Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Maysara dit : « Comme tes paroles sont belles et lumineuses ! Cependant, mon peuple s’oppose à moi. Or, l’homme n’est fort que par les siens ; s’ils ne l’assistent pas, alors les ennemis sont encore plus redoutables (1). » Le Messager de Dieu (ﷺ) s’en alla, et le groupe partit aussitôt (2) rejoindre les leurs.

Maysara leur dit : « Faisons un détour par (3) Fadak, car il s’y trouve des Juifs. Nous les interrogerons au sujet de cet homme. » Ils se rendirent donc auprès de Juifs qui sortirent un de leurs livres, le déposèrent puis y étudièrent la mention du Messager de Dieu (ﷺ), le Prophète arabe illettré : il monte un âne, se contente d’une simple bouchée de pain, n’est ni grand ni petit, n’a ni les cheveux crépus et frisés ni tout à fait lisses, a une légère rougeur dans les yeux, et un teint éclatant (4). « S’il s’agit bien de celui qui vous a appelés, répondez-lui et entrez dans sa religion. Quant à nous, nous lui portons envie et nous ne le suivons pas. Il nous a causé, en divers moments (5), de grandes difficultés. Aucun Arabe ne restera en dehors de sa cause : soit il le suit, soit il le combat (6). Soyez donc de ceux qui le suivent. »

Maysara leur dit : « Ô mon peuple, cette affaire est claire. » Ils répondirent : « Nous retournerons à la saison (du pèlerinage) et nous le rencontrerons. » Ils regagnèrent donc leur pays, mais leurs notables s’y opposèrent, si bien qu’aucun ne se rallia à lui. Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) arriva plus tard à Médine, puis accomplit le Pèlerinage d’Adieu, Maysara le rencontra et le reconnut. Il lui dit : « Ô Messager de Dieu, par Dieu, j’ai toujours été désireux de te suivre depuis le jour où tu fis halte chez nous, jusqu’à ce qui est advenu. Mais Dieu n’a voulu que ce que tu vois, en retardant mon islam. La plupart de ceux qui m’accompagnaient sont morts. Où entreront-ils, ô Messager de Dieu ? » Le Prophète (ﷺ) répondit : « Quiconque est mort sans la religion de l’islam est en Enfer. » Maysara s’exclama : « Louange à Dieu qui m’a sauvé ! » Il se convertit alors et son islam fut excellent. Il occupera ensuite une place particulière auprès d’Abou Bakr.

L’imam Mohammed ibn ‘Oumar al-Waqidi a longuement rapporté l’histoire des tribus, une à une, relatant comment le Prophète (ﷺ) s’était présenté à Banou ‘Amir, Ghassân, Banou Fazâra, Banou Murra, Banou Hanîfa, Banou Sulaym, Banou ‘Abs, Banou Nadhr ibn Hawâzin, Banou Tha‘laba ibn ‘Ukâba, Kinda, Kalb, Banou al-Hârith ibn Ka‘b, Banou ‘Udhra, Qays ibn al-Khatîm et d’autres encore. Il en a détaillé les récits dans toute leur longueur ; nous en avons déjà cité une bonne partie, et à Dieu reviennent la louange et la grâce.

L’imam Ahmad (8) rapporte : « Nous conta Aswad ibn ‘Âmir : “Israïl nous raconta, d’après ‘Othmân – c’est-à-dire Ibn al-Mughîra – selon Sâlim ibn Abî al-Ja‘d, d’après Jâbir ibn ‘Abd Allâh : Le Prophète (ﷺ) présentait sa personne aux gens sur le lieu du rassemblement et disait : ‘Qui donc pourrait m’emmener auprès de son peuple ? Car Quraysh m’empêche de transmettre la Parole de mon Seigneur (Exalté soit-Il).’ Un homme de Hamdân vint à lui. Le Prophète (ﷺ) lui demanda : ‘Qui es-tu ?’ Il répondit : ‘Je suis de Hamdân.’ Le Prophète (ﷺ) répliqua : ‘Ton peuple est-il en mesure de me protéger ?’ Et l’homme de répondre…” »

