Je demeurai un moment dans l’assemblée, puis je me levai et rentrai chez moi. J’ordonnai à ma servante de sortir avec mon cheval, qu’elle gardait derrière une petite colline, afin de me l’amener. Je pris alors ma lance et sortis par l’arrière de la maison. De la pointe de ma lance, je traçai une marque au sol et fis descendre son extrémité(1) jusqu’à rejoindre mon cheval. Je le montai et le poussai à avancer de manière à m’approcher d’eux(2). Lorsque je fus près d’eux, mon cheval trébucha et je tombai. Je me relevai et tendis la main vers mon carquois, d’où je sortis les flèches divinatoires (al-azlâm) pour tirer au sort : devais-je leur causer du tort ou non ? Le tirage donna un résultat qui m’était défavorable (m’enjoignant de ne pas leur nuire). Malgré cela, je remontai sur mon cheval et passai outre le signe des al-azlâm. Le cheval continua d’avancer jusqu’à ce que j’entendis la récitation du Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui), qui ne se retournait pas, tandis qu’Abû Bakr jetait fréquemment des regards en arrière. Soudain, les deux pattes avant de mon cheval s’enfoncèrent dans le sol(3), jusqu’aux genoux, et je tombai encore une fois. Je me relevai, fis signe et poussai mon cheval à se soulever, mais il peina à dégager ses pattes. Lorsqu’il se remit debout, l’empreinte de ses jambes souleva une poussière(4) qui s’éleva dans les airs telle une fumée. Je tirai une nouvelle fois au sort, et le même résultat apparut. Alors, je les interpellai pour leur promettre la sécurité. Ils s’arrêtèrent et je parvins jusqu’à eux.
À ce moment-là, après avoir été ainsi empêché de les atteindre, je compris que la mission du Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) finirait par triompher. Je lui dis : « Ton peuple a mis à prix ta tête », puis je les informai de tout ce que les gens tramaient contre eux. Je leur proposai également provisions et vivres, mais ils ne voulurent rien de moi et ne me demandèrent rien, sinon de dire : « Ne révèle pas notre présence. » Je leur demandai alors de m’écrire un sauf-conduit. Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) ordonna à ‘Âmir ibn Fuhayrah de l’écrire sur un morceau de cuir. Puis, le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) reprit sa route.
Muhammad ibn Ishâq(6) rapporte, d’après az-Zuhrî, d’après ‘Abd ar-Rahmân ibn Mâlik ibn Ju‘shum, d’après son père, d’après son oncle Suraqah, une version de cet événement où il est précisé qu’il tira d’abord au sort chez lui et obtint le signe qu’il n’aurait pas à leur nuire. Il est aussi mentionné que son cheval trébucha quatre fois. À chaque fois, il tirait au sort et obtenait le présage défavorable. Finalement, il leur offrit la sécurité et demanda un écrit qui ferait foi entre lui et le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui). Il raconte avoir reçu cet écrit sur un os, ou bien sur un morceau de cuir ou de tissu, et qu’il se présenta ensuite au Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) alors qu’il se trouvait à al-Ji‘irrânah(7) à son retour de Tâ’if. Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) lui dit alors : « C’est un jour de loyauté et de bonté. Approche. » Je m’approchai, puis je me convertis à l’islam.