J’ai dit : Il est plus vraisemblable qu’Abû Tâlib n’a composé son poème en “lâmiyya” (nous en avons déjà évoqué la mention) qu’après leur entrée dans le “shi‘b” (la vallée), et il est donc plus approprié de le rapporter ici. Dieu seul le sait.
Puis al-Bayhaqî (1) rapporta, par la voie de Yûnus, d’après Muhammad ibn Isḥâq, que lorsque le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — procéda selon la mission pour laquelle il avait été envoyé, [et que les Banû Hâshim et les Banû al-Muṭṭalib prirent son parti, refusant de le livrer, tout en étant opposés à lui comme l’étaient les autres membres de leur peuple, mais ne pouvant accepter l’idée d’être humiliés et de livrer l’un des leurs à ceux qui l’avaient renié,] et lorsque Quraysh constata qu’il n’y avait aucun moyen de se saisir de Muḥammad, ils décidèrent ensemble (2) de rédiger entre eux un pacte contre les Banû Hâshim et les Banû ‘Abd al-Muṭṭalib, stipulant qu’on ne se marierait pas avec eux, ni ne leur donnerait de femmes en mariage, qu’on ne commercerait pas avec eux ni n’achèterait d’eux quoi que ce soit. Ils rédigèrent un document à ce sujet et l’accrochèrent à la Ka‘ba. Ensuite, ils se tournèrent contre ceux qui avaient embrassé l’islam, les lièrent étroitement et leur firent subir des persécutions. L’épreuve s’intensifia, la tentation s’aggrava et ils furent ébranlés avec une grande violence.
Il mentionna ensuite le récit complet de leur entrée dans la vallée d’Abû Tâlib et les affres de la famine qu’ils y connurent, au point qu’on entendait les cris des enfants affamés à travers la vallée. Devant ce spectacle, la plupart des Qurayshites se mirent à détester la situation infligée aux musulmans et à renier (dans leur for intérieur) le pacte injuste qu’ils avaient rédigé. Il raconta (3) également que, dans Sa miséricorde, Dieu envoya une sorte de petit insecte rongeur (un termite) contre la “ṣaḥîfa” (le document) de Quraysh, qui dévora tout ce qui y était écrit au nom de Dieu, ne laissant que les mots d’injustice, de rupture et de mensonge. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — en fut informé par révélation divine et il en informa son oncle Abû Tâlib. Puis il rapporta la suite de l’histoire, en accord avec la narration de Mûsâ ibn ‘Uqba, et en donna une version encore plus détaillée.
Ibn Hishâm (4) rapporte, d’après Zayd et Muhammad ibn Isḥâq, que lorsque Quraysh vit que les compagnons du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — s’étaient établis dans un pays où ils jouissaient de sécurité et de stabilité, que le Négus (an-Najâshî) protégeait quiconque trouvait refuge auprès de lui, que ‘Umar s’était converti, joignant ainsi ses forces à celles de Ḥamza auprès du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — et de ses compagnons ; et que, de surcroît, l’islam commençait à se répandre parmi les différentes tribus, ils se réunirent et décidèrent d’écrire un pacte s’engageant mutuellement contre les Banû Hâshim et les Banû al-Muṭṭalib (5), stipulant qu’on ne leur donnerait pas de femmes en mariage et qu’on n’épouserait pas leurs femmes, qu’on ne leur vendrait plus rien et qu’on n’achèterait plus rien d’eux. Une fois parvenus à un accord, ils consignèrent (6) cela dans un document, s’engagèrent et se promirent mutuellement de le respecter, puis ils allèrent l’accrocher à l’intérieur de la Ka‘ba pour se lier plus fermement encore. Celui qui rédigea ce pacte était Manṣûr ibn ‘Ikrima ibn ‘Âmir ibn Hâshim ibn ‘Abd Manâf ibn ‘Abd ad-Dâr ibn Quṣayy.
Ibn Hishâm ajoute : on rapporte également qu’il s’agissait de an-Naḍr ibn al-Ḥârith. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — invoqua alors contre lui, et l’une de ses mains fut frappée d’une paralysie de quelques doigts.