Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Quel que fût son état, endormi ou éveillé (1), tout cela est véridique et authentique.

J’ai dit : Ibn Ishaq s’est montré hésitant sur ce point et a autorisé l’une ou l’autre hypothèse de manière générale. Cependant, il ne fait aucun doute – et il ne saurait y avoir de controverse – que le Prophète (ﷺ) était éveillé (2), comme cela a été établi précédemment. Les propos de ‘Aïcha (– paix sur lui –) ne signifient pas que son corps (ﷺ) ait été absent, ni que l’Isrâ’ n’ait eu lieu qu’en rêve, comme le comprit Ibn Ishaq. Il se peut en effet que l’Isrâ’ ait eu lieu réellement pour son âme [alors qu’il était éveillé et non endormi, qu’il monta sur al-Burâq, se rendit à Bayt al-Maqdis et gravit les cieux pour contempler ce qu’il y avait à contempler] (3), dans un état de veille et non de sommeil. C’est sans doute ce que voulait exprimer ‘Aïcha, Mère des croyants (– paix sur lui –), et ceux qui la suivirent à ce sujet, et non ce qu’avait compris Ibn Ishaq en pensant à un rêve. Dieu est plus savant.

Remarque : Nous ne nions pas qu’un rêve ait pu précéder l’Isrâ’, conforme à ce qui se produisit après, car le Prophète (ﷺ) ne voyait jamais un rêve sans qu’il se réalise aussi clairement que l’aube naissante. De même, il est rapporté dans le hadith relatant le début de la Révélation qu’il vit déjà en songe ce qui allait lui arriver à l’état d’éveil, afin de servir d’introduction, de préparation, de certitude et de réconfort. Dieu sait mieux.

(4) Les savants ont divergé au sujet de l’Isrâ’ et du Mi‘râj : se sont-ils produits la même nuit, ou bien chacun lors d’une nuit distincte ? Certains disent que l’Isrâ’ eut lieu à l’état d’éveil et le Mi‘râj en rêve. Al-Muhallab ibn Abî Sufrah rapporte dans son commentaire de l’œuvre d’al-Bukhârî (5) qu’un groupe alla jusqu’à affirmer que l’Isrâ’ [s’était produit] (6) deux fois : une fois en rêve, pour son âme seule, et une fois en état de veille, pour son corps et son âme.

C’est ce qu’a également rapporté le hâtif Abû al-Qâsim as-Suhaylî [d’après son maître Abû Bakr ibn al-‘Arabi le juriste. As-Suhaylî déclara] (7) : « Cette position concilie les différents hadiths. » En effet, dans le hadith de Sharîk rapporté par Anas, il est question de ce que son cœur vit, tandis que ses yeux dormaient mais non son cœur, et il est dit à la fin : « Puis je me suis réveillé et me suis retrouvé dans le Hijr » (8). Cela relève du rêve, tandis que d’autres récits prouvent qu’il s’agissait de l’état d’éveil.

D’autres encore affirment que l’Isrâ’ se répéta plusieurs fois à l’état d’éveil ; certains avancèrent même quatre Isrâ’. Il en est qui soutinrent que l’un d’eux eut lieu à Médine. L’imam Shihâb ad-Dîn Abû Shâmah (– qu'Allah lui fasse miséricorde –) s’employa à concilier ces divergences.

