Ibn Hishâm a dit : « Lorsqu’il (al-Aʿshâ) était à La Mecque ou non loin de là, un polythéiste de Quraysh l’intercepta et l’interrogea sur son intention. Al-Aʿshâ l’informa alors qu’il venait trouver le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) pour se convertir à l’islam. L’homme lui dit : “Ô Abâ Basîr, il interdit la fornication.” Al-Aʿshâ répondit : “Par Dieu, c’est là une chose dont je n’ai nul besoin.” Il poursuivit : “Ô Abâ Basîr, il interdit le vin.” Al-Aʿshâ répondit : “Quant à cela, par Dieu, il m’en reste encore un certain désir. Je vais donc repartir, en profiter encore cette année, puis je reviendrai et me convertirai.” Il s’en retourna et mourut cette même année sans revenir auprès du Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui). »
C’est ainsi qu’Ibn Hishâm a rapporté cette histoire ici, lui qui critique souvent Muḥammad b. Isḥâq (– qu'Allah lui fasse miséricorde –). Or, il s’agit là d’un reproche qu’on peut lui adresser également, car le vin ne fut interdit qu’à Médine, après l’affaire de Banû an-Naḍîr, comme on le verra plus loin. Il apparaît donc que la résolution d’al-Aʿshâ de se présenter pour embrasser l’islam eut lieu après l’Hégire. D’ailleurs, certains vers de sa poésie l’attestent, notamment :
[de la mesure at-ṭawîl]
« Ô toi qui t’interroges, où t’es-tu dirigé ? / Car elle a un rendez-vous parmi les gens de Yathrib. »
Il aurait donc été plus judicieux et plus conforme à la cohérence historique qu’Ibn Hishâm reporte la mention de cet épisode à ce qui suit l’Hégire, plutôt que de l’introduire ici. Dieu sait mieux.
As-Suhaylî (1) a déclaré : « C’est là une inadvertance d’Ibn Hishâm et de ceux qui l’ont suivi, car tous s’accordent à dire que le vin n’a été interdit qu’à Médine, après Uḥud. » Il dit encore (2) : « On a rapporté que celui qui tint ces propos à al-Aʿshâ fut Abû Jahl ibn Hishâm, dans la demeure de ʿUtba ibn Rabîʿa. » Abû ʿUbayda a pour sa part mentionné que celui qui lui avait tenu ces propos était ʿÂmir ibn aṭ-Ṭufayl, en pays de Qays, alors qu’al-Aʿshâ se rendait auprès du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui).
Il ajouta : « Et sa phrase “Ensuite, je reviendrai et me convertirai” ne le soustrait pas à son état d’incroyance, sans divergence aucune. Dieu sait mieux. »
Puis Ibn Isḥâq (3) relate ici l’histoire de l’homme d’al-Irâsh, sa plainte auprès du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) au sujet d’Abû Jahl qui lui devait le prix d’un chameau qu’il lui avait acheté, et comment Dieu humilia Abû Jahl et lui fit baisser la tête au point qu’il s’empressa de payer ce prix sur-le-champ. Nous avons déjà exposé cet épisode au début de la Révélation ainsi que les persécutions infligées par les polythéistes à cette époque (4).