Deuxièmement : Il se peut que l’un ait été conscient de l’interdiction, tandis que l’autre ne l’était pas encore, sa conversion à l’islam étant récente.
Troisièmement : Il se peut que celui qui a commis cet acte le tenait pour licite, tandis que l’autre ne l’a jamais considéré ainsi, mais s’est simplement trompé.
Quatrièmement : Il se peut que, par ce qu’il a fait, le premier ait voulu se donner la mort, contrairement au second, pour qui on peut supposer qu’il ne cherchait pas à se tuer, mais visait autre chose.
Cinquièmement : Le premier avait peut-être peu de bonnes actions, qui n’ont pas pu compenser la gravité du péché commis, et il est donc entré en enfer. Le second, au contraire, possédait sans doute de nombreuses bonnes actions, lesquelles ont contrebalancé sa faute, de sorte qu’il n’est pas entré en enfer ; il fut plutôt pardonné grâce à son émigration vers le Prophète (ﷺ).
Cependant, la trace du péché resta dans sa main seulement, alors que le reste de son apparence s’était embelli ; il couvrit donc cette marque. Lorsque At-Tufayl ibn ‘Amr le vit dissimuler ses mains, il lui demanda : « Qu’as-tu ? » Il répondit : « Il m’a été dit : “Nous ne réparerons pas ce que tu as corrompu.” » Quand At-Tufayl rapporta ces propos au Messager de Dieu (ﷺ), celui-ci invoqua Dieu en sa faveur, disant : « Ô Dieu, pardonne à ses mains », c’est-à-dire : « Répare ce qui y était défectueux. » Il est admis que Dieu exauça l’invocation du Messager de Dieu (ﷺ) concernant le compagnon d’At-Tufayl ibn ‘Amr.
L’histoire d’Al-A‘shâ (2) ibn Qays
Ibn Hichâm (3) a rapporté : « Khalad ibn Qurrah ibn Khâlid As-Sadûsî et d’autres personnes parmi les notables de Bakr ibn Wâ’il, lesquels comptaient parmi les savants, m’ont raconté qu’Al-A‘shâ (2) ibn Qays ibn Tha‘labah ibn ‘Ukâbah ibn Sa‘b ibn ‘Alî ibn Bakr ibn Wâ’il partit trouver le Messager de Dieu (ﷺ) avec l’intention d’embrasser l’islam. » Il composa alors ces vers pour faire l’éloge du Prophète (ﷺ) :
[Du mètre at-tawîl]
- « Ne t’est-il pas arrivé de passer une nuit les yeux irrités,
Et de veiller ainsi, tel un blessé incapable de dormir ? - Ce n’est pas par passion pour les femmes ; au contraire,
Tu avais délaissé, avant ce jour, la compagnie de Mahdada. - Cependant, je constate que le Temps, qui est traître,
Corrompt à nouveau ce que mes mains avaient réparé. - J’ai perdu des hommes mûrs, des jeunes gens et des biens.
Par Dieu ! Comme ce Temps se montre indécis ! - Je n’ai cessé de rechercher la richesse depuis ma jeunesse :
Dès l’enfance, puis à l’âge mûr, alors que mes cheveux blanchissaient et que j’étais encore imberbe. - Je poussais mes blancs chameaux aux longues jambes à travers
Le chemin qui s’étend d’An-Nujayr jusqu’à Sarakhda. »