Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il dit dans sa prière : « Te montres‐Tu sévère avec moi, ou m’as‐Tu livré à un ennemi à qui Tu as confié mes affaires ? Si Tu n’es pas en colère contre moi, je n’en ai cure ; mais Ton bienfait est pour moi plus large encore. Je cherche refuge dans la lumière de Ton visage, lumière par laquelle s’évanouissent les ténèbres (1), et grâce à laquelle les affaires de ce monde et de l’au‐delà sont remises en ordre, contre le fait que Tu fasses descendre Ta colère sur moi ou que Ton courroux s’abatte sur moi. C’est à Toi que revient le pardon jusqu’à ce que Tu sois satisfait ; il n’est de force ni de puissance qu’en Toi (2). »

Il raconta ensuite : Lorsque les deux fils de Rabiʿa, ʿUtba et Shayba, le virent et constatèrent ce qu’il avait enduré, leur miséricorde se réveilla à son égard. Ils appelèrent alors un serviteur chrétien nommé ʿAddās et lui dirent : « Prends une grappe de raisin, dispose‐la sur ce plateau, puis apporte‐la à cet homme et dis‐lui de manger. » ʿAddās obéit, puis alla déposer le plateau devant le Messager de Dieu (ﷺ) et l’invita à manger. Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) tendit la main pour prendre le raisin, il prononça : « Au nom de Dieu. » Puis il mangea. ʿAddās le regarda alors et s’exclama : « Par Dieu ! Les gens de ce pays ne s’expriment pas ainsi ! » Le Messager de Dieu (ﷺ) lui demanda : « De quelle contrée es‐tu, ô ʿAddās, et quelle est ta religion ? » Il répondit : « Je suis chrétien, originaire de Ninive. » Le Messager de Dieu (ﷺ) poursuivit : « De la ville de l’homme vertueux, Jonas, fils de Matta ? » ʿAddās s’étonna : « Comment sais‐Tu qui est Jonas, fils de Matta ? » Le Prophète (ﷺ) répliqua : « C’était mon frère. Il était prophète ; moi aussi, je suis prophète. » À ces mots, ʿAddās se jeta sur le Messager de Dieu (ﷺ) pour lui baiser la tête, les mains et les pieds (3).

Alors l’un des frères, ʿUtba ou Shayba, dit à l’autre : « En vérité, ton serviteur est corrompu ! » Lorsque ʿAddās les rejoignit, ils lui dirent : « Malheur à toi, ʿAddās ! Pourquoi embrasses‐tu la tête, les mains et les pieds de cet homme ? » Il répondit : « Ô mes maîtres ! Il n’y a rien de meilleur sur cette terre que cet homme. Il m’a informé d’une chose que seul un prophète peut connaître ! » Ils lui dirent : « Malheur à toi, ʿAddās ! Ne te détourne pas de ta religion, car la tienne vaut mieux que la sienne. »

Moussa ibn ʿUqba a rapporté un récit semblable, à ceci près qu’il n’a pas mentionné l’invocation ; il ajoute qu’à Tāʾif, les gens s’étaient alignés de part et d’autre du chemin. À chaque pas que le Prophète (ﷺ) faisait, ils lui jetaient des pierres jusqu’à lui faire saigner les pieds. Il se libéra d’eux alors que ses pieds saignaient et se dirigea vers l’ombre d’un palmier, accablé par la douleur. Là, se trouvaient ʿUtba et Shayba, fils de Rabiʿa, qu’il répugnait de croiser à cause de leur hostilité envers Dieu et son Prophète. Puis il raconta l’histoire de ʿAddās le chrétien de la même manière que précédemment.

L’imam Aḥmad (4) a rapporté, d’après Abou Bakr ibn Abou Shayba, lequel raconta que Marwān ibn Muʿāwiya al‐Fazārī dit au nom de ʿAbd Allāh

