Ibn Ishaq (1) a dit : « Puis ils se dirigèrent vers la grotte du mont Thawr – une montagne située au bas de La Mecque – et y pénétrèrent. Abou Bakr As-Siddiq ordonna à son fils ‘Abd Allâh d’écouter pendant la journée ce que les gens disaient à leur sujet, puis de revenir le soir leur rapporter les nouvelles de la journée. Il ordonna aussi à son affranchi ‘Amir ibn Fuhayrah de faire paître ses moutons pendant la journée, puis de les amener auprès d’eux le soir dans la grotte. Ainsi, ‘Abd Allâh ibn Abî Bakr passait la journée parmi les Quraysh pour recueillir ce qu’ils complotaient et disaient au sujet du Messager d’Allâh (ﷺ) et d’Abou Bakr, puis venait les trouver le soir et les informait de ses découvertes. De son côté, ‘Amir ibn Fuhayrah paissait ses moutons parmi les troupeaux des habitants de La Mecque, puis, le soir, ramenait les moutons d’Abou Bakr auprès d’eux pour qu’ils puissent en tirer du lait ou en abattre une pièce. Quand ‘Abd Allâh ibn Abî Bakr repartait à l’aube vers La Mecque, ‘Amir ibn Fuhayrah effaçait ses traces à l’aide des moutons. La suite du récit, telle que la rapporte al-Bukhârî, confirme ces faits.
D’après Ibn Jurayz (2), certains ont rapporté que le Messager d’Allâh (ﷺ) aurait précédé Abou Bakr en se rendant au mont Thawr, puis ordonné à ‘Alî de l’y guider pour qu’il le rejoigne, et qu’il l’aurait effectivement rattrapé en chemin. C’est là un récit très surprenant et contraire à la version la plus connue, selon laquelle ils seraient partis ensemble (3).
Ibn Ishaq (4) a dit : « Asmâ’ bint Abî Bakr (qu’Allâh l’agrée) leur apportait de quoi se nourrir chaque soir. » Asmâ’ (5) a raconté : « Lorsque le Messager d’Allâh (ﷺ) et Abou Bakr partirent, un groupe de Quraysh, parmi lesquels se trouvait Abou Jahl ibn Hishâm, vint jusqu’à la porte de la maison d’Abou Bakr. Je suis sortie à leur rencontre. Ils me demandèrent : “Où est ton père, fille d’Abou Bakr ?” Je leur répondis : “Par Allâh, je ne sais pas où il est”. » Elle poursuivit : « Alors Abou Jahl – qui était d’une grande vulgarité et d’une extrême méchanceté – leva la main et me porta une gifle sur la joue, si violente que mon bijou d’oreille en tomba, puis ils s’en allèrent. »
Ibn Ishaq (6) a également rapporté qu’après avoir interrogé Yahyâ ibn ‘Abbâd ibn ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr, celui-ci lui avait transmis un récit de son père, lui-même le tenant de sa grand-mère Asmâ’. Elle expliqua que lorsque le Messager d’Allâh (ﷺ) s’en alla, Abou Bakr partit avec lui en emportant toutes ses économies, soit cinq ou six mille dirhams. Elle ajouta : « Mon grand-père Abou Quhâfah, qui avait alors perdu la vue, entra et déclara : “Par Allâh, je crois qu’il a tout emporté avant de partir et vous a laissés sans rien.” » Elle poursuivit : « Je lui répondis : “Non, ô mon grand-père, il nous a laissé un bien considérable.” Puis je pris des pierres, les plaçai dans la niche où mon père avait l’habitude de déposer son argent, mis un drap par-dessus, puis je guidai la main de mon grand-père jusqu’à ce tas en lui disant : “Pose ta main sur ces biens.” Il posa alors la main dessus et déclara : “Cela suffit. S’il vous a laissé tout cela, il a agi comme il se doit. Cela vous permettra de subvenir à vos besoins.” En vérité, il ne nous avait rien laissé, mais je voulais seulement apaiser le vieillard de cette manière. »