Al-Dhawāʾib (1)
Il dit : Le Messager de Dieu (ﷺ) s’avança alors vers nous en souriant.
‘Alî raconta : « Je dis à Abû Bakr : “Ô Abû Bakr, tu es vraiment tombé sur le bédouin avec une rude épreuve (2).”
Il répondit : “Oui, ô Abû l-Ḥasan. Il n’est de calamité sans qu’il y en ait une encore plus grande, et l’épreuve est liée à la parole (3).”
Il poursuivit : « Puis nous arrivâmes à une assemblée empreinte de sérénité et de gravité ; nous y vîmes des vieillards respectés et vénérables. Abû Bakr s’avança et les salua — dit ‘Alî : ‘Abû Bakr avait la prééminence dans toute bonne action.’ »
Abû Bakr leur dit : « De quelle tribu êtes-vous ? »
Ils dirent : « Nous sommes de Banû Shaybân ibn Thaʿlabah. »
Alors Abû Bakr se tourna vers le Messager de Dieu (ﷺ) et dit : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi. Après ces hommes-là, il n’y a pas de plus haute considération dans leur peuple. »
Dans une autre version : « Auprès de ces hommes, il n’est plus d’excuse (4) pour leur peuple. Ils sont l’élite [grar] de leur peuple, et ils sont l’élite [grar] des gens (5). »
Parmi ces hommes se trouvaient Mafrûq ibn ʿAmr, Hânî ibn Qabîsah, al-Muthannâ ibn Ḥārithah et al-Nuʿmân ibn Sharīk. Le plus proche de Abû Bakr était Mafrûq ibn ʿAmr, qui dominait son groupe par l’éloquence et la parole (6). Il avait deux tresses retombant sur sa poitrine et siégeait le plus près d’Abû Bakr.
Abû Bakr lui demanda : « Quelle est votre force en nombre ? »
Mafrûq répondit : « Nous sommes plus d’un millier, et nul ne saurait vaincre un millier par manque de nombre. »
Abû Bakr demanda : « Et quelle est votre capacité de protection ? »
Il répondit : « Nous faisons tous les efforts nécessaires. Chaque peuple a sa chance. »
Abû Bakr poursuivit : « Comment menez-vous la guerre contre vos ennemis ? »
Mafrûq dit alors : « Nous sommes au comble de la colère quand nous sommes confrontés à l’adversaire (7), et nous nous montrons farouches au combat lorsque nous nous irritons. Nous préférons des chevaux de bonne race plutôt que de nombreux enfants, et les armes plutôt que les chamelles laitières. La victoire vient de Dieu : Il nous donne parfois la supériorité et parfois Il nous la retire (8). Serais-tu l’homme de Quraysh ? »
Abû Bakr répondit : « S’il vous est parvenu qu’il est le Messager de Dieu (ﷺ), le voici. »
Mafrûq déclara : « Nous avons entendu dire qu’il parle de cela. » Puis il se tourna vers le Messager de Dieu (ﷺ) et lui dit : « Vers quoi nous appelles-tu, ô frère de Quraysh ? »
Alors le Messager de Dieu (ﷺ) s’avança et s’assit, tandis que Abû Bakr se leva pour lui faire de l’ombre avec son vêtement. Le Prophète (ﷺ) dit :
« Je vous appelle à témoigner qu’il n’est d’autre dieu que Dieu, l’Unique, sans associé, et que je suis le Messager de Dieu. Je vous demande de m’accueillir, de me protéger et de me soutenir, afin que j’accomplisse vis-à-vis de Dieu ce qu’Il m’a enjoint ; car Quraysh s’est liguée contre l’ordre de Dieu, a traité Son Messager de menteur et a préféré la fausseté à la vérité. Or Dieu est celui qui se passe de tout, le Digne de louange. »
Mafrûq lui demanda alors : « Et vers quoi nous appelles-tu encore, ô frère de Quraysh ? »
Le Messager de Dieu (ﷺ) récita : « Dis : “Venez, je vais énoncer ce que votre Seigneur vous a interdit : ne Lui associez rien ; soyez bienfaisants envers vos père et mère…” » jusqu’à ces paroles : « Voilà ce dont [Dieu] vous a enjoint. Peut-être comprendrez-vous » [Coran 6 : 131-153].
Mafrûq reprit : « Et vers quoi nous appelles-tu encore, ô frère… »