Et Ziyād al-Bakkaʾī (1) a dit : « Miʿsar ibn Kidām m’a rapporté, d’après Saʿd ibn Ibrāhīm, qui a dit : Ibn Masʿūd a déclaré : “La conversion de ʿUmar fut une victoire, son émigration fut un triomphe et son émirat fut une miséricorde. Nous ne priions pas près de la Kaʿba tant que ʿUmar n’était pas encore converti. Lorsqu’il se convertit, il combattit les Quraysh jusqu’à prier à la Kaʿba, et nous priâmes avec lui.” »
Ibn Isḥāq (2) a dit : « La conversion de ʿUmar eut lieu après le départ de ceux des Compagnons du Messager de Dieu (ﷺ) qui émigrèrent en Abyssinie. »
On me raconta (3), d’après ʿAbd al-Raḥmān ibn al-Ḥārith ibn ʿAbd Allāh ibn ʿAyāsh ibn Abī Rabīʿa, selon ʿAbd al-ʿAzīz ibn ʿAbd Allāh ibn ʿĀmir ibn Rabīʿa, d’après sa mère, Umm ʿAbd Allāh bint Abī Ḥathma, qui dit : « Par Dieu, nous étions en train de nous préparer à partir pour l’Abyssinie alors quʾʿĀmir s’était absenté pour quelque besoin. Soudain, ʿUmar survint, toujours polythéiste. Nous subissions de sa part souffrance et oppression. Il me dit : “Allez-vous partir, ô Umm ʿAbd Allāh ?” Je répondis : “Oui, par Dieu, nous émigrons vers une terre de Dieu, car vous nous maltraitez et nous contraignez, jusqu’à ce que Dieu nous permette une issue.” Elle ajoute : “Il nous dit alors : ‘Qu’Allah vous accompagne.’ J’ai remarqué en lui une sensibilité que je ne lui connaissais pas. Puis il s’en alla, apparemment attristé par notre départ.” » Elle poursuit : « Lorsque ʿĀmir revint, je lui dis : “Ô Abā ʿAbd Allāh, si tu avais vu ʿUmar tout à l’heure ! Sa douceur et son inquiétude pour nous !” Il s’exclama : “Penses-tu qu’il puisse se convertir ?” Je répondis : “Oui !” Il rétorqua : “Celui que tu as vu ne se convertira pas avant que l’âne d’al-Khaṭṭāb ne se convertisse !” Elle conclut : “Il l’affirma en désespoir, tant on connaissait la rudesse et la dureté de ʿUmar envers l’islam.” »
J’ai dit : « Cela contredit l’affirmation de ceux qui prétendent qu’il fut le quarantième musulman, car les émigrés en Abyssinie dépassaient déjà les quatre-vingts. Sauf à dire qu’il fut le quarantième après le départ de ces émigrés ; ce qu’appuie le récit d’Ibn Isḥāq ici même au sujet de la conversion de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) et son déroulement. En effet, il déclara (4) : “Selon ce qui m’est parvenu, la conversion de ʿUmar eut lieu alors que sa sœur Fāṭima bint al-Khaṭṭāb – épouse de Saʿīd ibn Zayd ibn ʿAmr ibn Nufayl – s’était déjà convertie, de même que son mari, Saʿīd ibn Zayd. Tous deux cachaient cependant leur conversion de crainte de ʿUmar. Par ailleurs, Nuʿaym ibn ʿAbd Allāh al-Naḥḥām, un homme issu des Banū ʿAdī, s’était lui aussi converti discrètement. Khabbāb ibn al-Aratt se rendait auprès de Fāṭima bint al-Khaṭṭāb pour lui enseigner la récitation du Coran.
Un jour, ʿUmar sortit, l’épée au côté, dans l’intention d’aller trouver le Messager de Dieu (ﷺ) et un groupe de ses Compagnons dont on lui avait dit qu’ils étaient réunis dans une maison près de Ṣafā, environ au nombre de quarante hommes et femmes. Avec le Messager de Dieu (ﷺ) se trouvaient son oncle Ḥamza, Abū Bakr ibn Abī Quḥāfa al-Ṣiddīq, ʿAlī ibn Abī Ṭālib (qu’Allah les agrée), ainsi que divers musulmans demeurés auprès du Messager de Dieu (ﷺ) à la Mecque, sans avoir émigré avec ceux qui partirent en Abyssinie.
En chemin, Nuʿaym ibn ʿAbd Allāh le rencontra et lui demanda : “Où vas-tu donc, ô ʿUmar ?” Il répondit : “Je pars tuer ce soi-disant renégat qu’est Muḥammad, celui qui a divisé la communauté des Quraysh, méprisé leur raison, dénoncé leur religion et insulté leurs divinités.” Alors Nuʿaym lui dit : “Par Dieu, tu t’abuses toi-même, ô ʿUmar ! Crois-tu donc que les Banū ʿAbd Manāf te laisseront agir impunément… ?””