En se tenant sur le seuil de la porte, on demanda : « Qui est ce cheikh ? » Il répondit : « C’est un cheikh originaire du Najd. Il a entendu parler de ce dont vous vous êtes entretenus et il est venu avec vous pour écouter ce que vous direz. Peut-être ne vous fera-t-il pas défaut en matière d’avis et de conseil. » Ils dirent : « Bien, entre donc. »
Il entra donc avec eux, tandis que s’étaient réunis là les notables de Quraysh : ‘Utba et Shayba, Abou Soufyân, Tu‘ayma ibn ‘Adî, Jubayr ibn Muṭ‘im ibn ‘Adî, Al-Hârith ibn ‘Âmir ibn Nawfal, An-Naḍr ibn Al-Ḥârith, Abou Al-Bakhtarî ibn Hishâm, Zama‘a ibn Al-Aswad, Ḥakîm ibn Ḥizâm, Abou Jahl ibn Hishâm, Nubayh et Munabbih, fils d’Al-Ḥajjâj, Umayya ibn Khalaf et d’autres encore, trop nombreux pour être cités au sein de Quraysh.
Ils se dirent alors : « Cet homme a provoqué ce que vous voyez. Par Dieu, nous ne sommes pas en sécurité s’il se dresse contre nous avec ceux, étrangers à notre clan, qui l’ont suivi. Trouvons donc un avis unanime à son sujet. » Ils délibérèrent. Puis l’un d’eux – on dit qu’il s’agissait d’Abou Al-Bakhtarî ibn Hishâm (2) – déclara : « Enfermez-le dans des fers et verrouillez-lui une porte. Attendez alors qu’il lui advienne ce qui arriva à ceux, poètes comme Zuhayr et An-Nâbigha et d’autres avant eux, c’est-à-dire ce même trépas, jusqu’à ce qu’il finisse par subir ce qu’ils ont subi. »
Le cheikh du Najd s’exclama : « Non, par Dieu ! Ce n’est pas là une bonne solution pour vous. Par Dieu, si vous l’enfermez comme vous le suggérez, son affaire franchira tôt ou tard cette porte que vous aurez fermée derrière lui pour parvenir à ses compagnons. Il est fort à craindre qu’ils ne se jettent alors sur vous pour le libérer de vos mains, puis qu’ils vous surpassent en nombre et vous dominent. Ce n’est pas une bonne solution pour vous. »
Ils délibérèrent à nouveau, puis l’un d’eux proposa : « Expulsons-le d’entre nous et bannissons-le de notre pays. Ainsi, s’il part, par Dieu, peu nous importe où il ira ni où il s’installera, pourvu qu’il s’éloigne. Nous en aurons terminé avec lui, et nous pourrons rétablir notre situation et l’unité qui nous liait. » Le cheikh du Najd reprit : « Non, par Dieu ! Ce n’est pas non plus une bonne solution. N’avez-vous pas remarqué combien son discours est séduisant, la douceur de son élocution, la facilité avec laquelle il conquiert le cœur des hommes par ce qu’il dit ? Par Dieu, si vous faisiez cela, je crains qu’il ne se rende auprès d’une tribu parmi les Arabes, qu’il ne les rallie par sa parole et son discours, et ne revienne ensuite avec eux contre vous pour vous écraser, s’emparer de vos affaires et agir à votre égard selon son bon vouloir. Ou bien vous seriez obligés de songer à un autre plan. »
Alors Abou Jahl ibn Hishâm s’exprima : « Par Dieu, j’ai à son sujet un avis que, je crois, vous n’avez pas encore envisagé. » Ils lui demandèrent : « Quel est-il, ô Abou Al-Ḥakam ? » Il répondit : « Je propose que nous choisissions dans chaque tribu un jeune homme vigoureux, de bonne ascendance et influent parmi nous, et que nous confions à chacun d’eux une épée tranchante. Tous ensemble, ils se précipiteront sur lui et le frapperont d’un seul coup, le tuant sur-le-champ. Ainsi nous serons débarrassés de lui. Dès lors, son sang sera réparti entre toutes les tribus, et les Banou ‘Abd Manâf ne pourront faire la guerre à tous leurs clans unis. Ils se contenteront alors d’exiger la compensation du sang, que nous leur accorderons. »
Le cheikh du Najd acquiesça : « L’avis est celui de cet homme. Voilà la seule solution, il n’y en a pas d’autre. » Puis les membres de l’assemblée se séparèrent, unanimes sur ce projet.