Abd Allâh ibn al-Ajlaḥ a dit : « Mon père m’a rapporté, d’après les anciens de son peuple, que la tribu de Kinda lui avait dit : “Si tu es victorieux, nous accorderas-tu la royauté après toi ?” Le Messager de Dieu (ﷺ) répondit : “En vérité, la royauté appartient à Dieu, Il l’octroie à qui Il veut.” Ils dirent alors : “Nous n’avons pas besoin de ce que tu nous apportes.” »
Al-Kalbî rapporta également qu’ils dirent : « Es-tu venu nous détourner de nos divinités et nous faire affronter les Arabes ? Retourne donc auprès de ton peuple, car nous n’avons que faire de toi. » Il se détourna d’eux et se rendit chez les Banû Bakr ibn Wâʾil. Il leur demanda : « De quelle tribu êtes-vous ? » Ils répondirent : « De Bakr ibn Wâʾil. » Il dit : « De quelle branche de Bakr ibn Wâʾil ? » Ils répondirent : « Des Banû Qays ibn Thaʿlaba. » Il demanda : « Quelle est votre importance numérique ? » Ils dirent : « Plus nombreux que la poussière (1). » Alors il dit : « Et qu’en est-il de votre capacité à vous défendre ? » Ils répondirent : « Nous n’avons pas de véritable protection : nous vivons à côté des Perses, et nous ne pouvons ni résister contre eux ni accorder refuge à quiconque les affronte. »
Il dit alors : « Vous engagez-vous devant Dieu, si jamais Il vous maintient en vie jusqu’au jour où vous prendrez leurs demeures, épouserez leurs femmes et réduirez leurs enfants en esclavage, à célébrer Dieu (subḥâna-llâh) trente-trois fois, à Le louer (al-ḥamduli-llâh) trente-trois fois et à proclamer Sa grandeur (Allâhu akbar) trente-quatre fois ? » Ils demandèrent : « Mais qui es-tu donc ? » Il répondit : « Je suis le Messager de Dieu. » Et il partit. Al-Kalbî rapporta que, lorsqu’il se détourna d’eux, son oncle Abû Lahab le suivait en disant aux gens : « Ne croyez pas à ce qu’il vous dit. »
Puis Abû Lahab arriva à leur tour et on lui demanda : « Connais-tu cet homme ? » Il répondit : « Oui, il est de la plus haute lignée parmi nous. Pourquoi l’interroger ? » Ils lui rapportèrent ce à quoi il les avait appelés et dirent : « Il prétend être le Messager de Dieu. » Abû Lahab leur dit : « Ne faites aucun cas de ses propos (2), c’est un homme fou qui divague. » Ils dirent : « Cela nous est apparu clairement quand il nous a parlé des affaires concernant la Perse. »
Al-Kalbî (3) déclara : « ʿAbd al-Raḥmân al-ʿÂmirî (4) m’a informé, d’après les anciens de son peuple, que le Messager de Dieu (ﷺ) vint nous trouver alors que nous étions au marché de ʿUkâẓ. Il nous dit : “De quelle tribu êtes-vous ?” Nous répondîmes : “Des Banû ʿÂmir ibn Ṣaʿṣaʿa.” Puis il demanda : “De quelle branche de Banû ʿÂmir ibn Ṣaʿṣaʿa ?” Nous dîmes : “Des Banû Kaʿb ibn Rabîʿa.” Il demanda : “Quel est votre pouvoir de protection ?” Nous répondîmes : “On ne peut nous atteindre, nul n’ose s’en prendre à nos biens.” Il nous dit alors : “Je suis le Messager de Dieu (ﷺ). Je suis venu vous trouver pour que vous me protégiez, afin que je puisse transmettre le message de mon Seigneur ; je ne contrains personne d’entre vous à quoi que ce soit.” Ils demandèrent : “De quelle branche des Quraysh es-tu ?” Il répondit : “Des Banû ʿAbd al-Muṭṭalib.” Ils dirent : “Et qu’en est-il de ʿAbd Manâf ?” Il répondit : “Ce sont eux les premiers à m’avoir démenti et chassé.” Ils répliquèrent : “Quant à nous, nous ne te chasserons pas, mais nous ne croirons pas en toi. Toutefois, nous te protégerons pour que tu puisses transmettre le message de ton Seigneur.” »
Le Prophète (ﷺ) descendit donc auprès d’eux pendant que les gens vaquaient à leurs transactions dans ce marché. C’est alors que Bayḥara (5) ibn Frâs al-Qushayrî arriva. Il demanda : « Qui est cet homme que je vois parmi vous ? Il m’est inconnu. » Ils répondirent : « C’est Muḥammad ibn ʿAbd Allâh al-Qurashî. » Il demanda : « Que vous veut-il ? » Ils dirent : « Il prétend être le Messager de Dieu et nous a demandé de le protéger, afin de transmettre le message de son Seigneur. » Il dit : « Quelle réponse lui avez-vous donnée ? » Ils répondirent : « Nous l’avons accueilli à bras ouverts, nous le conduirons dans notre pays et le protégerons comme nous nous protégeons nous-mêmes. » Bayḥara (5) répliqua : « Je ne connais personne… »