« Quraysh ? Par Dieu, ce n’est pas la parole des gens de la terre ; si elle venait d’eux, nous l’aurions reconnue. » Alors le Messager de Dieu (ﷺ) récita : « Dieu commande la justice, la bienfaisance et la libéralité envers les proches, et Il interdit la turpitude, la réprobation et l’iniquité ; Il vous exhorte afin que vous vous souveniez » (Coran 16 : 90).
Mufrûq lui dit : « Par Dieu, ô Qurayshi, tu appelles aux vertus élevées et aux meilleures actions. Les gens qui t’ont traité de menteur et se sont ligués contre toi se sont égarés. » Il sembla alors qu’il voulait associer Hânî’ ibn Qabîsa à la conversation, et il ajouta : « Voici Hânî’ ibn Qabîsa, notre aîné et le garant de notre religion. »
Hânî’ s’adressa alors à lui : « Ô frère de Quraysh, j’ai entendu tes propos et je les ai crus. Pourtant, abandonner notre religion pour embrasser la tienne, après une seule rencontre que tu as eue avec nous — sans que nous ayons réfléchi à ta mission ni considéré les conséquences de ce à quoi tu nous appelles — relèverait d’une faute de jugement, d’une impulsivité et d’un défaut de prévoyance. L’erreur vient de la précipitation. En outre, il y a derrière nous un peuple à qui nous répugnerions d’imposer un engagement. Retourne donc [chez toi], nous ferons de même ; tu examineras la situation et nous l’examinerons aussi. » Il sembla ensuite qu’il désirait faire intervenir al-Muthannâ ibn Hâritha, et il dit : « Voici al-Muthannâ, notre aîné et chef de guerre. »
Al-Muthannâ déclara : « Ô frère de Quraysh, j’ai écouté tes propos et je les ai trouvés louables. Ta parole m’a plu, et la réponse que je te fais est celle de Hânî’ ibn Qabîsa : nous ne pouvons délaisser notre religion pour suivre la tienne après une seule séance que tu as eue avec nous. Sache que nous habitons entre deux confins (litt. “deux territoires”) : l’un est al-Yamâma et l’autre as-Samâwa. »
Le Messager de Dieu (ﷺ) s’enquit : « Et que sont ces deux confins ? »
Al-Muthannâ répondit : « L’un est la limite du désert et des terres arabes, l’autre est celle de la Perse et des fleuves de Kisrâ. Nous nous y sommes établis en vertu d’un pacte que Kisrâ nous a imposé : ne point commettre d’offense ni accueillir d’offenseur. Il se peut que l’affaire à laquelle tu nous invites soit contraire au désir des rois. Or, ce qui se produit du côté des Arabes peut être pardonné, et son excuse acceptée, tandis que ce qui advient du côté de la Perse n’est pas pardonné, ni son excuse admise. Par conséquent, si tu veux que nous te soutenions et te protégions de la part des Arabes, nous le ferons. »
Le Messager de Dieu (ﷺ) répondit : « Votre refus n’est pas malvenu, puisque vous vous êtes exprimés avec sincérité. Sachez pourtant que nul ne saurait servir la religion de Dieu que celui qui la défend de toutes parts. »
Puis il poursuivit : « Que feriez-vous donc si bientôt — sans que le délai ne soit long — Dieu vous accordait leurs terres et leurs biens, et vous installait même auprès de leurs filles ? Glorifieriez-vous et sanctifieriez-vous Dieu ? »
Al-Nuʿmân ibn Sharîk répliqua : « Ô mon Dieu ! Cela est-il donc en ton pouvoir, ô frère de Quraysh ? » Le Messager de Dieu (ﷺ) récita alors : « Ô Prophète ! Nous t’avons envoyé en témoin, en annonciateur et en avertisseur, et invitant à Dieu, par Sa permission, et en flambeau éclairant » (Coran 33 : 45-46).
Ensuite, le Messager de Dieu (ﷺ) se leva, tenant la main d’Abû Bakr.
ʿAlî raconta : « Puis le Messager de Dieu (ﷺ) se tourna vers nous et dit : “Ô ʿAlî, combien les Arabes possédaient de nobles vertus à l’époque préislamique ! C’est grâce à elles qu’ils se préservaient les uns des autres en ce bas monde.” »