Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il est rapporté que parmi les présents les plus appréciés qu’on lui envoyait de La Mecque figurait le cuir (l’adam). Moussa ibn ‘Oqba mentionne qu’ils lui offrirent aussi un cheval et une robe de brocart. Lorsque ses cadeaux lui furent apportés, ils lui dirent :

« Ô roi, il y a parmi nous de jeunes gens irréfléchis qui ont renié la religion de leur peuple sans adhérer à la tienne. Ils sont venus avec une croyance nouvelle que nous ne connaissons pas et se sont réfugiés dans tes terres. Leurs proches, leurs pères, leurs oncles et leur tribu nous ont dépêchés auprès de toi pour que tu les leur rendes, car ils sont plus à même de veiller sur eux (1). »

[Ses conseillers (2) lui dirent : « Ô roi, ils disent vrai. Si tu les leur rendais, leurs proches seraient mieux à même de s’occuper d’eux, puisqu’ils n’entreront pas dans ta religion et que, pour cette raison, tu ne pourras pas les protéger. » (3)]

Alors le roi se mit en colère et dit : « Non, par la vie de Dieu ! Je ne les rendrai pas avant de les avoir convoqués, de leur avoir parlé et d’avoir examiné leur situation. Ce sont des gens qui se sont réfugiés dans mon royaume et ont choisi ma protection plutôt que celle d’un autre. S’ils sont tels qu’on me l’affirme, je les rendrai à leur peuple. Mais s’ils ne le sont pas, je les défendrai et n’interviendrai pas entre eux et leurs adversaires, et nul ne jouira de ma satisfaction. »

[Selon le récit de Moussa ibn ‘Oqba, ses ministres lui conseillèrent de les renvoyer à leurs familles. Il répondit : « Non, par Dieu ! Je ne le ferai pas avant de les entendre et de savoir sur quoi ils s’appuient. » Quand ils entrèrent auprès de lui, ils le saluèrent sans se prosterner.] Le roi demanda : « Ô vous, pourquoi ne me saluez-vous pas comme ceux de votre peuple qui viennent à moi ? Racontez-moi ce que vous dites au sujet de Jésus et quelle est votre religion. Êtes-vous chrétiens ? »

Ils répondirent : « Non. »

Il demanda : « Êtes-vous juifs ? »

Ils répondirent : « Non. »

Il demanda : « Êtes-vous alors sur la religion de votre peuple ? »

Ils répondirent : « Non. »

Il répondit : « Quelle est donc votre religion ? »

Ils dirent : « L’islam. »

Il demanda : « Qu’est-ce que l’islam ? »

Ils répondirent : « Nous adorons Dieu sans rien Lui associer. »

Il leur demanda alors : « Qui vous a enseigné cela ? »

Ils dirent : « C’est un homme issu des nôtres, dont nous connaissons le visage et la lignée. Dieu l’a envoyé parmi nous comme Il a envoyé des messagers aux peuples d’autrefois. Il nous a ordonné la bonté, l’aumône, la fidélité et l’accomplissement des dépôts. Il nous a interdit d’adorer les idoles et nous a commandé d’adorer Dieu Lui seul, sans associé. Nous l’avons cru et nous avons reconnu la Parole de Dieu. Nous savons que ce qu’il a apporté vient de Dieu. Quand nous avons agi ainsi, notre peuple nous a combattus, a combattu ce Prophète sincère, l’a traité de menteur et a voulu le tuer. Quant à nous, ils ont cherché à nous contraindre à adorer les idoles. C’est pourquoi nous nous sommes enfuis chez toi avec notre religion et nos vies pour échapper à notre peuple. »

Le roi dit : « Par Dieu, voilà bien la source (mishkât) d’où fut manifestée la mission de Moïse. »

Ja‘far ajouta : « Quant au salut, le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) nous a informés que la salutation des gens du Paradis est “as-salâm” (la paix), et il nous y a invités. C’est pourquoi nous t’avons salué comme nous nous saluons nous-mêmes. Au sujet de Jésus, fils de Marie, nous disons qu’il est le serviteur de Dieu, Son Messager, Sa Parole qu’Il a insufflée à Marie, un Esprit venant de Lui, et le fils de la vierge pure. »

Alors le roi prit un morceau de bois et déclara : « Par Dieu, le fils de Marie ne dépasse pas ce que vous dites, pas même du poids de ce morceau de bois. »

Les notables abyssins s’exclamèrent : « Par Dieu, si les Abyssins t’entendaient, ils te destitueraient ! »

Le roi répondit : « Par Dieu, je ne dirai jamais rien d’autre à propos de Jésus. Dieu n’a pas exaucé les hommes contre moi lorsque mon royaume m’a été rendu ; devrais-je obéir aux hommes dans le culte dû à Dieu ? Jamais, à Dieu ne plaise. »

D’après le récit de Younus rapporté d’Ibn Ishaq (5) :

Le Négus envoya donc chercher ces réfugiés et les rassembla, alors qu’il n’y avait rien que ‘Amr ibn al-‘Âs et ‘Abd Allah ibn Abî Rabî‘ah haïssaient davantage.

