Il composa des vers pour l’exhorter à la justice et à la bienveillance envers ceux de son peuple qui s’étaient installés chez lui. Ces vers, en mètre at-Ṭawīl, disent :
« Ah ! Puissé-je savoir ce qu’il est advenu au loin de Jaʿfar,
D’ʿAmr, et de ces proches qui sont l’ennemi de l’ennemi ?
(1) Les actes du Négus ont-ils atteint Jaʿfar et ses compagnons,
Ou un agitateur en a-t-il entravé l’effet ?
(2) Sache – puisse-tu être exempt de tout blâme – que tu es un homme noble,
Généreux, de sorte que celui qui s’éloigne de toi ne saurait s’en trouver lésé.
(3) Sache que Dieu t’a accordé ample largesse
Et que toutes les voies du bien demeurent étroitement liées à toi. »
(4) Yûnus rapporta d’après Ibn Isḥâq : « Yazîd ibn Rumân m’a raconté, d’après ʿUrwa ibn az-Zubayr, qui a dit :
“C’était ʿUthmân ibn ʿAffân (qu’Allah l’agrée) qui s’adressait directement au Négus.” »
Or, il est généralement réputé que c’est Jaʿfar (qu’Allah l’agrée) qui fut l’interprète.
(5) Ziyâd al-Bakkâ’î déclara, d’après Ibn Isḥâq : « Yazîd ibn Rumân m’a rapporté, d’après ʿUrwa, d’après ʿÂʾisha (qu’Allah l’agrée) :
“Lorsqu’il mourut, on racontait que l’on voyait perpétuellement une lumière briller sur la tombe du Négus.” »
(6) Abû Dâwud transmit également ce propos d’après Muḥammad ibn ʿAmr ar-Râzî, d’après Salama ibn al-Faḍl, d’après Muḥammad ibn Isḥâq :
« Quand le Négus (qu’Allah lui fasse miséricorde) décéda, nous disions qu’une lumière continuait de briller sur sa tombe. »
(7) Ziyâd ajouta, d’après Muḥammad ibn Isḥâq : « Jaʿfar ibn Muḥammad m’a raconté d’après son père :
“Les Abyssins se réunirent et dirent au Négus : ‘Tu as délaissé notre religion.’ Ils se soulevèrent contre lui.
Alors il envoya chercher Jaʿfar et ses compagnons, leur prépara des bateaux et leur dit :
‘Embarquez et demeurez comme vous êtes. Si je suis défait (8), partez où il vous plaira. Si je l’emporte, restez.’
Puis il se saisit d’un écrit sur lequel figurait :
‘Il atteste qu’il n’est d’autre dieu que Dieu, que Muḥammad est Son serviteur et Son messager,
et quʿĪsâ est Son serviteur, Son messager, Son souffle et Sa parole qu’Il insuffla à Marie.’
Il plaça ce document dans la doublure, près de son épaule droite, puis se rendit auprès des Abyssins qui s’étaient rangés face à lui.
Il s’adressa à eux en disant : ‘Ô peuple d’Abyssinie, ne suis-je pas celui qui a le plus de droits sur vous ?’
Ils répondirent : ‘Si, bien sûr.’
Il poursuivit : ‘Comment jugez-vous alors mon gouvernement envers vous ?’
Ils répliquèrent : ‘Ta conduite est la meilleure.’
Il demanda : ‘Qu’y a-t-il donc ?’ (9)
Ils dirent : ‘Tu as abandonné notre religion et prétendu que ʿĪsâ est un serviteur (10).’
Il rétorqua : ‘Et vous, que dites-vous donc à son sujet ?’ »