Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Abou Bakr :
— Non.

Il dit : « Êtes-vous donc de la lignée de ‘Amr ibn ‘Abd Manāf, Hāshim qui émietta la tharîd (pain trempé dans le bouillon) pour son peuple, alors que les habitants de La Mecque étaient frappés par la disette ? À son propos, le poète déclame (1) :

[Sur le mètre al-Kāmil]
“‘Amr l’illustre a émietté la tharîd pour son peuple,
Tandis que les hommes de La Mecque souffraient de la faim et de la maigreur.
Vers lui, ils entreprenaient les deux caravanes :
Celle de l’hiver et celle de l’été.
Quraych était tel un œuf qui s’est fendu,
Dont le blanc fut réservé à ‘Abd Manāf. (2)
Ceux qui sont les dispensateurs de bienfaits, et l’on ne connaît pas d’autre bienfaiteur,
Ceux qui proclament : “Venez, ô hôtes !” (3)
Ceux qui abattent le bélier, dont la blancheur scintille,
Ceux qui protègent leurs femmes par le tranchant des épées, (4)
Par Dieu, si tu descendais dans leur demeure,
Ils t’auraient défendu contre la détresse et la disgrâce.” (5)

Abou Bakr répondit :
— Non.

Il poursuivit : « Êtes-vous alors de la descendance de ‘Abd al-Muṭṭalib, Shayba al-Ḥamd, propriétaire de la caravane (6) de La Mecque, celui qui nourrissait les oiseaux du ciel, les bêtes sauvages et les fauves dans le désert, dont le visage resplendissait telle la lune dans la nuit obscure ? »

Abou Bakr :
— Non.

Il demanda : « Fais-tu partie de ceux qui président à l’ifāḍa (le renvoi de la foule lors du rituel) ? »

Abou Bakr :
— Non.

Il demanda : « Fais-tu partie de ceux qui détiennent la ḥijāba (la garde de la Ka‘ba) ? »

Abou Bakr :
— Non.

Il demanda : « Es-tu de ceux qui siègent à la Dār an-Nadwa (lieu de conseil) ? »

Abou Bakr :
— Non.

Il demanda : « Es-tu de ceux qui assurent l’approvisionnement en eau (as-siqāya) ? »

Abou Bakr :
— Non.

Il demanda : « Es-tu de ceux qui se chargent de l’hospitalité (ar-rifāda) ? »

Abou Bakr :
— Non.

Il demanda encore : « Fais-tu partie de ceux qui font écouler la foule [parmi les gens] (7) ? »

Abou Bakr :
— Non.

À ce moment-là, Abou Bakr (qu’Allāh l’agrée) tira la bride de son chameau, la lui retirant des mains. Le jeune homme lui adressa alors ces vers (sur le mètre rajaz) :

“Le flot du torrent a rencontré un flot qui le repousse :
Tantôt il le fait céder, tantôt il le brise.” (8)

Puis il ajouta : « Par Dieu, ô frère de Quraych, si tu étais resté, je t’aurais dit que tu es des Zamā‘āt de Quraych et non pas des… »

