormis Souraqa ibn Mâlik ibn Juʿchum, qui nous rejoignit à cheval.

Je dis : « Ô Messager de Dieu, voilà que la poursuite nous a atteints ! » Il répondit : « Ne t’afflige pas. Dieu est avec nous. » Lorsque Souraqa fut tout près de nous – à une distance d’une ou deux lances, ou peut-être deux ou trois –, je répétai : « Ô Messager de Dieu, la poursuite nous a rejoints ! » et je me mis à pleurer. Il me demanda : « Pourquoi pleures-tu ? » Je répondis : « Par Dieu, je ne pleure pas pour moi-même, mais je pleure pour toi. » Le Messager de Dieu (ﷺ) invoqua alors en disant : « Ô mon Dieu, protège-nous de lui comme il Te plaira. » Aussitôt, les pattes de son cheval s’enfoncèrent jusqu’au ventre dans un sol rocailleux. Il en descendit précipitamment et s’écria : « Ô Muhammad, j’ai bien compris que c’était ton acte ! Implore Dieu pour qu’Il me libère de cette situation. Par Dieu, je me chargerai d’égarer ceux qui me suivent dans cette poursuite. Tiens, voici mon carquois ; prends-y une flèche, car tu passeras par un endroit où se trouvent mes chameaux et mes brebis. Prends-en ce dont tu auras besoin. » Le Messager de Dieu (ﷺ) répondit : « Je n’en ai nul besoin. » Puis il invoqua Dieu en faveur de Souraqa, qui fut alors libéré. Il repartit rejoindre les siens, tandis que le Messager de Dieu (ﷺ) poursuivait sa route. Je restai avec lui jusqu’à ce que nous arrivions à Médine. Là, les habitants sortirent à sa rencontre, se rassemblant aux abords des chemins et sur les hauteurs. Les serviteurs et les enfants couraient dans la rue en criant : « Dieu est plus Grand ! Le Messager de Dieu (ﷺ) est arrivé, Muhammad est là ! »

Les gens se disputaient l’honneur de l’héberger. Le Messager de Dieu (ﷺ) déclara : « Ce soir, je descendrai chez les Banû al-Najjâr, les oncles maternels de ʿAbd al-Mouttalib, afin de les honorer. » Le lendemain, il se rendit là où il avait reçu ordre d’aller.

Al-Barâ’ raconta : « Le premier des émigrés (muhâjirûn) à être arrivé parmi nous fut Muṣʿab ibn ʿUmayr, l’un des Banû ʿAbd al-Dâr, puis vint Ibn Umm Maktûm, l’aveugle, l’un (4) des Banû Fihr, puis ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb arriva avec vingt cavaliers. Nous lui dîmes : “Et le Messager de Dieu, qu’en est-il ?” Il répondit : “Il est sur mes traces.” Ensuite le Messager de Dieu (ﷺ) arriva, accompagné d’Abû Bakr.” » Al-Barâ’ poursuivit : « Le Messager de Dieu (ﷺ) n’était pas encore parvenu jusqu’à nous que j’avais déjà mémorisé plusieurs sourates du “Mufaṣṣal”. »

Ce récit est rapporté par al-Bukhârî et Muslim dans leurs recueils authentiques (ṣaḥîḥ), d’après la narration d’Isrâ’îl, sans toutefois mentionner la parole d’al-Barâ’ : « Le premier à être arrivé, etc. ». Seul Muslim transmet cette parole dans la version reliant le hadith à Isrâ’îl (5).

