Par Dieu, si vous leur laissez l’occasion de parvenir à leurs fins, vous verrez qu’ils s’y précipiteront en toute hâte. Il répondit : « Malheur à toi ! Que puis-je faire ? Je ne suis qu’un seul homme. » L’autre reprit : « Je t’ai trouvé un second. » Il demanda : « Qui donc ? » Il dit : « Moi. » Il répondit : « Trouve-nous un troisième. » Il répliqua : « C’est fait. » Il demanda : « De qui s’agit-il ? » – « De Zohayr ibn Abi Oumayya. » – « Trouve-nous un quatrième. »
Il se rendit alors auprès d’Abou al-Bakhtari ibn Hicham et s’adressa à lui de la même façon qu’à al-Mout‘im ibn ‘Adi. Abou al-Bakhtari répondit : « Trouves-tu quelqu’un pour t’aider en cela ? » – « Oui », dit-il. – « Qui est-ce ? » – « Zohayr ibn Abi Oumayya, al-Mout‘im ibn ‘Adi et moi-même, avec toi. » Il répondit : « Trouve-nous un cinquième. »
Il alla donc trouver Zama‘a ibn al-Aswad ibn al-Mouttalib ibn Asad, lui rappela leurs liens de parenté et les devoirs qui en découlent. Zama‘a demanda : « Y a-t-il d’autres personnes qui te soutiennent dans cette affaire ? » – « Oui », répondit-il, puis il cita leurs noms. Ils convinrent alors de se réunir de nuit à Khatm al-Hajoun (1), dans les hauteurs de La Mecque. Ils s’y retrouvèrent, arrêtèrent leur décision et se lièrent par un pacte pour s’opposer à la feuille (as-sahifa) et la déchirer.
Zohayr déclara : « Je me chargerai d’être le premier à prendre la parole. » Le matin venu, chacun gagna son lieu habituel d’assemblée, et Zohayr ibn Abi Oumayya, coiffé d’un turban, entama le tawaf autour de la Ka‘ba en faisant sept tours. Puis il se tourna vers la foule et s’exclama : « Ô gens de La Mecque ! Avons-nous le droit de manger et de nous vêtir alors que les Banou Hachim sont menacés de mort, ne pouvant ni acheter ni être achetés ? Par Dieu, je ne m’assiérai pas tant que ne sera pas déchirée cette feuille injuste et coupable de rupture ! »
Abou Jahl, qui se tenait à l’écart dans la Mosquée sacrée, cria : « Par Dieu, elle ne sera pas déchirée ! » Zama‘a ibn al-Aswad répliqua : « Par Dieu, tu mens ! Nous n’étions déjà pas d’accord avec ce qui y était écrit quand elle a été rédigée. » Abou al-Bakhtari ajouta : « Zama‘a dit vrai, nous ne sommes pas satisfaits de ce qui y est écrit et nous ne l’approuvons pas. » Al-Mout‘im ibn ‘Adi continua : « Vous dites vrai tous les deux, et celui qui s’y oppose ment. Nous nous désavouons devant Dieu de ce qu’elle contient et de ce qui y est écrit. » Hicham ibn ‘Amr tint des propos similaires. Abou Jahl conclut : « Cette affaire a été concertée durant la nuit, ailleurs que dans ce lieu. » Pendant ce temps, Abou Talib se trouvait assis à l’une des extrémités de la Mosquée.
Al-Mout‘im ibn ‘Adi se leva pour aller déchirer la sahifa, mais la trouva déjà rongée par les termites, à l’exception de « Bismikallahumma » (« Au nom de Toi, ô Dieu »). Celui qui avait rédigé la feuille était Mansour ibn ‘Ikrima, dont on dit que la main se paralysa. Ibn Hicham rapporte (2) que certains savants racontent que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) dit à Abou Talib : « Ô oncle, Dieu a envoyé les termites sur la feuille de Quraysh ; elles n’y ont laissé aucun nom qui se rapporte à Lui sans l’épargner, et elles en ont effacé l’injustice, la rupture et le mensonge. » Abou Talib lui demanda : « Ton Seigneur t’en a-t-Il informé ? » – « Oui », répondit-il. – « Par Dieu, nul n’osera plus t’approcher ! »
Abou Talib sortit alors vers Quraysh et déclara : « Ô gens de Quraysh, mon neveu vient de m’informer de telle et telle chose. Présentez votre feuille. Si tout y correspond à sa parole, mettez fin à notre isolement et abandonnez ce boycott. S’il était menteur, je vous livrerais mon neveu. » Ils acceptèrent et s’engagèrent sur ces termes. Quand ils examinèrent la feuille, ils constatèrent qu’elle était telle que l’avait décrite le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Cela ne fit pourtant qu’accroître leur obstination. C’est alors que ces hommes de Quraysh accomplirent leur action pour déchirer la sahifa.