En effet, le voyage (al-Isrâ’) eut lieu en âme et en corps, car le serviteur est constitué de ces deux éléments. De plus, s’il ne s’était agi que d’un rêve, les mécréants de Quraysh ne se seraient pas empressés de le traiter de menteur ni de trouver cela si extraordinaire, car il n’y aurait alors eu rien de particulièrement remarquable. Cela prouve donc qu’il les informa avoir été emmené en état de veille et non en songe.
Quant à la parole mentionnée dans le hadith rapporté par Sharik, d’après Anas : « Puis je me suis réveillé et me suis trouvé dans le Hijr » (1), on la considère comme une erreur de Sharik, ou bien on l’interprète comme la transition d’un état à un autre, qualifiée d’“éveil”. Cela apparaît également dans le hadith de ‘Aïsha (qu’Allah l’agrée) au sujet du moment où le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) se rendit à Tâ’if et fut démenti. Il a dit : « Je suis rentré plein de chagrin, et je n’ai repris mes esprits qu’à Qarn ath-Tha‘âlib. »
Il en va de même dans le récit rapporté concernant Abû Usayd, lorsqu’il vint avec son enfant auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) afin qu’il lui mâche la nourriture (pour la bénédiction) et le posa sur la cuisse du Prophète. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) fut alors absorbé par la conversation avec les gens. Abû Usayd reprit son enfant, puis le Prophète (paix et bénédiction sur lui) se “réveilla” et ne trouva plus l’enfant. Il demanda ce qu’il était devenu, et on lui répondit qu’on l’avait déjà emmené. Le Prophète le nomma alors Al-Mundhir (3). Cette interprétation est préférable au fait de considérer qu’il y ait eu une méprise. Et Allah est plus savant.
Ibn Isḥâq rapporte (4) : « Certains membres de la famille d’Abû Bakr m’ont informé qu’‘Aïsha, Mère des croyants, disait : “Le corps du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) n’a pas disparu, mais Allah l’a fait voyager par son esprit.” »
Il continua (5) : « Ya‘qûb ibn ‘Utba m’a également rapporté que, lorsque l’on questionnait Mu‘âwiyya au sujet du voyage nocturne du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui), il répondait : “Ce fut une vision authentique envoyée par Allah.” »
Ibn Isḥâq (5) ajouta : « On ne leur en tint pas rigueur pour cette interprétation, car Al-Ḥasan a dit : “Ce verset fut révélé à ce propos : « Nous n’avons fait de la vision que Nous t’avons montrée qu’une épreuve pour les gens » (Al-Isrâ’, 17 : 60).” De même qu’Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) dit : “Ô mon fils, je me suis vu en songe te sacrifier” (Aṣ-Ṣâffât, 37 : 102). Par ailleurs, il est rapporté dans le hadith : “Mes yeux dorment tandis que mon cœur reste éveillé.” (6) »
Ibn Isḥâq (7) conclut : « Allah seul sait quelle fut la réalité de cette affaire. Toujours est-il qu’il (le Prophète) y reçut la visite (angélique) et y contempla ce qu’il contempla des Ordres divins, de quelque manière que ce fût. »