« Ô Muhammad, poursuis ce que tu as l’intention de faire, tout ce que tu aurais réalisé du vivant d’Abû Tâlib, fais-le donc. Par al-Lât (1), personne ne t’atteindra avant ma mort. » Or, Ibn al-Ghayṭala injuria le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui). Abû Lahab vint alors le réprimander, si bien que l’autre s’en alla en criant : « Ô gens de Quraysh, Abû ‘Utba est devenu “sabréen” (a renié la foi) ! » Les Quraysh affluèrent et s’arrêtèrent auprès d’Abû Lahab, qui leur dit : « Je ne me suis pas écarté de la religion de ‘Abd al-Muṭṭalib, mais je défends mon neveu pour qu’il ne soit pas lésé, jusqu’à ce qu’il accomplisse ce qu’il veut. » Ils répondirent : « Tu as agi avec bienveillance et noblesse, et ainsi préservé les liens du sang. » Le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) vécut alors quelques jours en toute quiétude, vaquant librement à ses occupations sans subir d’entrave de la part de Quraysh, qui craignait Abû Lahab.
Puis ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayṭ et Abû Jahl (2) vinrent trouver Abû Lahab et lui dirent : « Ton neveu t’a-t-il renseigné sur le devenir de ton père ? » Abû Lahab appela donc : « Ô Muhammad ! Quel est le sort de ‘Abd al-Muṭṭalib ? » Il répondit : « Il est avec son peuple. » Abû Lahab revint vers eux et dit : « Je l’ai interrogé, il m’a répondu : “Avec son peuple.” » Ils répliquèrent : « Il prétend qu’il est en Enfer. » Abû Lahab demanda alors : « Ô Muhammad, ‘Abd al-Muṭṭalib entrera-t-il donc en Enfer ? » Le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) répondit (3) : « Quiconque meurt dans le même état que ‘Abd al-Muṭṭalib entrera en Enfer. » Abû Lahab – que Dieu le maudisse – s’écria : « Par Dieu, je ne cesserai jamais d’être ton ennemi, puisque tu prétends que ‘Abd al-Muṭṭalib est en Enfer ! » Dès lors, Abû Lahab et l’ensemble de Quraysh s’acharnèrent davantage contre lui.
Ibn Isḥâq (5) a rapporté : « Parmi les individus qui tourmentaient le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) chez lui, il y avait Abû Lahab, al-Ḥakam ibn Abî al-‘Āṣ ibn Umayyah, ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayṭ, ‘Adî ibn al-Ḥamrâ’, et Ibn al-Aṣda’ al-Hudhali, qui étaient ses voisins. Aucun d’entre eux n’embrassa l’Islam, hormis al-Ḥakam ibn Abî al-‘Āṣ. On m’a rapporté que l’un d’eux jetait sur lui le placenta d’une brebis pendant qu’il priait, et qu’un autre en faisait de même dans sa marmite quand elle était posée sur le feu, à tel point que le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) prit l’habitude de se dissimuler derrière une pierre lorsqu’il accomplissait sa prière. » Quand ils jetaient ce genre d’ordures, il les ramassait avec un bâton, se présentait alors devant sa porte et s’exclamait : « Ô Banû ‘Abd Manâf ! Voilà la protection que vous offrez à votre voisin ? » puis il abandonnait le tout sur la route.
J’ai dit : « Il me semble que la plupart des récits mentionnant le fait qu’ils déposaient entre ses épaules les entrailles d’un chameau pendant qu’il priait – comme l’a rapporté Ibn Mas‘ûd, qui relate que Fâṭima vint les lui retirer, les injuria, puis que, lorsque le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) eut fini sa prière, il invoqua contre sept d’entre eux, ainsi qu’il a été dit – tout comme ce qu’a rapporté ‘Abd Allâh ibn ‘Amr ibn al-‘Âṣ au sujet de l’étranglement sévère qu’ils lui infligèrent (que la prière et la paix soient sur lui), jusqu’à ce qu’Abû Bakr al-Ṣiddîq intervienne en disant : “Allez-vous tuer un homme parce qu’il déclare : ‘Mon Seigneur est Dieu’ ?”, cela eut lieu après la mort d’Abû Tâlib, Dieu sait mieux. Il en va de même pour la résolution d’Abû Jahl – que Dieu le maudisse – de piétiner sa nuque alors qu’il priait, mais on l’en empêcha. Tout événement de ce type survint donc après le décès d’Abû Tâlib (et Dieu est le plus Savant). Le mentionner ici demeure plus pertinent et plus conforme au contexte. »