Il s’étend jusqu’à son extrémité. Parmi ses caractéristiques, on remarque qu’il coule sur des rochers et des sables sans contenir ni soie, ni mousse, ni vase. De même, aucune pierre ni caillou ne se couvrent de verdure en son lit, ce qui tient à la pureté de ses eaux, à leur douceur et à leur délicatesse. On compte aussi parmi ces particularités qu’il atteint son niveau maximum lorsque les autres fleuves sont en décrue, et qu’il baisse lorsqu’ils sont en crue.
Quant à ce que certains rapportent au sujet de la source du Nil, située en un lieu élevé où quelqu’un aurait découvert un spectacle terrifiant, en présence de belles jeunes filles et d’autres choses extraordinaires, avant de devenir muet, voilà qui relève des fables de certains historiens et des élucubrations d’hommes mensongers (1)(2).
Abd Allah ibn Lahi‘a (3) rapporta de Qays ibn al-Hajjaj, lequel le tenait de celui qui l’avait informé, qu’au moment de la conquête de l’Égypte, lorsque ‘Amr ibn al-‘As fut arrivé au mois de Būna (l’un des mois utilisés chez les non-Arabes), les habitants vinrent à lui et dirent : « Ô gouverneur ! Notre Nil a une coutume sans laquelle il ne coule pas. » Il demanda : « De quoi s’agit-il ? » Ils répondirent : « Lorsque douze nuits de ce mois se sont écoulées, nous prenons une jeune fille vierge dont les parents sont présents. Nous les dédommageons, puis nous l’habillons de nos plus beaux bijoux et de nos plus somptueux vêtements, avant de la jeter dans le Nil. »
‘Amr rétorqua : « Ceci est impossible en Islam, car l’Islam abroge ce qui le précède. » Les habitants laissèrent donc passer le mois de Būna, et le Nil ne coula ni beaucoup ni peu. Selon une autre version, passèrent Būna, Abīb et Misrā (4) sans qu’il ne coule, à tel point qu’ils songèrent à quitter les lieux. ‘Amr écrivit alors à ‘Umar ibn al-Khattâb pour l’informer. Celui-ci lui répondit qu’il avait bien agi et lui envoya une note (bâṭiqa) dans sa lettre, avec ordre de la jeter dans le Nil. Lorsque la lettre arriva, ‘Amr prit la note, l’ouvrit et y lut : « De la part du serviteur d’Allah, ‘Umar, Commandeur des croyants, au Nil du peuple d’Égypte. Après quoi : si tu ne coules que par ta propre volonté, ne coule pas. Mais si c’est Allah, l’Unique, l’Infiniment Puissant, qui te fait couler, alors nous invoquons Allah afin qu’Il te fasse couler. » ‘Amr jeta donc la note dans le fleuve. Au matin du samedi, le Nil avait monté de seize coudées en une seule nuit. Allah – glorifié et exalté soit-Il – (5) mit ainsi fin à cette coutume chez les Égyptiens, et cela jusqu’à aujourd’hui (6).
Pour ce qui est de l’Euphrate, il prend sa source au nord d’Arzan, en territoire byzantin. Il passe près de Malatya, puis longe Sumaysât, puis al-Ilbîra (7) au sud, avant de s’orienter vers l’est pour atteindre Bâlis (8) et la citadelle de Ja‘bar (9). Il traverse ensuite ar-Raqqa, puis rejoint ar-Rahba au nord, et il continue