(1) « Al-ʿudā » : avec un kasra (i), signifie les étrangers, les inconnus et les ennemis ; avec un ḍamma (u), cela désigne spécifiquement les ennemis. Al-Nihāya d’Ibn al-ʿAṯīr (s.v. ʿudī). (2) Dans la Ṭ et al-Dalāʾil : « ṣādirīn » ; confirmé par Ḥ. (3) Dans la Ṭ : « mīlawunā tiʾī » ; confirmé par Ḥ et al-Dalāʾil. (4) Dans al-Dalāʾil : « mašrab ». (5) Dans la Ṭ : « wa innā [minhu] fī mawāṭin » ; dans Ḥ : « wal-yatīhi balāʾ » ; confirmé par al-Dalāʾil. (6) Dans al-Dalāʾil : « illā atbaʿahu aw qātilahu », ce qui est plus proche de la vérité. (7) Dans la Ṭ : « allā [ʾinna] hādhā al-amr » ; dans Ḥ : « ilā hādhā al-amr » ; confirmé par al-Dalāʾil. (8) Dans al-Musnad (3/390), n° (15130).
ميسرة: ما أحسنَ كلامَكَ وأنورَه! ولكن قومي يخالفونني وإنما الرجلُ بقومه، فإذا لم يعضُدوه فالعِدَى أبْعَدُ (١) . فانصرف رسولُ الله ﷺ ، وخرج القوم مبادرين (٢) إلى أهليهم. فقال لهم ميسرة: ميلوا بنا إلى (٣) فَدَك، فإنَّ بها يهود، نسائلهم عن هذا الرجل. فمالوا إلى يهود، فأخرجوا سِفْرًا لهم فوضعوه، ثم درسوا ذكْرَ رسولِ الله ﷺ النبيِّ الأميِّ العربي، يركبُ الحمار ويَجْتَزِئ بالكِسْرَة، وليس بالطويل ولا بالقصير، ولا بالجَعْد القَطَط ولا بالسَّبَط، في عينيه حُمْرَة، مشرق (٤) اللَّون. فإنْ كان هو الذي دعاكم فأجيبوه وادْخُلوا في دينه، فإنا نحسُده ولا نتَّبِعُه، ولنا منه في مواطن (٥) بلاءٌ عظيم، ولا يَبْقَى أحدٌ من العرب إلا اتَّبعه وإلا قاتله (٦) ، فكونوا ممن يتَّبِعُه. فقال ميسرة: يا قوم، إنَّ (٧) هذا الأمر بيِّن، فقال القوم نرجعُ إلى الموسم ونلقاه. فرجعوا إلى بلادهم وأبَى ذلك عليهم رجالُهم، فلم يتَّبعْهُ أحدٌ منهم، فلما قدِم رسولُ الله ﷺ المدينة مهاجرًا وحجَّ حجَّة الوداع لَقِيَهُ ميسرةُ فعرفه. فقال: يا رسولَ الله، والله ما زلتُ حريصًا على اتِّباعك من يوم أنختَ بنا حتى كان ما كان، وأبَى الله إلا ما ترى من تأخُّر إسلامي، وقد مات عامَّةُ النفر الذين كانوا معي فأين مدخَلُهم يا رسول الله؟ فقال رسولُ الله ﷺ : "كُل مَنْ مات على غير دين الإسلام فهو في النار" فقال: الحمد لله الذي أنقذني. فأسلم وحسُن إسلامه، وكان له عند أبي بكرٍ مكان. وقد استقصى الإمام محمد بن عمر الواقدي قصصَ القبائل واحدةً واحدة، فذكر عَرْضَهُ (عليه السلام) نفسَه على بني عامر وغسان، وبني فَزَارة، وبني مُرَّة، وبني حنيفة، وبني سُليم، وبني عبس، وبني نضر بن هوازن، وبني ثعلبة بن عُكَابة، وكِنْدة وكَلْب وبني الحارث بن كعب، وبني عُذْرَة وقيس بن الخَطيم وغيرهم. وساق أخبارَها مطوَّلةً، وقد ذكرنا من ذلك طَرَفًا صالحًا ولله الحمدُ والمنة. وقال الإمام أحمد (٨) : حدَّثنا أسودُ بن عامر، أنا إسرائيل، عن عثمان - يعني ابن المغيرة - عن سالم بن أبي الجَعْد، عن جابر بن عبد الله، قال: كان النبيُّ ﷺ يعرضُ نفسَه على الناس بالموقف فيقول: "هل مِنْ رجل يحمِلُني إلى قومه؟ فإنَّ قريشًا قد منعوني أنْ أبلِّغ كلامَ ربي – Exalté soit-Il – " فأتاه رجلٌ من هَمْدان فقال: "ممن أنت؟ " قال الرجل: من هَمْدان. قال: "فهل عند قومِك من مَنعة؟ " قال:
(١) "العِدَى": بالكسر، الغرباء والأجانب والأعداء، وأما بالضم فهم الأعداء خاصة. النهاية لابن الأثير (عدي). (٢) في ط والدلائل: صادرين، والمثبت من ح. (٣) في ط: ميلوا نأتي. والمثبت من ح والدلائل. (٤) في الدلائل: مشرب. (٥) في ط: وإنا [منه] في مواطن. وفي ح: وليأتيه بلاء. والمثبت من الدلائل. (٦) في الدلائل: إلا اتبعه أو قاتله وهو أشبه بالصواب. (٧) في ط: ألا [إن] هذا الأمر، وفي ح: إلى هذا الأمر، والمثبت من الدلائل. (٨) في المسند (٣/ ٣٩٠) رقم (١٥١٣٠).

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