Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ibn Isḥāq a dit (1) : Lorsque Abū Ṭālib tomba malade et que son état s’aggrava aux yeux des Quraysh, ceux-ci se dirent les uns aux autres : « Hamza et ‘Umar se sont déjà convertis et l’affaire de Muḥammad s’est propagée dans toutes les tribus de Quraysh. Allons donc trouver Abū Ṭālib : qu’il obtienne de son neveu un engagement pour nous et qu’il obtienne de nous un engagement pour lui, car, par Dieu, nous craignons qu’ils ne nous dépouillent de notre autorité. »

Ibn Isḥāq poursuivit : « Al-‘Abbās ibn ‘Abd Allāh ibn Ma‘bad m’a rapporté, d’après certains de ses proches, d’après Ibn ‘Abbās, que lorsque ces notables se rendirent auprès d’Abū Ṭālib et lui parlèrent – ils étaient les chefs de leur peuple : ‘Utba ibn Rabī‘a, Shayba ibn Rabī‘a, Abū Jahl ibn Hishām, Umayya ibn Khalaf, Abū Sufyān ibn Ḥarb, et d’autres encore parmi les notables – ils dirent : “Ô Abū Ṭālib, tu sais quel rang tu occupes parmi nous, et voici que l’heure est venue où nous craignons pour toi. Tu n’ignores pas tout ce qui se passe entre nous et ton neveu. Fais-le donc venir, prends de lui un engagement pour nous et de nous un engagement pour lui : qu’il cesse de nous harceler et que nous cessions de le harceler, qu’il nous laisse à notre religion et que nous le laissions à la sienne.” Abū Ṭālib l’envoya alors chercher. Lorsqu’il vint, il lui dit : “Ô mon neveu, voici les notables de ton peuple : ils se sont réunis pour toi afin de te donner quelque chose et d’obtenir de toi quelque chose.” »

Le Messager de Dieu (ﷺ) répondit : « Oui, (3) une seule parole : donnez-la-moi et, grâce à elle, vous dominerez les Arabes et les non-Arabes se soumettront à vous. » Abū Jahl s’écria : « Oui, par mon père, et volontiers dix paroles même ! » Le Prophète (ﷺ) leur dit : « Dites : “Lā ilāha illā Allāh” (Il n’est de dieu que Dieu), et reniez tout ce que vous adorez en dehors de Lui. » Alors ils battirent des mains, puis dirent : « Ô Muḥammad, voudrais-tu donc faire de toutes les divinités un Dieu unique ? Voilà qui est fort étrange ! » Puis certains d’entre eux se dirent : « Par Dieu, cet homme ne vous accordera rien de ce que vous réclamez. Allez donc et suivez la religion de vos pères jusqu’à ce que Dieu tranche entre vous et lui. » C’est ainsi qu’ils se dispersèrent.

Alors Abū Ṭālib dit : « Par Dieu, ô mon neveu, je ne t’ai pas entendu leur demander une chose démesurée. » Le Messager de Dieu (ﷺ) nourrit dès lors l’espoir (4) qu’il prononcerait cette parole, et il lui dit : « Ô mon oncle, dis-la donc, et je pourrai ainsi intercéder pour toi au Jour de la Résurrection. » Lorsqu’il vit l’insistance du Prophète (ﷺ), Abū Ṭālib répondit : « Ô mon neveu, par Dieu, si je ne craignais pas l’opprobre qui rejaillirait sur toi et sur les fils de ton père après moi, et que Quraysh ne pense que je ne l’ai prononcée que par crainte de la mort, je l’aurais dite. Je ne l’aurais dite que pour te satisfaire. »

Lorsqu’Abū Ṭālib fut sur le point de mourir, al-‘Abbās le vit remuer les lèvres et se pencha vers lui. Puis il déclara : « Ô mon neveu, par Dieu, mon frère a bien prononcé la parole que tu lui avais ordonné de dire. » Le Messager de Dieu (ﷺ) répondit : « Je ne l’ai pas entendue. » (5)

