Ibn Ishaq (1) rapporte : « Mon père m’a raconté, d’après Salama ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn Abî Salama, d’après sa grand-mère, Umm Salama, laquelle a dit :
Lorsque Abû Salama se prépara à émigrer vers Médine, il m’équipa son chameau, me fit monter dessus et plaça auprès de moi mon fils Salama ibn Abî Salama. Puis il prit la bride du chameau et se mit en route avec nous. Quand les hommes des Banû al-Mughîra le virent, ils vinrent à lui et dirent : “Ta propre personne, tu l’emportes sur nous, mais pour notre parente (2), comment te laisserions-nous mener cette femme à travers le pays ?” »
Umm Salama raconte : « Ils arrachèrent alors la bride du chameau de sa main et me prirent à lui. Furieux, les Banû ‘Abd al-Asad, la tribu d’Abû Salama, s’écrièrent : “Par Dieu, nous ne laisserons pas notre enfant avec elle, maintenant que vous l’avez séparée de notre compagnon !” Ils se disputèrent donc au sujet de mon fils Salama, au point de lui déboîter le bras ; puis ils l’emmenèrent avec eux, tandis que les Banû al-Mughîra me gardèrent chez eux. Abû Salama, lui, partit pour Médine. Ainsi, je fus séparée de mon mari et de mon fils.
Chaque matin, j’allais m’asseoir dans la plaine d’al-Abtah et je ne cessais de pleurer jusqu’au soir, et ce pendant une année ou presque. Un jour, un homme de mes proches, de la tribu des Banû al-Mughîra, me vit ainsi et fut pris de pitié. Il s’adressa alors aux Banû al-Mughîra : “Pourquoi ne libérez-vous pas cette pauvre femme ? Vous l’avez arrachée à son mari et à son enfant !” Ils me dirent alors : “Rejoins ton mari si tu le souhaites.” Aussitôt, la tribu Banû ‘Abd al-Asad me rendit mon fils.
Je sellai alors mon chameau, je pris mon enfant et l’installai sur mes genoux, puis je partis pour rejoindre mon époux à Médine. Il n’y avait alors personne avec moi, hormis Dieu et mon fils. Je me dis : ‘Je demanderai de l’aide à toute personne que je rencontrerai, jusqu’à parvenir à mon mari.’ Arrivée à at-Tan‘îm (4), je rencontrai ‘Uthmân ibn Talha ibn Abî Talha, de la tribu des Banû ‘Abd ad-Dâr, qui me demanda : “Où vas-tu, ô fille d’Abû Umayya ?” Je répondis : “Je rejoins mon mari à Médine.” Il me dit : “N’as-tu personne avec toi ?” Je répondis : “Personne, hormis Dieu et ce fils.” Il répliqua : “Par Dieu, je ne te laisserai pas ainsi.” Et il prit la bride de mon chameau pour m’accompagner.
Par Dieu, je n’ai jamais voyagé avec un Arabe plus noble que lui. À chaque étape, il faisait agenouiller le chameau, se retirait pour me laisser descendre, puis s’éloignait de l’animal et le déchargeait, l’attachait à un arbre et s’allongeait à l’écart. Quand l’heure de repartir approchait, il ramenait mon chameau, le préparait et s’écartait, puis me disait : “Monte.” Une fois que j’étais installée, il reprenait la bride et repartait, et il ne cessa d’agir ainsi jusqu’à ce qu’il me conduise à Médine.
Lorsqu’il vit le village des Banû ‘Amr ibn ‘Awf à Qubâ’, il dit : “Ton époux se trouve dans ce village” – car Abû Salama y séjournait – “Entre-y donc, avec la bénédiction de Dieu.” Puis il rebroussa chemin vers la Mecque. Umm Salama ajouta : “Je ne connais pas de famille en Islam ayant subi autant d’épreuves que la famille d’Abû Salama, et je n’ai jamais vu un compagnon plus noble qu’Othmân ibn Talha.” »