(1) « Élever leur regard » : c’est-à-dire voir plus clair avec eux et être plus savant quant à leur état. Al-Lisān (al-ʿUlū). (2) Entre crochets, commentaire complémentaire issu des sources de la tradition. (3) Dans Siyar et Dalāʾil al-Bayhaqī : lam. (4) Ainsi, mais la forme correcte est : fa-uṭīʿ, comme il sera indiqué (p. 295, n° 3). (5) Ici se trouve la suite de la tradition, et ce qui est entre crochets n’est pas dans Ḥ (le manuscrit) ni dans les sources de la tradition mentionnées dans la note 4 de la page précédente.
وكان من أحبِّ ما يُهْدُون إليه من مكة الأدَم -وذكر موسى بن عُقبة أنَّهم أهدَوْا إليه فرسًا وجُبَّةَ ديباج- فلما أدخلوا عليه هداياه قالوا له: أيها الملك، إنَّ فتية منا سفهاء فارقوا دينَ قومهم ولم يدخلوا في دينك، وجاؤوا بدينٍ مبتدَعٍ لا نعرفُه، وقد لجؤوا إلى بلادك، فبَعَثَنا إليك فيهم عشائرُهم، آباؤهم وأعمامُهم وقومُهم لتردَّهم عليهم، فإنهم أعْلَى بهم عينًا (١) ، [فقالت بطارقته: صدقوا أيها الملك، لو رددتهم عليهم كانوا هم أعلى بهم عينًا] (٢) ، فإنهم لن (٣) يدخلوا في دينك فتمنعهم لذلك. فغضب ثم قال: لا لعمر الله، لا أردُّهم عليهم حتى أدعوَهم، فأكلمهم وأنظر ما أمْرُهم، قوم لجؤوا إلى بلادي، واختاروا جِوَاري على جوار غيري، فإنْ كانوا كما يقولون رددتُهم عليهم، وإنْ كانوا على غير ذلك منعتُهم ولم أدخلْ بينهم وبينهم، ولم أنعم عينًا. [وذكر موسى بن عقبة أنَّ أمراءَه أشاروا عليه بأن يردَّهم إليهم. فقال: لا والله! حتى أسمع كلامهم، وأعلم على أيِّ شيءٍ هم عليه؟ فلما دخلوا عليه سلَّموا ولم يسجدوا له، فقال: أيُّها الرَّهْط، ألا تحدِّثوني، ما لكم لا تحيُّوني كما يُحَيِّيني مَنْ أتانا من قومكم؟! فأخبروني ماذا تقولونَ في عيسى وما دينكم؟ أنَصَارَى أنتم؟ قالوا: لا. قال: أفيهودُ أنتم؟ قالوا: لا. قال: فعلى دينِ قومكم؟ قالوا: لا. قال: فما دينُكم؟ قالوا: الإسلام. قال: وما الإسلام؟ قالوا: نعبدُ الله لا نشركُ به شيئًا. قال: مَنْ جاءكم بهذا؟ قالوا: جاءنا به رجلٌ من أنفسنا، قد عرفْنا وجهه ونسَبَه، بعثه الله إلينا كما بعث الرُّسلَ إلى مَنْ قبلنا، فأمَرَنا بالبِرِّ والصدَقة، والوفاء، وأداءِ الأمانة. ونهانا أن نعبدَ الأوثان، وأمَرَنا بعبادةِ الله وَحْدَه لا شريك له، فصدَّقْناه، وعرَفْنا كلامَ الله، وعلمنا أنَّ الذي جاءَ به من عند الله، فلما فعلنا ذلك عادانا قومُنا، وعادوا النبيَّ الصادقَ وكذَّبوه، وأرادوا قتله، وأرادونا على عبادةِ الأوثان، ففرَرْنا إليك بديننا ودمائنا من قومنا. قال: والله إن هذا لمن المِشْكاة التي خرج منها أمْر موسى. قال جعفر: وأمَّا التحيَّة فإنَّ رسولَ الله ﷺ أخبرَنا أنَّ تحيَّةَ أهلِ الجنة السلام، وأمَرَنا بذلك فحيَّيْناكَ بالذي يُحَيِّي بعضُنا بعضًا. وأما عيسى ابنُ مريم فعبدُ الله ورسولُه وكلمته ألقاها إلى مريم وروحٌ منه، وابنُ العذراء البَتُول. فأخَذَ عودًا وقال: والله ما زاد ابنُ مريم على هذا وزن هذا العُود. فقال عظماء الحبشة: والله لئن سمعتِ الحبشةُ لتخلعنَّك. فقال: والله لا أقول في عيسى غير هذا أبدًا. وما أطاعَ اللهُ الناسَ فيَّ حين ردَّ عليَّ ملكي فأطع (٤) الناسَ في دين الله. معاذ الله من ذلك. وقال يونس عن ابن إسحاق: ] (٥) . فأرسل إليهم النجاشيُّ فجمعهم، ولم يكن شيءٌ أبغضَ لعمرو بن العاص وعبد الله بن أبي ربيعة
(١) "أعلى بهم عينًا": أي أبصرُ بهم وأعلمُ بحالهم. اللسان (علو). (٢) ما بين معقوفين مستدرك من مصادر الخبر. (٣) في السير ودلائل البيهقي: لم. (٤) كذا، والصواب: فأطيع، كما سيأتي (ص ٢٩٥ س ٣). (٥) هنا تتمة الخبر، وما بين معقوفين ليس في ح ولا في مصادر الخبر المشار إليها في الحاشية (٤) من الصفحة السابقة.

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