Ibn Lahîʿa a rapporté d'après Abû al-Aswad, lui-même le tenant dʿUrwa ibn al-Zubayr, lequel déclara : « Après le pèlerinage – celui où le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) conclut le pacte avec les Ansâr –, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) demeura encore le reste de Dhû al-Ḥijja puis durant Muḥarram et Ṣafar. Ensuite, les polythéistes de Quraysh décidèrent, de concert, de le tuer, de l’emprisonner ou de l’expulser. Mais Dieu l’informa de leur complot et fit descendre ce verset : ﴿وَإِذْ يَمْكُرُ بِكَ الَّذِينَ كَفَرُوا﴾ [al-Anfâl : 30]. Alors le Prophète ordonna à ʿAlî de s’allonger dans son lit, tandis que lui-même partit avec Abû Bakr. Au matin, les Quraysh se mirent à leur recherche en tout lieu.
Mûsâ ibn ʿUqbah rapporte dans ses “Maghâzî” qu’il quitta La Mecque, lui et Abû Bakr, de nuit pour se réfugier dans la grotte. Il en est de même dans le récit fait par al-Ḥasan al-Baṣrî cité par Ibn Hishâm.
Al-Bukhârî (1) rapporte : « Yahyâ ibn Bukayr nous a transmis, d’après al-Layth, d’après ʿUqayl. Ibn Shihâb a dit : ʿUrwa ibn al-Zubayr m’a informé d’après ʿÂʾisha, l’épouse du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue), qui déclara : “Je n’ai jamais connu mes parents sans qu’ils ne pratiquent la religion (de l’islam) ; pas un jour ne passait sans que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) ne nous rende visite matin et soir. Puis, lorsque les musulmans furent persécutés, Abû Bakr partit émigrer vers le pays d’Abyssinie. Parvenu à Bark al-Ghimâd, il rencontra Ibn al-Dughnnah, le chef du clan de Qâra.” » ʿÂʾisha raconta alors que ce dernier avait reconduit Abû Bakr à La Mecque en lui offrant sa protection, comme évoqué dans l’histoire de l’émigration en Abyssinie, jusqu’à ce qu’Abû Bakr lui dît : « Je te rends ta protection et me contente de celle de Dieu. » Et elle ajouta : « Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) était alors toujours à La Mecque. »
Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) dit alors aux croyants : « J’ai eu la vision de votre terre d’émigration, une contrée plantée de palmiers entre deux formations volcaniques (Ḥarrah). » Certains parmi ceux qui avaient émigré en Abyssinie revinrent alors pour gagner Médine. Abû Bakr se prépara lui aussi à émigrer vers Médine. Alors le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) lui dit : « Attends un peu, car j’espère obtenir la permission (d’émigrer). » Abû Bakr demanda : « En est-il vraiment ainsi, que mon père et ma mère te soient sacrifiés ! » Le Prophète répondit : « Oui. » Abû Bakr retarda donc son départ pour pouvoir accompagner le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Il nourrissait deux montures qu’il possédait avec des feuilles de samur – appelées al-khabaṭ – et ce pendant quatre mois [certains disent six mois].
Ibn Shihâb poursuit : ʿUrwa rapporte qu’ʿÂʾisha raconta : « Un jour, en pleine chaleur de midi, alors que nous étions assis dans la maison de mon père, quelqu’un dit à Abû Bakr : “Voici le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), le visage couvert, venant à une heure inhabituelle.” Abû Bakr s’exclama : “Que mon père et ma mère lui soient sacrifiés ! Par Dieu, s’il vient à cette heure, c’est que quelque événement d’importance s’est produit.” Lorsque le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) arriva, il demanda à entrer et fut autorisé à le faire. Il dit alors : “Fais sortir ceux qui sont avec toi.” Abû Bakr répondit : “Ô Messager de Dieu, ne s’y trouvent que ta propre famille, que mon père soit sacrifié pour toi.” Le Prophète annonça : “La permission de partir (de La Mecque) m’a été accordée.” Abû Bakr lui dit : “Puis-je t’accompagner, Messager de Dieu, que mon père et ma mère te soient sacrifiés ?” Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) répondit : “Oui.” Abû Bakr reprit : “Choisis donc l’une de ces deux montures, ô Messager de Dieu, que mon père soit sacrifié pour toi.” Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) dit : “Mais seulement contre paiement.”” »
ʿÂʾisha conclut : « Nous nous empressâmes de les préparer au mieux (4), et nous leur fîmes… »