(1) Le sens du « visage » et de la « lumière des ténèbres » : Quant au « visage », lorsqu'il est mentionné dans le Coran et la Sunna, il se divise en deux contextes : le premier est celui de la proximité et de la satisfaction par une action, comme dans la parole du Très-Haut : « Ils désirent Sa face » (Coran), et dans : « sauf pour rechercher la face de son Seigneur, le Très-Haut » ; dans ce contexte, ce qui est recherché est Sa satisfaction et Son agrément envers l'action, ainsi que Son attention envers le serviteur qui agit. À l'origine, celui qui est satisfait de toi se tourne vers toi, tandis que celui qui est en colère se détourne de toi et ne te montre pas son visage. Le second contexte est ce qui apparaît aux cœurs et aux esprits des créatures comme descriptions de Sa majesté et de Sa gloire. Le terme « visage » en langue signifie ce qui est apparent d'une chose, qu'il soit intellectuel ou sensible ; on dit par exemple : « c'est le visage de la question », ou « le visage du hadith », c’est-à-dire ce qui apparaît à ton regard. (Al-Rawd, vol. 2, p. 178). (2) La mention de la prière du Ṭā’if a été rapportée par l’imam al-Ḥaythamī dans Majma‘ al-Zawā’id (6/35), et elle contient un amalgame attribué à Ibn Isḥāq. Le hadith est donc faible. (3) Al-Suhaylī a dit dans Al-Rawd (2/179) : Al-Tamīmī y ajoute que lorsqu’un homme nommé ‘Addās entendait mentionner Yūnus ibn Mattā‘, il dit : « Par Allah, je suis sorti de là - c’est-à-dire Ninive - et il n’y a pas là dix personnes qui connaissent Mattā‘ ; alors comment connais-tu Mattā‘, toi qui es illettré, et dans une communauté illettrée ? » (4) Rapporté dans son Musnad (4/335).
يتجَهَّمُني، أم إلى عدوٍّ ملَّكْتَهُ أمْرِي؟ إنْ لم يكنْ بك غضبٌ عليَّ فلا أُبالي، ولكنْ عافيتُك هي أوسعُ لي، أعوذُ بنورِ وجهك الذي أشرقتْ له الظلمات (١) ، وصَلَح عليه أمْرُ الدنيا والآخرة، من أنْ تُنْزل بي غضَبَك، أو يَحِلَّ عليَّ سَخَطُك، لك العُتْبَى حتى ترضى، ولا حولَ ولا قُوَّةَ إلا بك " (٢) . قال: فلما رآه ابنا ربيعةَ عتبةُ وشيبةُ، وما لَقِيَ تحركتْ له رَحِمُهما، فدَعَوْا غلامًا لهما نصرانيًا يقال له عدَّاس فقالا له: خُذْ قِطْفًا من هذا العِنَب فضَعْهُ في هذا الطبق، ثم اذهب به إلى ذلك الرجل فقل له يأكل منه. ففعل عدَّاس، ثم ذهب به حتى وضعه بين يدي رسولِ الله ﷺ ثم قال له: كُلْ. فلما وضع رسولُ الله ﷺ يده فيه قال: "بسم الله ". ثم أكل، فنظر عدَّاسٌ في وجهه ثم قال: واللهِ إنَّ هذا الكلامَ ما يقولُه أهلُ هذه البلاد! فقال له رسولُ الله ﷺ : " ومن أهلِ أيِّ بلادٍ أنتَ يا عدَّاس وما دينُك "؟ قال: نَصْرَاني، وأنا رجلٌ من أهلِ نِينَوَى. فقال رسولُ الله ﷺ : " من قريةِ الرجلِ الصالح يُونُس بن متَّى". فقال له عدَّاس: وما يُدريك ما يونس بن متى؟ فقال رسولُ الله ﷺ ذلك أخي، كان نبيًّا وأنا نبيّ. فأكبَّ عدَّاس على رسولِ الله ﷺ يقبِّلُ رأسَه ويدَيْه وقدمَيْه (٣) . قال: يقولُ ابنا ربيعة أحدهما لصاحبه: أمَّا غلامك فقد أفسدَهُ عليك. فلما جاءهما عدَّاس قالا له: ويلك يا عدّاس، ما لك تقبِّلُ رأسَ هذا الرجل ويدَيْه وقدميه؟ قال: يا سيدي، ما في الأرض شيءٌ خيرٌ من هذا، لقد أخبرني بأمرٍ ما يعلمه إلا نبيّ! قالا له: ويحك يا عداس، لا يصرفنَّك عن دينك، فإنَّ دينَكَ خيرٌ من دينه. وقد ذكر موسى بن عُقبة نحوًا من هذا السياق، إلا أنه لم يذكرِ الدُّعاء، وزاد: وقعد له أهلُ الطائف صفَّين على طريقه، فلما مرّ جعلوا لا يرفعُ رجلَيْه ولا يضعهما إلا رضخوهما بالحجارة حتى أدْمَوْه، فخلص منهم وهما يسيلانِ بالدماء، فعمد إلى ظلِّ نخلةٍ وهو مكروب، وفي ذلك الحائط عتبة وشيبة ابنا ربيعة، فكره مكانهما لعداوتهما الله ورسوله. ثم ذكر قصة عدَّاس النصراني كنحو ما تقدَّم. وقد روى الإمام أحمد (٤) عن أبي بكر بن أبي شيبة، حدَّثنا مروان بن معاوية الفَزَاريّ، عن عبد الله
(١) معنى الوجه وإشراق الظلمات: أما الوجه إذا جاء ذكره في الكتاب والسنة فهو ينقسم في الذكر إلى موطنين: موطن تقرّب واسترضاء بعمل كقوله تعالى: ﴿يُرِيدُونَ وَجْهَهُ﴾ وكقوله ﴿إِلَّا ابْتِغَاءَ وَجْهِ رَبِّهِ الْأَعْلَى﴾، فالمطلوب في هذا الموطن: رضاه وقبوله للعمل، وإقباله على العبد العامل؛ وأصله أن من رضي عنك أقبل عليك، ومن غضب عليك أعرض عنك ولم يرك وجهه. والموطن الثاني: ما ظهر إلى القلوب والبصائر من أوصاف جلاله ومجده، والوجه لغة ما ظهر من الشيء معقولًا كان أو محسوسًا، تقول: هذا وجه المسألة، ووجه الحديث، أي الظاهر إلى رأيك منه. الروض (٢/ ١٧٨). (٢) ذكر دعاء الطائف هذا الحافظ الهيثمي في "مجمع الزوائد" (٦/ ٣٥) وفيه تدليس ابن اسحاق. فالحديث ضعيف. (٣) قال السهيلي في الروض (٢/ ١٧٩): وزاد التميمي فيها أنَّ عدَّاسًا حين سمعه يذكر يونس بن متَّى قال: والله لقد خرجت منها - يعني نينوى - وما فيها عشرة يعرفون ما متَّى، فمن أين عرفت أنت متَّى، وأنت أمي، وفي أمة أمِّيَّة؟. (٤) في مسنده (٤/ ٣٣٥).

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