Il dit dans sa prière : « Te montres‐Tu sévère avec moi, ou m’as‐Tu livré à un ennemi à qui Tu as confié mes affaires ? Si Tu n’es pas en colère contre moi, je n’en ai cure ; mais Ton bienfait est pour moi plus large encore. Je cherche refuge dans la lumière de Ton visage, lumière par laquelle s’évanouissent les ténèbres (1), et grâce à laquelle les affaires de ce monde et de l’au‐delà sont remises en ordre, contre le fait que Tu fasses descendre Ta colère sur moi ou que Ton courroux s’abatte sur moi. C’est à Toi que revient le pardon jusqu’à ce que Tu sois satisfait ; il n’est de force ni de puissance qu’en Toi (2). »
Il raconta ensuite : Lorsque les deux fils de Rabiʿa, ʿUtba et Shayba, le virent et constatèrent ce qu’il avait enduré, leur miséricorde se réveilla à son égard. Ils appelèrent alors un serviteur chrétien nommé ʿAddās et lui dirent : « Prends une grappe de raisin, dispose‐la sur ce plateau, puis apporte‐la à cet homme et dis‐lui de manger. » ʿAddās obéit, puis alla déposer le plateau devant le Messager de Dieu (ﷺ) et l’invita à manger. Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) tendit la main pour prendre le raisin, il prononça : « Au nom de Dieu. » Puis il mangea. ʿAddās le regarda alors et s’exclama : « Par Dieu ! Les gens de ce pays ne s’expriment pas ainsi ! » Le Messager de Dieu (ﷺ) lui demanda : « De quelle contrée es‐tu, ô ʿAddās, et quelle est ta religion ? » Il répondit : « Je suis chrétien, originaire de Ninive. » Le Messager de Dieu (ﷺ) poursuivit : « De la ville de l’homme vertueux, Jonas, fils de Matta ? » ʿAddās s’étonna : « Comment sais‐Tu qui est Jonas, fils de Matta ? » Le Prophète (ﷺ) répliqua : « C’était mon frère. Il était prophète ; moi aussi, je suis prophète. » À ces mots, ʿAddās se jeta sur le Messager de Dieu (ﷺ) pour lui baiser la tête, les mains et les pieds (3).
Alors l’un des frères, ʿUtba ou Shayba, dit à l’autre : « En vérité, ton serviteur est corrompu ! » Lorsque ʿAddās les rejoignit, ils lui dirent : « Malheur à toi, ʿAddās ! Pourquoi embrasses‐tu la tête, les mains et les pieds de cet homme ? » Il répondit : « Ô mes maîtres ! Il n’y a rien de meilleur sur cette terre que cet homme. Il m’a informé d’une chose que seul un prophète peut connaître ! » Ils lui dirent : « Malheur à toi, ʿAddās ! Ne te détourne pas de ta religion, car la tienne vaut mieux que la sienne. »
Moussa ibn ʿUqba a rapporté un récit semblable, à ceci près qu’il n’a pas mentionné l’invocation ; il ajoute qu’à Tāʾif, les gens s’étaient alignés de part et d’autre du chemin. À chaque pas que le Prophète (ﷺ) faisait, ils lui jetaient des pierres jusqu’à lui faire saigner les pieds. Il se libéra d’eux alors que ses pieds saignaient et se dirigea vers l’ombre d’un palmier, accablé par la douleur. Là, se trouvaient ʿUtba et Shayba, fils de Rabiʿa, qu’il répugnait de croiser à cause de leur hostilité envers Dieu et son Prophète. Puis il raconta l’histoire de ʿAddās le chrétien de la même manière que précédemment.
L’imam Aḥmad (4) a rapporté, d’après Abou Bakr ibn Abou Shayba, lequel raconta que Marwān ibn Muʿāwiya al‐Fazārī dit au nom de ʿAbd Allāh