« Ô Quraysh, par Dieu, vous avez vraiment abusé avec ce vieil homme : vous ne cessez de l’assaillir sous sa propre protection, au milieu de son peuple. Par Dieu, vous devez cesser ou bien nous prendrons fait et cause pour lui, en toute chose où il se dressera, jusqu’à ce qu’il accomplisse son dessein. »
Ils dirent : « Eh bien, nous nous écarterons de ce que tu réprouves, ô Abû ‘Utaybah (1). » Cet homme était leur allié et leur soutien contre le Messager de Dieu (ﷺ), et ils conservèrent cette attitude. Lorsqu’Abû Tâlib l’entendit parler ainsi, il nourrit l’espoir qu’il le rejoindrait dans la défense de la cause du Messager de Dieu (ﷺ). Abû Tâlib exhorta alors Abû Lahab à le soutenir, lui et le Messager de Dieu (ﷺ) (2), et déclama (dans un poème de mètre at-Tawîl) :
« Et certes, un homme dont Abû ‘Utaybah est l’oncle
Vit en un verger où nul n’est soumis à l’injustice.
Je lui dis – et comment ne pas le conseiller ? – : “Ô Abû Mu‘tab,
Maintiens fermement ton rang !
Ne consens jamais, tant que tu vivras, à un plan
Qui te vaudrait d’être insulté lorsqu’on se rend aux caravanes.
Abandonne à d’autres la voie de l’impuissance :
Tu n’as pas été créé pour la faiblesse.
Combats ! Car la guerre est partagée,
Et jamais tu ne verras un homme de guerre
Se résigner à l’humiliation avant de conclure la paix.
Comment le pourrais-tu ? Ils ne t’ont pas causé de grand tort
Et ne t’ont pas abandonné, que tu sois avantagé ou lésé.
Puisse Dieu les rétribuer – ‘Abd Shams, Nawfal,
Taym et Makhzûm – de leur ingratitude et de leur faute,
Eux qui nous ont divisés après l’amitié, l’entente,
Afin de s’emparer de ce qui leur était interdit.
Vous mentez, par la Maison de Dieu ! Vous prétendez nous déposséder de Muhammad,
Alors même que vous ne l’avez jamais vu un seul jour se dresser dans le défilé !» (3)
Ibn Hishâm a dit : « Il restait encore un vers que nous avons omis. »
Au sujet de la décision prise par as-Siddîq d’émigrer en Abyssinie :
Ibn Isḥâq rapporte (4) : « Abû Bakr aṣ-Ṣiddîq (qu’Allah l’agrée) – ainsi que me l’a transmis Muḥammad ibn Muslim az-Zuhrî, d’après ‘Urwah, d’après ‘Â’ishah – quand La Mecque lui devint trop oppressante et qu’il y endurait peines et sévices, voyant comment Quraysh s’unissait contre le Messager de Dieu (ﷺ) et ses compagnons, sollicita auprès du Messager de Dieu (ﷺ) l’autorisation d’émigrer. Celui-ci la lui accorda. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) sortit donc pour émigrer. Après un jour ou deux de marche hors de La Mecque, il rencontra Ibn ad-Dughunnah (5), un membre des Banû al-Ḥârith ibn Bakr ibn ‘Abd Manât ibn Kinânah, lequel… »