«Ne rapporte rien avant de venir me voir.» Je vins donc à lui (1). Il m’ordonna de me laver, puis il invoqua pour moi (2) des prières que je ne souhaiterais pas échanger contre tout ce qui existe sur terre.
L’historien (hâfiẓ) al-Bayhaqî (3) a rapporté : «Abû Saʿd al-Mâlînî nous a informés, Abû Aḥmad ibn ʿAdiyy nous a rapporté, Muḥammad ibn Hârûn ibn Ḥumayd nous a transmis, Muḥammad ibn ʿAbd al-ʿAzîz ibn Abî Rizmah nous a communiqué, d’après al-Faḍl, d’après Ibrâhîm ibn ʿAbd al-Raḥmân, d’après Ibn Jurayj, d’après ʿAṭâ’, d’après Ibn ʿAbbâs : Le Prophète (ﷺ) intercepta (4) le cortège funéraire d’Abû Ṭâlib en disant : “Puisse ton lien de parenté être préservé et sois récompensé, ô oncle !”»
Il (al-Bayhaqî) ajouta : «Il est rapporté de la part d’Abû l-Yamân al-Hawzanî, d’après le Prophète (ﷺ), sous forme de mursal (rapport interrompu), avec un ajout : “Et il ne se tint pas auprès de sa tombe.”»
Il dit encore : «Quant à Ibrâhîm ibn ʿAbd al-Raḥmân, il s’agit d’al-Khuwârazmî, et les savants ont formulé des critiques à son égard.» Et je (l’auteur) dis : «Plus d’un transmetteur a rapporté de lui, dont al-Faḍl ibn Mûsâ al-Sînânî (5) et Muḥammad ibn Sallâm al-Bîkandî. Malgré cela, Ibn ʿAdas (6) a dit : “Il n’est pas reconnu, et les ḥadiths qu’il rapporte de tous ceux qu’il cite ne sont pas fiables.”»
Nous avons déjà mentionné ce qu’Abû Ṭâlib entreprenait pour protéger et défendre le Messager de Dieu (ﷺ), pour repousser de lui et de ses Compagnons toute attaque, ainsi que les éloges et louanges qu’il a formulés à leur sujet. Nous avons aussi rappelé l’affection, l’amour et la sollicitude qu’il leur a témoignés dans les poèmes évoqués précédemment, ainsi que les critiques et le dénigrement qu’il y adressait à l’égard de ceux qui le contredisaient et le traitaient de menteur, tout cela avec une éloquence claire et remarquable propre à cette lignée hachémite-muṭṭalibite, qu’aucun Arabe ne saurait égaler ou imiter. Et pourtant, malgré tout cela, il savait que le Messager de Dieu (ﷺ) était véridique, loyal et bien guidé, mais son cœur ne crut pas. Il y a une différence entre la science du cœur et son adhésion, comme nous l’avons expliqué dans notre commentaire du Livre de la Foi du Ṣaḥîḥ d’al-Bukhârî.
La preuve en est la Parole de Dieu – Exalté soit-Il : «Ceux à qui Nous avons donné le Livre le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs propres fils. Mais certains d’entre eux cachent la vérité sciemment» [al-Baqara : 146]. Et Il a dit au sujet du peuple de Pharaon : «Ils les nièrent injustement et par orgueil, alors qu’en eux-mêmes ils en étaient convaincus» [an-Naml : 14]. Et Moïse dit à Pharaon : «Tu sais bien que nul autre que le Seigneur des cieux et de la terre n’a fait descendre ces preuves comme autant de signes évidents. Et moi, je te crois, ô Pharaon, voué à la perdition» [al-Isrâ’ : 102].
Selon l’opinion de certains anciens, la Parole de Dieu : «Et ils interdisent [aux gens] de [croire en] lui et s’en écartent eux-mêmes» [al-Anʿâm : 26] fut révélée à propos d’Abû Ṭâlib, car il empêchait les gens de nuire au Messager de Dieu (ﷺ) tout en se tenant lui-même à l’écart de la Guidée et de la Religion de Vérité que le Messager proposait. C’est ce qui a été rapporté de la part d’Ibn ʿAbbâs, et d’al-Qâsim ibn