(1) «Al-Kuthba» : toute petite quantité rassemblée de nourriture, de lait ou autre. Al-Nihāya d'Ibn al-ʿAthīr (4/151). (2) Dans al-Musnad : «Anā» et dans l’édition de Shākir : «Ānā». Dans une variante de la chaîne : «Atā». Au-dessus, la lettre «n». (3) Dans une variante : «fi al-turūq» et «fi al-anājīr». Ce qui est confirmé dans al-Musnad et dans al-Nihāya d’Ibn al-ʿAthīr (1/26) : «dans le marché et sur les ajājīr et anājīr». Il y a : al-ikhā’ et al-injāz : la terrasse, dont le pluriel est ajājīr et anājīr. (4) Ainsi dans une variante, dans la transmission Ṭ et dans al-Musnad : «akhū» (frère). (5) Fath al-Bārī (3615) dans Al-Manāqib, chapitre «Les signes de la prophétie dans l’islam», et Ṣaḥīḥ Muslim (75 - 2009), chapitre «Zuhd et délicatesses», chapitre dans =
غنم، فقلتُ: لمن أنت يا غلام؟ فقال لرجل من قريش. فسمَّاه. فعرفتُه، فقلت: هل في غنمكَ من لَبَن؟ قال: نعم. قلت: هل أنت حالبٌ لي؟ قال: نعم! فأمرتُه، فاعتقل شاةً منها ثم أمرتُه فنفض ضَرْعَها من الغبار، ثم أمرتُه فنفض كفَّيه من الغبار، ومعي إداوةٌ على فمها خِرْقَة، فحلب لي كُثْبَة (١) من اللَّبَن فصبَبْتُ - [يعني الماء] - على القدَحِ حتى بر أسفله، ثم أتيتُ رسولَ اللَّه ﷺ فوافَيْتُه وقد استيقظ، فقلت: اشرَبْ يا رسول اللَّه فشرِبَ حتى رضيتُ، ثم قلت: هل آنَ (٢) الرحيلُ؟ فارتحلنا والقومُ يطلبوننا، فلم يُدْركْنا أحد منهم إلا سُرَاقة بن مالك بن جُعْشُم على فرسٍ له، فقلت: يا رسولَ اللَّه هذا الطلب قد لحِقَنا؟ قال: "لا تحْزَنْ إنَّ اللَّهَ مَعَنا" حتى إذا دنا منَّا، فكان بيننا وبينه قَدْرُ رمحٍ أو رمحين - أو قال: رمحين أو ثلاثة- قلت: يا رسول اللَّه، هذا الطلب قد لحقنا؟ وبكَيْت، قال: لم تبكي؟ قلت: أما واللَّه ما على نفسي أبكي، ولكنْ أبكي عليك. فدعا عليه رسولُ اللَّه ﷺ فقال: "اللهمَّ اكفِنَاهُ بما شئت" فساخَتْ قوائمُ فرسه إلى بطنها في أرض صَلْد، ووثب عنها وقال: يا محمد، قد علمتُ أنَّ هذا عملك، فادعُ اللَّه أنْ يُنجيني مما أنا فيه، فواللَّه لأعَمِّيَنَّ على مَنْ ورائي من الطلب، وهذه كنانتي فخذْ منها سهمًا فإنك ستمرُّ بإبلي وغنمي بموضع كذا وكذا فخُذْ منها حاجتك. قال: فقال رسولُ اللَّه ﷺ : "لا حاجة لي فيها" ودعا له رسولُ اللَّه ﷺ فأطلق ورَجَع إلى أصحابه؛ ومَضَى رسولُ اللَّه ﷺ وأنا معه حتى قدمنا المدينة وتلقَّاه الناسُ فخرجوا في الطرق وعلى الأناجير (٣) واشتدَّ الخدم والصبيانُ في الطريق يقولون: اللَّه أكبر جاء رسولُ اللَّه ﷺ ، جاء محمد. قال: وتنازَعَ القومُ أيُّهم ينزلُ عليه، قال: فقال رسولُ اللَّه ﷺ : "أنزِلُ الليلة على بني النجَّار أخوالِ عبدِ المطلب لأكْرِمَهُمْ بذلك" فلما أصبح غدا حيث أُمر. قال البراء: أولُ مَنْ قدم علينا من المهاجرين مُصعب بن عُمير أخو بني عبدِ الدار، ثم قدِم علينا ابنُ أمَّ مكتوم الأعمى أحد (٤) بني فهر، ثم قدم علينا عمر بن الخطاب في عشرينَ راكبًا، فقلنا ما فعل رسولُ اللَّه؟ قال: هو على أثري، ثم قدم رسولُ اللَّه ﷺ وأبو بكرٍ معه. قال البراء: ولم يقدَمْ رسولُ اللَّه ﷺ حتى قرأتُ سُورًا من المفصَّل. أخرجاهُ في الصحيحَيْن من حديث إسرائيل بدون قولِ البراء: أول من قدم علينا إلخ. فقد انفرد به مسلم فرواه من طريق إسرائيل به (٥) .
(١) "الكُثْبَة": كل قليل جمعته من طعام أو لبن أو غير ذلك. النهاية لابن الأثير (٤/ ١٥١). (٢) في المسند: أنى وفي طبعة شاكر: آنى. ووقع في ح: أتى. وفوقها "ن". (٣) في ح: في الطرق وفي الأناجير. والمثبت من المسند، وفي النهاية لابن الأثير (١/ ٢٦): في السوق وعلى الأجاجير والأناجير. وفيه: الإخاء والإنجاز: السطح وجمعه أجاجير وأناجير. (٤) كذا في ح، ط، وفي المسند: أخو. (٥) فتح الباري (٣٦١٥) المناقب باب علامات النبوة في الإسلام، وصحيح مسلم (٧٥ - ٢٠٠٩) الزهد والرقائق باب في =

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