On le leur remit (1), puis ils la déposèrent devant eux. Et il dit : « Il est désormais temps pour vous de consentir et de revenir à une affaire qui unisse votre peuple, car ce qui vous sépare de nous ne tient qu’à un seul homme que vous avez jugé être un péril, vouant votre peuple, votre clan et leur devenir à la destruction. »
Abou Tâlib déclara alors : « Je ne suis venu à vous que pour vous offrir une proposition équitable (2). En effet, mon neveu m’a informé – et il ne m’a pas menti – que Dieu s’est désavoué de cette feuille que vous tenez, qu’Il a effacé tout nom qui Lui appartenait en elle, ne laissant subsister que votre trahison, votre rupture à notre égard et votre alliance injuste contre nous. Si ce que mon neveu a dit s’avère exact, reprenez vos esprits, car par Dieu, nous ne l’abandonnerons jamais, pas même si nous devons mourir jusqu’au dernier (3). En revanche, si ce qu’il a dit est faux, nous vous le livrerons, et vous pourrez alors le tuer ou en faire ce que vous voudrez. »
Ils répondirent : « Nous acceptons ce que tu proposes. » Ils ouvrirent donc la feuille et constatèrent que le Véridique et le Digne de confiance (ﷺ) l’avait mise au jour telle qu’il l’avait décrite. Lorsqu’ils la virent conformément aux paroles d’Abou Tâlib, ils s’exclamèrent : « Par Dieu, cela n’est rien d’autre que la magie de votre homme. » Ils retombèrent alors dans l’erreur et revinrent plus fortement encore à leur mécréance, exerçant une plus grande oppression sur le Messager de Dieu (ﷺ) et s’acharnant sur les siens, selon le pacte qu’ils avaient conclu (4).
Les membres de Banou ‘Abd al-Mouttalib qui se trouvaient là dirent : « Ceux qui sont plus proches du mensonge et de la sorcellerie, ce n’est pas nous, mais vous. Qu’en pensez-vous ? Nous savons que l’accord par lequel vous nous avez bannis est plus proche de l’idolâtrie et de la magie que notre position à nous. Sans votre union fondée sur la magie, votre feuillet n’aurait jamais été endommagé, et il est pourtant entre vos mains. Dieu a effacé ce qui y figurait de Son Nom, mais Il a laissé ce qu’il y avait d’injustice. Serions-nous donc, nous, les sorciers ? Ou bien vous ? »
C’est alors que ces hommes de Banou ‘Abd Manâf, de Banou Qusayy, et quelques notables de Quraych dont les mères étaient issues de Banou Hâshim – parmi eux Abou al-Bakhtari, al-Mut‘im ibn ‘Adiyy, Zuhayr ibn Abî Umayya ibn al-Mughîra, Zam‘a ibn al-Aswad, et Hishâm ibn ‘Amr (chez qui se trouvait le document, car il appartenait à Banou ‘Âmir ibn Lu’ayy) accompagnés d’autres chefs et dignitaires – proclamèrent : « Nous nous désolidarisons de tout ce qui figure dans cette feuille. »
Abou Jahl (que Dieu le maudisse) déclara alors : « Voilà une décision qui a été ourdie de nuit ! » Abou Tâlib se mit à composer des vers au sujet de leur feuille, louant ceux qui s’en étaient dissociés et avaient annulé les engagements qu’elle contenait, et faisant également l’éloge du Négus (5).
Al-Bayhaqî (6) a dit : « C’est ainsi que notre maître, Abou ‘Abd Allâh al-Hâfiẓ, l’a également rapporté – c’est-à-dire selon la chaîne de transmission remontant à Ibn Lahî‘a, d’après Abou al-Aswad, d’après ‘Urwa ibn al-Zubayr – correspondant au récit de Mûsâ ibn ‘Uqba (que Dieu lui fasse miséricorde). » Il a déjà été rapporté d’après Mûsâ ibn ‘Uqba qu’il a dit : « La première émigration en Abyssinie eut lieu après leur entrée dans le ravin (sh‘ib), sur ordre du Messager de Dieu (ﷺ). » Dieu seul sait (7).