(1) Sīra d'Ibn Hichâm (1/417) et al-Rawḍ (2/166). (2) Dans l'édition : « Il te faut », avec la preuve provenant du hadîth et les sources du récit. (3) Dans l'édition : « Ô oncle », avec la preuve provenant du hadîth et les sources du récit. (4) Dans la Sīra et al-Rawḍ : « Lorsque Abû Ṭālib eut prononcé ces paroles, le Messager de Dieu ﷺ espéra son islam. » (5) Al-Suhailî, dans al-Rawḍ (2/170), commentant ce hadîth, déclare : « Le témoignage d’al-‘Abbâs en faveur d’Abû Ṭālib, s’il avait été rendu après son islam, aurait été accepté. Sa parole “je n’ai pas entendu” ne signifie pas simplement cela, car lorsque le témoin juste dit « j’ai entendu » et qu’un témoin plus juste encore dit « je n’ai pas entendu », on retient alors la version de celui qui affirme avoir entendu, car le non-entendre peut être dû à des causes empêchant le témoin d’entendre. Cependant, al-‘Abbâs témoigna avant que ce dernier ne se convertisse, alors qu’il est établi par la tradition authentique que Abû Ṭālib est décédé dans la mécréance et le polythéisme, et que ce verset s’applique à lui : « Il n'appartient pas au Prophète et à ceux qui ont cru de demander pardon pour les polythéistes » (Coran, 9:113). Voir également ce que l’auteur rapporte de al-Suhailî (p. 366, première ligne suivante).
قال ابن إسحاق (١) : ولما اشتكى أبو طالب وبلغ قريشًا ثِقَلُه قالت قريش بعضُها لبعض: إنَّ حمزة وعمر قد أسلما، وقد فَشَا أمْرُ محمدٍ في قبائل قريش كلِّها، فانطلقوا بنا إلى أبي طالب فلْيأخُذ لنا على ابنِ أخيه ولْيُعْطِهِ منَّا، فإنا والله ما نأمن أن يبتزُّونا أمْرَنا. قال ابنُ إسحاق: وحدثني العبّاسُ بن عبد الله بن معبد عن بعض أهله، عن ابن عباس قال: لما مشَوْا إلى أبي طالب وكلَّموه - وهم أشراف قومه عتبة بن ربيعة، وشَيْبَة بن ربيعة، وأبو جهل بن هشام، وأُميَّة بن خلف، وأبو سفيان بن حَرْب، في رجالٍ من أشرافهم - فقالوا: يا أبا طالب، إنك منَّا حيثُ قد علمت، وقد حضَرَك ما ترى وتخوَّفنا عليك وقد علمتَ الذي بيننا وبين ابنِ أخيك فادْعُه فخُذْ لنا منه وخذْ له منَّا، ليكفَّ عنا ولنكفَّ عنه، وليدعنا وديننا ولندعه ودينه. فبعث إليه أبو طالب، فجاءه فقال: يا ابن أخي، هؤلاء أشرافُ قومك قد اجتمعوا لك (٢) ، ليعطوك وليأخذوا منك. قال: فقال رسولُ الله ﷺ : "نعم (٣) ، كلمة واحدة تعطونيها تملكون بها العرب وتَدينُ لكِم بها العَجَم" . فقال أبو جهل: نعم، وأبيك وعشر كلمات. قال: "تقولون لا إله إلا الله وتخلعون ما تعبدون من دونه" . قال: فصفَّقوا بأيديهم، ثم قالوا: يا محمد أتريدُ أن تجعلَ الآلهة! إلهًا واحدًا؟ ! إنَّ أمرك لعَجَب! قال: ثم قال بعضُهم لبعض: إنه والله ما هذا الرجل بمعطيكم شيئًا مما تريدون، فانطلقوا وامضُوا على دينِ آبائكم حتى يحكم الله بنيكم وبينه، ثم تفرقوا. قال: فقال أبو طالب: والله يا ابنَ أخي، ما رأيتك سألتَهم شَطَطا. قال: فطمع رسولُ الله ﷺ فيه (٤) ، فجعل يقول له: "أي عم، فأنتَ فقُلْها أستحلَّ لك بها الشفاعةَ يوم القيامة" فلما رأى حِرْصَ رسول الله ﷺ قال: يا ابن أخي، والله لولا مخافة السُّبَّة عليك وعلى بني أبيك من بعدي، وأن تظنَّ قُريش أني إنما قلتُها جَزعًا من الموت لقلتُها، لا أقولُها إلا لأسُرَّك بها. قال: فلما تقارب من أبي طالب الموتُ نظر العباسُ إليه يحرِّك شفتَيْه، فأصغَى إليه بإذنه، قال: فقال: يا ابنَ أخي، والله لقد قال أخي الكلمةَ التي أمرتَهُ أنْ يقولَها. قال فقال رسولُ الله ﷺ : "لم أسمَعْ" (٥) .
(١) سيرة ابن هشام (١/ ٤١٧) والروض (٢/ ١٦٦). (٢) في ط: إليك، والمثبت من ح ومصادر الخبر. (٣) في ط: يا عم، والمثبت من ح ومصادر الخبر. (٤) في السيرة والروض: فلما قالها أبو طالب طمع رسول الله ﷺ في إسلامه. (٥) قال السهيلي في الروض (٢/ ١٧٠) معلقًا على هذا الحديث: شهادة العباس لأبي طالب لو أداها بعدما أسلم لكانت مقبولة، ولم يرد بقوله "لم أسمع" لأن الشاهد العدْل إذا قال: سمعت وقال من هو أعدل منه: لم أسمع، أُخذ بقول من أثبت السماع، لأن عدم السماع يحتمل أسبابًا منعت الشاهد من السمع، ولكن العباس شهد بذلك قبل أن يسلم، مع أن الصحيح من الأثر قد أثبت لأبي طالب الوفاة على الكفر والشرك وأثبت نزول هذه الآية فيه: ﴿مَا كَانَ لِلنَّبِيِّ وَالَّذِينَ آمَنُوا أَنْ يَسْتَغْفِرُوا لِلْمُشْرِكِينَ﴾ وانظر ما نقله المؤلف عن السهيلي (ص ٣٦٦ الآتية السطر الأول).

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