Maysara dit : « Comme tes paroles sont belles et lumineuses ! Cependant, mon peuple s’oppose à moi. Or, l’homme n’est fort que par les siens ; s’ils ne l’assistent pas, alors les ennemis sont encore plus redoutables (1). » Le Messager de Dieu (ﷺ) s’en alla, et le groupe partit aussitôt (2) rejoindre les leurs.
Maysara leur dit : « Faisons un détour par (3) Fadak, car il s’y trouve des Juifs. Nous les interrogerons au sujet de cet homme. » Ils se rendirent donc auprès de Juifs qui sortirent un de leurs livres, le déposèrent puis y étudièrent la mention du Messager de Dieu (ﷺ), le Prophète arabe illettré : il monte un âne, se contente d’une simple bouchée de pain, n’est ni grand ni petit, n’a ni les cheveux crépus et frisés ni tout à fait lisses, a une légère rougeur dans les yeux, et un teint éclatant (4). « S’il s’agit bien de celui qui vous a appelés, répondez-lui et entrez dans sa religion. Quant à nous, nous lui portons envie et nous ne le suivons pas. Il nous a causé, en divers moments (5), de grandes difficultés. Aucun Arabe ne restera en dehors de sa cause : soit il le suit, soit il le combat (6). Soyez donc de ceux qui le suivent. »
Maysara leur dit : « Ô mon peuple, cette affaire est claire. » Ils répondirent : « Nous retournerons à la saison (du pèlerinage) et nous le rencontrerons. » Ils regagnèrent donc leur pays, mais leurs notables s’y opposèrent, si bien qu’aucun ne se rallia à lui. Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) arriva plus tard à Médine, puis accomplit le Pèlerinage d’Adieu, Maysara le rencontra et le reconnut. Il lui dit : « Ô Messager de Dieu, par Dieu, j’ai toujours été désireux de te suivre depuis le jour où tu fis halte chez nous, jusqu’à ce qui est advenu. Mais Dieu n’a voulu que ce que tu vois, en retardant mon islam. La plupart de ceux qui m’accompagnaient sont morts. Où entreront-ils, ô Messager de Dieu ? » Le Prophète (ﷺ) répondit : « Quiconque est mort sans la religion de l’islam est en Enfer. » Maysara s’exclama : « Louange à Dieu qui m’a sauvé ! » Il se convertit alors et son islam fut excellent. Il occupera ensuite une place particulière auprès d’Abou Bakr.
L’imam Mohammed ibn ‘Oumar al-Waqidi a longuement rapporté l’histoire des tribus, une à une, relatant comment le Prophète (ﷺ) s’était présenté à Banou ‘Amir, Ghassân, Banou Fazâra, Banou Murra, Banou Hanîfa, Banou Sulaym, Banou ‘Abs, Banou Nadhr ibn Hawâzin, Banou Tha‘laba ibn ‘Ukâba, Kinda, Kalb, Banou al-Hârith ibn Ka‘b, Banou ‘Udhra, Qays ibn al-Khatîm et d’autres encore. Il en a détaillé les récits dans toute leur longueur ; nous en avons déjà cité une bonne partie, et à Dieu reviennent la louange et la grâce.
L’imam Ahmad (8) rapporte : « Nous conta Aswad ibn ‘Âmir : “Israïl nous raconta, d’après ‘Othmân – c’est-à-dire Ibn al-Mughîra – selon Sâlim ibn Abî al-Ja‘d, d’après Jâbir ibn ‘Abd Allâh : Le Prophète (ﷺ) présentait sa personne aux gens sur le lieu du rassemblement et disait : ‘Qui donc pourrait m’emmener auprès de son peuple ? Car Quraysh m’empêche de transmettre la Parole de mon Seigneur (Exalté soit-Il).’ Un homme de Hamdân vint à lui. Le Prophète (ﷺ) lui demanda : ‘Qui es-tu ?’ Il répondit : ‘Je suis de Hamdân.’ Le Prophète (ﷺ) répliqua : ‘Ton peuple est-il en mesure de me protéger ?’ Et l’homme de répondre…” »