(1) Il a été dit qu'il s'agit d'Abd Allah ibn az-Zib‘arā, et d'autres disent un autre. Voir la Sîra d'Ibn Hichâm (1/136) et al-Rawḍ (1/161). (2) Dans la variante h, t : « al-mukh » avec un khāʼ emphatique, confirmé par al-Dalāʼil d’Abû Na‘îm et al-Rawḍ al-Anf (1/161), les deux signifiant « pure », « dépouillé de toute chose » ; et avec une lettre hāʼ finale (ḥamla) : « le blanc de l'œuf ». Voir al-Qāmūs (mḥḥ, mkhk). (3) « al-Rā’ish » : dérivé de l’expression « rashattu fulānan » (j’ai fortifié son aile en lui faisant du bien, et il a tremblé et battu des ailes). Al-Nābigha a dit [dans al-Basīṭ] : "Combien de gens le Déshérité admis après la Richesse Et combien ont ailé des gens après le temps de repentir Il bat des ailes pour certains, et en dégage d’autres... Par Dieu, parmi les ailés il y a ‘Umar et parmi les exemptés." Voir Asās al-Balāgha (riš). (4) « Le bélier ici » : est le chef de la troupe au combat ; et « bayḍuh » (littéralement « son blanc ») : ce qu'il porte en fer et armes. Le second « bayḍ » : la place du groupe, le lieu qui contient tout. Voir al-Qāmūs et Asās (kabš, bayḍ). (5) « al-Azl » : vie difficile. On dit : « azallu ḥattā hazalū » signifiant « ils furent emprisonnés, resserrés ». L’iqrāf : c’est qu’ils viennent malades et subissent cela. Voir Asās al-Balāgha (azl – qarf). (6) Dans al-Dalāʼil : le puits de la Mecque. (7) Parmi les Dalāʼil : et dans h : « Afaman aṣ-ṣafīn anta » (Es-tu de la vraie lignée des Ṣafīn ?). (8) On dit du torrent qui arrive d’un endroit inattendu : « sayl dara’ » (un torrent repoussoir), c’est-à-dire que celui-ci repousse celui-là et ce dernier celui-ci. Et l’expression « yuhayyiduhi ḥīnan wa ḥīnan yaṣaddi‘uhu » : il le brise un moment et le fend un autre. Voir al-Lisān (dara’, hayḍ) et les deux vers qui y font référence. Dans la variante t, à la rime, il est corrigé en « yarfa‘uhu ». C’est une erreur de lecture.
أبو بكر: لا. قال: فمنكم عمرو بن عبد مناف، هاشم الذي هَشَم الثريدَ لقومه، وأهل مكة مسنتون، ففيه يقول الشاعر (١) : [من الكامل] عَمْرو العُلا هشَمَ الثريدَ لقومِهِ … ورجالُ مكّةَ مُسْنِتونَ عجِافُ سَنُّوا إليه الرحلتَيْن كِلَيْهما … عندَ الشتاءِ ورحلةَ الأصْيافِ كانت قريشٌ بيضةً فتفلَّقَتْ … فالمُحُّ خالِصُهُ لعبدِ مَنَافِ (٢) الرائِشينَ وليس يُعْرَفُ رائشٌ … والقائلينَ هلُمَّ للأَضياف (٣) والضاربين الكَبْشَ يَبْرُقُ بَيْضُهُ … والمانعينَ البَيْضَ بالأسياف (٤) للهِ درُّكَ لو نزلتَ بدارِهم … منَعُوكَ من أَزْلٍ ومن إِقْراف (٥) فقال أبو بكر: لا. قال: فمنكم عبد المطلب شَيبَةُ الحَمْد، وصاحب عِيرِ (٦) مكة، ومطعم طيرِ السماء، والوحوش والسباع في الفلا، الذي كأنَّ وجهه قمَرٌ يتلألأ في الليلةِ الظلماء؟ قال: لا. قال: أفمِنْ أهلِ الإفاضة أنت؟ قال: لا. قال: أفمن أهل الحِجَابَة أنت؟ قال: لا. قال أفمن أهلِ النَّدْوَة أنت؟ قال: لا. قال: أفمن أهل السِّقَاية أنت؟ قال: لا. قال: أفمن أهل الرِّفَادَةِ أنت؟ قال: لا. قال: أفمن المفيضين [بالناسِ] (٧) أنت؟ قال: لا. ثم جذَبَ أبو بكر (رضي الله عنه) زِمام ناقتِهِ من يده، فقال له الغلام: [من الرجز] صادَفَ دَرْءُ السَّيلِ دَرْءًا يدْفَعُهْ … يَهيضُهُ حينًا وحينًا يَصْدَعُهْ (٨) ثم قال: أما والله يا أخا قريش لو ثبت لخبَّرْتُك أنك من زَمَعَاتِ قريش ولست من
(١) قيل: هو عبد الله بن الزِّبَعْرَى، وقيل غيره. سيرة ابن هشام (١/ ١٣٦) والروض (١/ ١٦١). (٢) في ح، ط: فالمخ بالخاء المعجمة، والمثبت من دلائل أبي نعيم والروض الأنف (١/ ١٦١) وكلاهما بمعنى، وهو الخالص من كل شيء، وبالمهملة: صُفْرة البيض. القاموس (محح، مخخ). (٣) "الرائش": من قولهم: رِشْتُ فلانًا: قوَّيتُ جناحه بالإحسان إليه فارتاش وتريَّش، قال النابغة: [من البسيط] كم قد أحَلَّ بدار الفقر بعد غِنًى … قومًا وكم راشَ قومًا بعد إقتارِ يَريش قومًا ويبري آخرين بهم … لله من رائشٍ عمرٌو ومن بارِ أساس البلاغة (ريش). (٤) الكبش هنا": قائد الكتيبة في الحرب؛ وبَيْضُه: ما عليه من حديد وسلاح. والبَيْض الثانية: ساحة القوم، وحوزة كل شيء. القاموس والأساس (كبش، بيض). (٥) "الأزْل": ضيق العيش. يقال: أزِلوا حتى هزلوا: أي حُبسوا وضُيِّق عليهم. والإقراف: أن يأتيهم وهم مرضى فيصيبه ذلك. أساس البلاغة (أزل - قرف). (٦) في الدلائل: بئر مكة. (٧) من الدلائل: وفي ح: أفمن الصفين أنت. (٨) يقال للسيل إذا أتاك من حيث لا تحتسبه: سيلٌ دَرْء، أي يدفع هذا ذاك، وذاك هذا. وقوله يهيضه حينًا وحينًا يصدعه: أي يكسره مرة ويشقُّه أخرى. اللسان (درأ، هيض) والبيتان فيهما. ووقع في ط في القافية: يرفعه. تصحيف.

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