(1) Ceci est le cas dans les manuscrits h et t, ainsi que dans la Sīrah d’Ibn Hishām et l’al-Rawḍ : Yaqḍān. C’est ce qui semble le plus correct car son féminin est Yaqḍā. Toutefois, certains l’ont admis selon la langue de certains Arabes. (2) Le commentaire a déjà été donné dans la note de bas de page précédente. (3) Ce qui est entre parenthèses a été omis dans le manuscrit h. (4) Dans t : ثم قد (puis peut). Ceci est confirmé dans h. (5) Il s’agit d’al-Muhallab ibn Aḥmad ibn Abī Ṣafrah al-Andalusī al-Murriyī, décédé en 435 de l’Hégire — il ne faut pas le confondre avec al-Azdī al-Baṣrī, commandant des bataillons — qui a composé un commentaire sur le Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, dont la biographie se trouve dans Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (17/579). (6) Addition requise par le contexte, rapportée d’après le propos d’al-Suhailī dans al-Rawḍ (2/149), auquel l’auteur se réfèrera. (7) Ce qui est entre parenthèses ne figure pas dans h ; je pense qu’il a été inséré par les copistes, car al-Suhailī ne mentionne pas son maître Abū Bakr à ce passage d’al-Rawḍ (2/149), où il fait un chapitre intitulé « L’Isrā’ est-il un état d’éveil ou de sommeil ? ». L’auteur ici transmetait le sens du propos d’al-Suhailī et non sa formulation exacte. Or, la formulation d’al-Suhailī est : « Cette opinion est celle qui est correcte et à laquelle les significations des récits s’accordent. » Fin de citation. (8) Il s’agit du hadith mentionné à la page précédente.
حاله كان، نائمًا أو يقظانًا (١) ، كل ذلك حقٌّ وصدق. قلت: وقد توقَّف ابنُ إسحاق في ذلك وجوَّز كلًّا من الأمرَيْن من حيث الجملة، ولكنَّ الذي لا يُشكُّ فيه ولا يتمارى أنه كان يقظانًا (٢) لا محالة لما تقدَّم، وليس مقتضى كلام عائشة (عليه السلام) أنَّ جسده ﷺ ما فُقِد، وإنما كان الإسراءُ برُوحه أن يكونَ منامًا كما فهمه ابنُ إسحاق، بل قد يكون وقع الإسراءُ بروحه حقيقةً [وهو يقظان لا نائم، وركب البُرَاقَ وجاء بيت المقدس، وصعِدَ السمواتِ وعاين ما عاين حقيقة] (٣) ، ويقظة لا منامًا. لعل هذا مُرَادُ عائشة أمِّ المؤمنين (عليه السلام) ، ومرادُ مَنْ تابعها على ذلك. لا ما فهمه ابن إسحاق من أنهم أرادوا بذلك المنام. والله أعلم. تنبيه: ونحن لا نُنْكِرُ وقوعَ منامٍ قبل الإسراء طِبْقَ ما وقع بعد ذلك، فإنَّه ﷺ كان لا يرَى رؤيا إلا جاءَتْ مثل فَلَقِ الصُّبْح، وقد تقدَّم مثل ذلك في حديث بَدْء الوحي أنه رأى مثل ما وقع له يقظةً منامًا قبله ليكون ذلك من باب الإرْهاص والتَّوْطئة والتثبُّت والإيناس. والله أعلم. وقد (٤) اختلف العلماءُ في أنَّ الإسراء والمعراج: هل كانا في ليلةٍ واحدة؟ أو كلٌّ في ليلةٍ على حِدَة؟ فمنهم من يزعم أنَّ الإسراء في اليقظة، والمعراجَ في المنام. وقد حكى المهلَّبُ بن أبي صُفْرَة في شرحه البخاري (٥) عن طائفةٍ أنهم ذهبوا إلى أنَّ الإسراء [كان] (٦) مرتين؛ مرَّة برُوحه منامًا، ومرةً ببدنه ورُوحه يقظةً، وقد حكاه الحافظ أبو القاسم السُّهَيْلي، [عن شيخه أبي بكر بن العربي الفقيه. قال السُّهيلي] (٧) : وهذا القول يجمع الأحاديث فإنَّ في حديث شَرِيك عن أنس وذلك فيما يرى قلبه، وتنامُ عيناه ولا ينامُ قلبه، وقال في آخره: "ثم استيقظتُ فإذا أنا في الحِجْر" (٨) وهذا منام، ودلَّ غيرُه على اليقظة. ومنهم من يدَّعي تعدُّدَ الإسراء في اليقظةِ أيضًا، حتى قال بعضُهم: إنها أربعُ إسراءات. وزعم بعضُهم أنَّ بعضَها كان بالمدينة، وقد حاول الشيخ شهاب الدين أبو شامة (رحمه الله) أن يوفق بين اختلاف
(١) كذا في ح، ط، وفي سيرة ابن هشام والروض: يقظان. وهو أشبه بالصواب لأن مؤنثه: يقظى. إلا أن بعضهم أجازها على لغة بعض العرب. (٢) مضى التعليق عليها في الحاشية السابقة. (٣) سقط ما بين المعقوفين من ح. (٤) في ط: ثم قد. والمثبت من ح. (٥) هو المهلب بن أحمد بن أبي صفرة الأندلسي المريِّي المتوفِّى سنة ٤٣٥ هـ - وهو غير الأزدي البصري قائد الكتائب - صنف شرحًا لصحيح البخاري، ترجمته في سير أعلام النبلاء (١٧/ ٥٧٩). (٦) زيادة يقتضيها السياق منقولة من قول السهيلي في الروض (٢/ ١٤٩) الذي سيشير إليه المؤلف. (٧) ما بين المعقوفين ليس في ح وأظنه مقحمًا من قبل النساخ، لأن السهيلي لم يذكر شيخه أبا بكر في هذا الموضع من الروض (٢/ ١٤٩) حيث عقد فصلًا: أكان الإسراء يقظه أم منامًا. كان المؤلف هنا ينقل قول السهيلي بمعناه لا بلفظه، ولفظ السهيلي: وهذا القول هو الذي يصح، وبه تتفق معاني الأخبار. اهـ. (٨) هو الحديث المشار إليه في الصفحة السابقة.

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