« Es-tu toujours sur terre, après avoir tué Muhammad ? Ne préfères-tu pas plutôt rentrer auprès des tiens pour veiller à leurs affaires ? »
Il dit : « Qui entends-tu par ma famille ? »
On lui répondit : « Ton beau-frère et cousin Saʿīd ibn Zayd, ainsi que ta sœur Fāṭima ; par Dieu, ils se sont bel et bien convertis et ont suivi Muḥammad (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) dans sa religion. Prends-les donc pour cible. »
ʿUmar rebroussa alors chemin et se dirigea vers sa sœur Fāṭima, chez qui se trouvait Khabāb ibn al-Aratt (1), porteur d’un feuillet comprenant la sourate Ṭā-Hā, qu’il lui récitait. Quand ils entendirent le bruit des pas de ʿUmar, Khabāb se cacha dans un réduit (2) – ou dans une autre pièce de la maison – tandis que Fāṭima, fille d’al-Khaṭṭāb, dissimula le feuillet sous sa cuisse. Or ʿUmar avait surpris de l’extérieur la voix de Khabāb lisant à Fāṭima.
Lorsqu’il entra, il demanda : « Quelle est donc cette rumeur que j’ai perçue ? »
Ils lui répondirent : « Tu n’as rien entendu. »
ʿUmar répliqua : « Mais si, par Dieu, j’ai été informé que vous aviez embrassé la religion de Muḥammad ! » Il se saisit alors violemment de Saʿīd ibn Zayd, son beau-frère. Fāṭima bint al-Khaṭṭāb s’interposa pour protéger son époux, mais ʿUmar la frappa et la blessa. Devant cette violence, sa sœur et son beau-frère lui dirent :
« Oui, nous sommes bel et bien convertis et nous avons cru en Dieu et en Son messager ; fais donc ce qui te semble bon. »
Lorsque ʿUmar vit le sang sur sa sœur, il regretta son geste et se ravisa. Il s’adressa alors à sa sœur en disant : « Donne-moi ce feuillet que vous étiez en train de lire, afin que je voie ce qu’apporte Muḥammad. » (ʿUmar savait lire et écrire.)
Fāṭima répondit : « Nous craignons que tu ne le détruises. »
Il répondit : « N’aie pas peur. » Puis il jura par ses idoles de le lui rendre après lecture. Elle commença alors à espérer qu’il se convertirait et dit : « Ô mon frère, tu es impur, car encore associé au polythéisme, et seul celui qui est purifié peut toucher ce texte. »
ʿUmar se leva donc pour se laver, puis Fāṭima lui remit le feuillet sur lequel figurait la sourate Ṭā-Hā. Lorsqu’il en lut les premiers versets, il s’exclama : « Que ces paroles sont belles et sublimes ! »
À ce moment, Khabāb ibn al-Aratt sortit de sa cachette et lui dit : « Par Dieu, ô ʿUmar, j’espère que Dieu t’a accordé la faveur de la prière de Son Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui). En effet, je l’ai entendu dire hier : “Ô Seigneur, fortifie l’islam par Abū l‑Ḥakam ibn Hishām ou par ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb.” De grâce, ô ʿUmar, réponds-y. »
ʿUmar s’exclama alors : « Guide-moi vers Muḥammad, ô Khabāb, pour que j’aille à lui et que je devienne musulman. »
Khabāb lui indiqua : « Il se trouve dans une maison près de aṣ-Ṣafā, avec quelques-uns de ses compagnons. »
ʿUmar ceignit alors son épée et se rendit chez le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) et ses compagnons, avant de frapper à leur porte. En entendant sa voix, un homme d’entre eux se leva, jeta un regard par un interstice et reconnut ʿUmar, l’épée au flanc ; il rebroussa chemin, effrayé, pour prévenir le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) :
« Ô Messager de Dieu, c’est ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, l’épée au côté ! »
Ḥamza déclara : « Laisse-le entrer. S’il vient pour le bien, nous l’accueillerons ; et s’il veut le mal, nous nous servirons de son propre sabre pour le tuer. »
Le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) dit alors : « Laisse-le entrer. » On ouvrit la porte à ʿUmar, et le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) se leva pour l’accueillir dans la pièce. Il l’attrapa par la ceinture ou par le milieu de son manteau et le secoua fortement, en disant :
« Qu’est-ce qui t’amène, ô fils d’al-Khaṭṭāb ? Par Dieu, je ne pense pas que tu te calmes avant que Dieu ne t’envoie un fléau. »
ʿUmar répondit : « Ô Messager de Dieu, je suis venu pour croire en Dieu, en Son messager et en ce qui nous a été révélé de Sa part. »
Alors le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) proclama le takbîr (Allah akbar). »