Chapitre sur le fait qu’il (ﷺ) se rendit auprès des habitants de Tâ’if pour les appeler à la religion de Dieu ; ils le repoussèrent et ne voulurent rien entendre de lui, si bien qu’il revint d’eux à La Mecque.
Ibn Isḥāq (1) rapporte : « Lorsque Abū Ṭālib trépassa, Quraych infligea au Messager de Dieu (ﷺ) des vexations qu’elle ne s’était jamais permise de son vivant, tant que son oncle Abū Ṭālib était encore là. Alors, le Messager de Dieu (ﷺ) partit pour Tâ’if afin d’obtenir des Thaqîf aide et protection contre son peuple, tout en espérant qu’ils accueilleraient le message que Dieu leur adressait par sa bouche. Il se rendit donc auprès d’eux seul. » Yazīd ibn Abī Ziyād m’a raconté, d’après Muḥammad ibn Kaʿb al-Quraẓī : « Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) arriva à Tâ’if, il s’approcha d’un groupe de notables thaqîfites, les chefs de Tâ’if, qui étaient trois frères : ʿAbd Yālīl, Masʿūd et Ḥabīb, fils de ʿAmr ibn ʿUmayr ibn ʿAwf ibn ʿUqda ibn Ghiyra ibn ʿAwf ibn Thaqîf. L’un d’eux avait pour épouse une femme de Quraych, de la famille Banū Jumaḥ. Le Prophète (ﷺ) s’assit auprès d’eux et les appela à Dieu. Il leur parla de la mission pour laquelle il était venu, cherchant leur soutien pour l’islam, afin qu’ils se joignent à lui face à ceux de son peuple qui le contestaient.
L’un des trois dit — tout en se prévalant de l’honneur de la Kaʿba (2) : « Est-ce bien Dieu qui t’a envoyé ? » Le deuxième ajouta : « Dieu n’aurait-il donc trouvé personne d’autre que toi pour le représenter ? » Le troisième renchérit : « Par Dieu, je ne te parlerai jamais ! Si tu es réellement envoyé par Dieu, ainsi que tu le prétends, tu représentes pour moi un trop grand danger pour que je te réponde. Et si tu mens sur Dieu, alors il ne convient pas que je t’adresse la parole. » Le Messager de Dieu (ﷺ) se leva d’auprès d’eux, ayant perdu tout espoir de voir la tribu Thaqîf lui apporter quelque bien. Selon ce qui nous a été rapporté, il leur aurait dit : « Si jamais vous agissez comme vous le faites, alors ne le divulguez pas à mon sujet (3). » Il répugnait en effet à ce que son peuple l’apprenne, de crainte que cela ne les incite (4) davantage à s’acharner contre lui. Mais ils ne l’écoutèrent pas et lancèrent contre lui leurs jeunes et leurs serviteurs, qui se mirent à l’injurier et à crier après lui. Il fut entouré par la foule, qui le força à chercher refuge dans un verger appartenant à ʿUtba ibn Rabīʿa et à son frère Shayba ibn Rabīʿa, lesquels s’y trouvaient alors. Les plus hargneux de chez Thaqîf le laissèrent là. Le Prophète (ﷺ) s’assit à l’ombre d’un rang de vigne (5) et les deux fils de Rabīʿa, observant la scène, virent tout ce qu’il avait subi du fait des jeunes de Tâ’if. Selon ce qui m’a été rapporté, le Messager de Dieu (ﷺ) croisa alors la femme de Banū Jumaḥ et lui dit : « Que nous ont fait endurer tes proches (6) ?! »
Quand il se fut calmé, il aurait adressé cette prière : « Ô mon Dieu, c’est à Toi que je me plains de la faiblesse de mes forces, du peu de mes ressources et du mépris qu’ont les gens pour moi. Ô Toi le plus Miséricordieux des miséricordieux : Tu es le Seigneur des faibles, et Tu es mon Seigneur. À qui me confieras-Tu ? À un lointain… »