«– Ou comme il l’a dit –
Ils leur dirent : « Nous ne vous opposerons pas de controverse. Paix sur vous. Nous avons nos actes et vous avez les vôtres. Nous ne manquerons pas de nous efforcer dans le bien pour nous-mêmes. » (1)
On raconte qu’il s’agissait de quelques hommes parmi les chrétiens de Najrân – et Dieu sait mieux ce qu’il en est. On dit aussi – et Dieu est plus savant – que ces versets furent révélés à leur sujet : « Ceux à qui Nous avons donné le Livre avant lui y croient (52). Et quand on le leur récite, ils disent : “Nous y croyons ; c’est bien la vérité [venue] de notre Seigneur ; déjà avant lui nous étions soumis (53). Voilà ceux qui recevront deux fois leur récompense pour avoir enduré ; ils repoussent le mal par le bien et dépensent de ce que Nous leur avons attribué (54). Et lorsqu’ils entendent des futilités, ils s’en détournent et disent : ‘À nous nos actes, et à vous les vôtres ; paix sur vous ! Nous ne recherchons pas [la compagnie des] ignorants.’” (55) » (Coran, Al-Qasas, 28 : 52-55).
[Section]
Al-Bayhaqî a dit dans « Dalâ’il » (2) : « Chapitre sur ce qui est rapporté concernant la lettre du Prophète (ﷺ) au Négus. » Puis il rapporta — d’après Al-Hâkim, via Al-Aṣamm, via Aḥmad ibn ʿAbd al-Jabbâr, via Yûnus, via Ibn Isḥâq — ces mots : « Voici la lettre du Messager d’Allah (ﷺ) adressée au Négus : “Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ceci est une lettre de Muhammad, Messager d’Allah, adressée au Négus [al-Aṣḥam], grand souverain d’Abyssinie. Paix sur celui qui suit la bonne direction, qui croit en Dieu et en Son Messager, et qui atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah, sans associé, sans épouse ni enfant. Et [j’atteste] que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Je t’invite par l’appel de Dieu, car je suis vraiment Son Messager : embrasse l’islam et tu seras préservé. ‘Dis : Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah. Puis, s’ils s’en détournent, dites : Soyez témoins que nous sommes soumis.’ (Coran, Âl ʿImrân, 3 : 64). Si tu refuses, alors sur toi retombera le péché des chrétiens de ton peuple.” »
C’est ainsi qu’al-Bayhaqî le rapporta, après avoir mentionné l’histoire de l’émigration en Abyssinie. Toutefois, le fait de le mentionner ici est sujet à question, car il semble que cette lettre ait été envoyée au Négus qui vint après celui qui s’était déjà converti à l’islam et qui fut le protecteur de Jaʿfar et de ses compagnons. En effet, ce fut lorsque le Prophète (ﷺ) envoya des écrits aux rois de la terre pour les appeler à Dieu, peu avant la conquête : il écrivit ainsi à Héraclius, le grand souverain de Rome (César de Syrie), à Kisrâ (le roi des Perses), au gouvernant d’Égypte, ainsi qu’au Négus. Az-Zuhrî rapporte que ces lettres du Prophète (ﷺ) étaient toutes identiques — en d’autres termes, il s’agissait d’une même circulaire — et toutes contenaient ce verset tiré de la sourate Âl ʿImrân, laquelle est sans conteste médinoise. En effet, quatre-vingt-trois versets de son début furent révélés à propos de la délégation de Najrân, comme nous l’avons exposé dans notre commentaire. Louange et grâce à Dieu.
Cette lettre fut donc adressée au second Négus, non au premier. Quant au fait qu’il y soit écrit « au Négus al-Aṣḥam », il se peut que ce soit une interpolation du narrateur selon ce qu’il croyait comprendre. Et Dieu est plus savant.
Ce qui conviendrait mieux ici, c’est ce qu’al-Bayhaqî (3) a également rapporté d’après al-Hâkim, d’après Abû l-Ḥasan Muḥammad ibn ʿAbd Allâh al-faqîh… »