Le Messager de Dieu (ﷺ) se trouvait dans la Mosquée sacrée, assis, l’air soucieux, et il dit : « Cette nuit, on m’a fait voyager jusqu’à Bayt al-Maqdis (la Maison Sainte). » Abû Jahl s’exclama : « Jusqu’à Bayt al-Maqdis !? » Il répondit : « Oui. » Abû Jahl reprit : « Si je réunis ton peuple pour que tu leur annonces cela, leur diras-tu ce que tu viens de me dire ? » Il répondit : « Oui. » Abû Jahl voulut alors rassembler les Quraysh pour qu’ils entendent son récit, et le Messager de Dieu (ﷺ) désirait aussi les réunir pour leur annoncer et leur transmettre la nouvelle.
Abû Jahl appela : « Venez, ô gens de Quraysh ! », et ils se regroupèrent en quittant leurs assemblées. Il dit : « Raconte à ton peuple ce que tu viens de me dire. » Alors, le Messager de Dieu (ﷺ) leur relata ce qu’il avait vu, affirmant qu’il s’était rendu à Bayt al-Maqdis cette nuit-là et y avait prié. Certains frappèrent des mains et d’autres sifflèrent pour le démentir et rejeter son récit. La nouvelle se propagea à La Mecque. Les gens allèrent voir Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) pour l’informer que Muhammad (ﷺ) prétendait telle ou telle chose. Il répondit : « C’est vous qui mentez à son sujet. » Ils jurèrent : « Par Dieu, c’est bien ce qu’il dit. » Il déclara : « S’il l’a dit, alors il a dit vrai. » Il se rendit ensuite auprès du Messager de Dieu (ﷺ), en présence des polythéistes (1) de Quraysh, et l’interrogea à ce sujet. Le Prophète l’informa alors, et Abû Bakr le questionna sur les caractéristiques de Bayt al-Maqdis afin que les polythéistes l’entendent et reconnaissent la véracité de ce qu’il leur avait raconté (2).
Dans le Ṣaḥīḥ (3), il est rapporté que ce sont les polythéistes qui interrogèrent directement le Messager de Dieu (ﷺ) à ce sujet. Il dit : « Je me mis à leur décrire les particularités du lieu, mais je confondis certains détails. Dieu me présenta alors clairement Bayt al-Maqdis, si bien que je le contemplais devant moi au-delà de la maison de ‘Uqayl, et je leur en fis la description. » Ils reconnurent : « Pour ce qui est de la description, il ne s’est pas trompé. » Ibn Isḥāq rapporta également (5) ce que le Prophète leur avait déjà dit, à savoir qu’il était passé près de leurs chameaux et avait bu de leur eau. Ainsi, Dieu établit contre eux la preuve et leur montra la voie en pleine lumière : celui qui crut le fit avec certitude venant de son Seigneur, tandis que celui qui nia le fit après que la preuve lui eut été clairement signifiée, conformément à la parole de Dieu le Très-Haut : « Nous n’avons fait de la vision que Nous t’avons montrée qu’une épreuve pour les gens » [Al-Isrâ’ : 60], c’est-à-dire un test et une mise à l’épreuve pour eux.
Ibn ‘Abbâs a dit : « C’était une vision oculaire que le Messager de Dieu (ﷺ) a réellement contemplée. » C’est l’opinion de la majorité des premiers et des derniers savants, selon laquelle l’Isrâ’ (le voyage nocturne) eut lieu avec son corps et son âme (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), comme le confirment explicitement les récits concernant sa montée et son ascension. C’est pourquoi Dieu dit : « Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur, de la Mosquée sacrée à la Mosquée Al-Aqṣâ, dont Nous avons béni l’alentour, afin de Lui montrer… » [Al-Isrâ’ : 1]. Or, le terme « subḥân » (Gloire) n’est utilisé qu’à l’occasion de signes grandioses et extraordinaires, ce qui prouve