- La vie politique
Nous commençons par la vie politique, car c’est elle qui instaure la stabilité et la sécurité nécessaires à une vie sociale prospère, à une vie scientifique épanouie et à une vie intellectuelle ardente. Toutefois, lorsqu’elle s’affaiblit, que la concertation (shûrâ) disparaît, que la justice s’éclipse et que l’avis libre et sincère n’atteint plus les gouvernants, alors la vie des gens se transforme en oppression et en malheur, en pauvreté affligeante, en stagnation scientifique et en inertie intellectuelle.
Il est réellement regrettable que les Mamelouks bahrites aient commencé à s’emparer seuls du pouvoir par la trahison, la perfidie, le complot et l’assassinat. Cet état de fait persista parmi les émirs, à l’exception de la période du règne du sultan an-Nâsir Muhammad ibn Qalâwûn lors de son troisième retour (709-741 H), et de la période du mandat du vice-roi (nâ’ib) Sayf ad-Dîn Tankiz à Damas (712-740 H).
Le calife :
Il ne représente qu’un symbole formel, se contentant de prêter allégeance au sultan et de vivre sous sa protection, sans exercer aucun pouvoir dans les affaires intérieures ou extérieures de l’État. Il porte un titre pompeux, à l’image de ses ancêtres abbassides, tels que : al-Mustakfî bi-Llâh al-Awwal (701-736 H), al-Wâthiq bi-Llâh al-Awwal (736-742 H), al-Hâkim bi-Amr Allâh ath-Thânî (742-753 H), al-Muʿtadid bi-Llâh al-Awwal (753-763 H) et al-Mutawakkil ʿalâ Allâh al-Awwal (763-785 H).
Le sultan :
C’est le véritable détenteur du pouvoir, maîtrisant les affaires politiques intérieures et extérieures, tandis que les richesses de l’État affluent vers son palais. Pour cette raison, il s’expose au meurtre ou à l’étranglement s’il se révèle faible ou trop jeune, s’il échoue à satisfaire les exigences des émirs qui l’entourent, s’il sombre dans la débauche ou la perversité (faisant ainsi valoir des raisons de le déposer), ou encore s’il commet une trahison qui met l’umma et le pays en grand péril, ce qui le discrédite aux yeux du peuple et encourage ses opposants à le renverser. Si le sultan al-Mansûr réussit à fonder une dynastie qui se maintint au pouvoir cent cinq (105) ans, son fils Muhammad fut le seul à régner avec autorité et à mourir dans son lit. En revanche, six des fils et petits-fils d’an-Nâsir se révélèrent faibles et furent destitués, quatre furent assassinés, et seuls deux moururent de mort naturelle.
Le vice-roi de Damas (1) :
Il dispose d’une influence considérable tant que la situation demeure stable, que les tempêtes autour de lui se calment et qu’il amasse des fortunes et des propriétés. Cependant, complots et calomnies le guettent, et il suffit que le sultan ordonne son arrestation, sa confiscation et son exécution. Le vice-roi Tankiz fit figure d’exception : son mandat fut long, la justice et la tranquillité prévalurent sous son autorité, et le sultan lui-même en vint à le courtiser et à lui adresser ses lettres avec des titres de grand prestige (2). Pourtant, on mit finalement la main sur lui lorsque