Musʿab se rendit chez Asʿad ibn Zurāra et y demeura pour appeler les gens à l’islam. Il y resta jusqu’à ce qu’il ne subsistât plus de demeure parmi celles des Anṣār sans qu’il s’y trouvât des hommes et des femmes convertis à l’islam, à l’exception de la maison des Banū Umayya ibn Zayd, de Khaṭma, de Wāʾil et de Wāqif, ceux-là étant la branche Aws de la descendance d’al-Aws ibn Ḥāritha. En effet, on y trouvait Abū Qays ibn al-Aslat, dont le nom était Ṣayfī – selon al-Zubayr ibn Bakkār son nom était al-Ḥārith, et selon d’autres récits ʿUbayd Allāh. Son père, al-Aslat, se nommait ʿĀmir ibn Jušam ibn Wāʾil ibn Zayd ibn Qays ibn ʿĀmir ibn Murra ibn Mālik ibn al-Aws. Ibn al-Kalbī rapporte également la même généalogie. Il était leur poète et leur chef, et on l’écoutait et lui obéissait. C’est ainsi qu’il les retint hors de l’islam jusqu’après la bataille du Fossé.
Pour ma part, je souligne qu’Ibn Isḥāq attribue à Abū Qays ibn al-Aslat de très beaux poèmes à connotation religieuse, qui se rapprochent des poésies d’Umayya ibn Abī al-Ṣalt al-Thaqafī. Ibn Isḥāq raconte, dans la partie déjà évoquée, que lorsque la renommée du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) se répandit chez les Arabes et parvint jusque dans d’autres contrées, on en entendit parler à Médine. Il n’existait pas alors, parmi les tribus arabes, de groupe plus au fait de cette affaire que ceux des Aws et des Khazraj, du fait de ce qu’ils entendaient des savants juifs. Quand ce qui se passait à la Mecque par rapport au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) parvint à Médine, et que la discorde des Qurayš fut connue, Abū Qays ibn al-Aslat – issu des Banū Wāqif, qui éprouvait une affection particulière pour les Qurayš et était allié par mariage avec eux (il avait épousé Arnab bint Asad ibn ʿAbd al-ʿUzzā ibn Quṣayy et séjournait auprès des siens à La Mecque pendant plusieurs années) – composa alors une ode, dans laquelle il exaltait le caractère sacré du Sanctuaire, exhortait Qurayš à renoncer à la guerre, rappelait leurs vertus et leur sagesse, et évoquait les bienfaits dont Dieu les avait comblés, notamment la protection contre l’attaque de l’éléphant et la mise en échec des ennemis. Dans cette ode, il leur ordonnait de se retenir de nuire au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Il dit dans un poème (mètre al-ṭawīl) :
« Ô toi, cavalier, si jamais tu passes par là, porte-leur donc
un message de ma part, transmis à Luʾayy ibn Ghālib.
Car c’est la parole d’un homme que préoccupe ce qui vous divise,
malgré la distance, peiné par ce tourment qui le ronge. »