Ibn Hishâm déclara : « Il s’agit de ‘Abd ar-Raḥmân ibn al-Ḥârith ibn Mâlik ibn Juʿshum. Et ce qu’il a dit est correct. »
Lorsque Surâqa revint, il ne rencontrait aucun des poursuivants sans les renvoyer, en disant : « Ce côté-là ne vous est plus d’aucune utilité. » Quand on apprit que le Messager de Dieu (ﷺ) était arrivé à Médine, Surâqa se mit à raconter aux gens ce qu’il avait vu du Prophète (ﷺ) et l’aventure de son cheval, et la chose se propagea de sa part. Les chefs de Quraysh redoutèrent le tort que cela pourrait leur causer et craignirent que cet épisode ne conduise nombre d’entre eux à embrasser l’islam. Surâqa était en effet l’émir et le chef des Banû Mudlij. Abû Jahl – qu’Allâh le maudisse – écrivit donc aux Banû Mudlij :
[vers sur le mètre at–ṭawîl]
« Ô Banû Mudlij, je redoute chez vous l’ignorant, votre Surâqa qui apelle à secourir Muḥammad.
Maintenez-le, de peur qu’il ne rompe votre unité,
vous laissant dispersés après la puissance et la suprématie. »
Sur ce, Surâqa ibn Mâlik répondit à Abû Jahl :
[vers sur le mètre at–ṭawîl]
« Abû Ḥakam, par Dieu, si tu avais vu
comment les pattes de mon cheval se sont enfoncées,
tu te serais émerveillé et n’aurais pas douté que Muḥammad
est un Messager et une preuve ; qui donc pourrait l’affronter ?
Éloigne-toi de lui et épargne-lui tes hommes, car je pense
qu’un jour surviendra où les signes se dévoileront.
Un jour où tu souhaiteras qu’on te vienne en aide,
car tous les gens alors, absolument tous, seront en paix avec lui. »
Al-Umawî a rapporté ces vers dans son ouvrage sur les expéditions (maghâzî) avec sa chaîne de transmission d’après Abû Isḥâq. Abû Nuʿaym (1) les a également rapportés avec sa chaîne de transmission, par la voie de Ziyâd, d’après Ibn Isḥâq, et il a ajouté dans la poésie d’Abû Jahl des vers contenant une mécréance manifeste (2).
Al-Bukhârî (3) rapporte, avec sa chaîne de transmission d’après Ibn Shihâb : ʿUrwa ibn az-Zubayr m’a informé que le Messager de Dieu (ﷺ) rencontra az-Zubayr dans une caravane de musulmans commerçants revenant du Shâm. Az-Zubayr revêtit alors le Messager de Dieu (ﷺ) et Abû Bakr de vêtements blancs. Lorsque les musulmans de Médine apprirent que le Messager de Dieu (ﷺ) venait de quitter La Mecque, ils se rendaient chaque matin à la Ḥarra pour guetter son arrivée jusqu’à ce que la chaleur du midi les repousse. Un jour, après avoir prolongé leur attente, ils rentrèrent chez eux. C’est alors qu’un homme juif, monté sur l’un de ses forts pour y scruter quelque chose, aperçut le Messager de Dieu (ﷺ) et ses compagnons, tous vêtus de blanc (4), ondoyant au loin dans la réverbération (5). Le Juif ne put se retenir de crier de toutes ses forces : « Ô peuple arabe ! Voici votre chance tant attendue ! »
Les musulmans saisirent alors leurs armes et allèrent à la rencontre du Messager de Dieu (ﷺ) à l’extrémité de la Ḥarra, puis il passa sur la droite pour s’arrêter chez les Banû ʿAmr ibn ʿAwf, et c’était un lundi du mois de Rabîʿ al-Awwal. Abû Bakr se leva pour s’adresser aux gens pendant que le Messager de Dieu (ﷺ) restait silencieux. Ceux des Anṣâr qui n’avaient pas encore vu le Prophète (ﷺ) se mirent à saluer Abû Bakr jusqu’à ce que le soleil frappât le Messager de Dieu (ﷺ). Alors Abû Bakr s’approcha et lui fit de l’ombre par sa propre personne.