Ce qui apparaît dans certains récits et dans le hadith relatif au voyage nocturne (al-Isrā’) sous des formes multiples (1) est qu’on a considéré trois parcours distincts : la première fois, le Prophète serait allé de La Mecque à la Maison sacrée (Bayt al-Maqdis) seulement, sur al-Burāq ; la deuxième fois, de La Mecque jusqu’au ciel, également sur al-Burāq, conformément au hadith de Huzayfa ; et la troisième fois, de La Mecque à la Maison sacrée puis jusqu’aux cieux.
Nous disons : si l’auteur de cette opinion s’est appuyé sur la divergence des récits pour conclure à ces trois versions, le texte du hadith, en effet, varie à cet égard plus encore que ces trois descriptions. Celui qui souhaite approfondir ce point peut consulter ce que nous avons rassemblé de manière exhaustive dans notre ouvrage de Tafsîr, au sujet de la parole du Très-Haut : « Gloire à Celui qui fit voyager de nuit Son serviteur… » (Al-Isrā’ : 1). Et si son raisonnement part du principe que la classification se limite à ces trois formes par rapport à la Maison sacrée et aux cieux, cela ne signifie pas nécessairement que l’événement se soit effectivement produit de cette manière sans preuve. Dieu est plus savant.
Il est étonnant de constater que l’imam Abū ʿAbd Allāh al-Bukhārī (qu’Allah lui fasse miséricorde) mentionne l’Isrā’ après avoir rapporté la mort d’Abū Tâlib ; il rejoint ainsi Ibn Isḥāq quant au fait de situer le Miʿrāj vers la fin du parcours, mais il diffère de lui quant au fait de le placer après la mort d’Abū Tâlib. Pour sa part, Ibn Isḥāq fait mention de la mort d’Abū Tâlib après l’Isrā’. Dieu seul sait laquelle de ces opinions est prépondérante.
Ce qui nous intéresse ici, c’est que al-Bukhārī a distingué entre l’Isrā’ et le Miʿrāj, et il a attribué à chacun un chapitre spécifique. Il déclare (2) : « Chapitre sur le hadith de l’Isrā’ et sur la Parole d’Allah (Exalté soit-Il) : “Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur…” ». Puis il rapporte le récit de Yaḥyā ibn Bukayr, d’après al-Layth, d’après ʿUqayl, d’après Ibn Shihāb : Abū Salama ibn ʿAbd al-Raḥmān m’a rapporté avoir entendu Jābir ibn ʿAbd Allāh relater qu’il entendit le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) dire : « Lorsque Quraych me tint pour menteur, je me levai dans le Ḥijr ; alors Dieu me dévoila la Maison sacrée (Bayt al-Maqdis), si bien que je me mis à les informer de ses signes tout en le regardant. »
Ce hadith a également été rapporté par Muslim, al-Tirmidhī et al-Nasāʾī d’après (az-Zuhrī, par l’intermédiaire) d’Abū Salama, d’après Jābir (5). Il est également rapporté par Muslim et al-Nasāʾī (6), dans une version reposant sur ʿAbd Allāh ibn al-Faḍl, d’après Abū Salama, d’après Abū Hurayra, d’une manière proche (8).