Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux :
« Hâ Mîm (1), révélation [venant] du Tout Miséricordieux, du Très Miséricordieux (2). Un Livre dont les versets ont été clairement exposés, un Coran arabe destiné à des gens qui savent. » [Fussilat, 41 : 1-3]
Le Messager de Dieu (ﷺ) se mit alors à réciter ces versets. Lorsque ‘Utba l’entendit, il prêta une oreille attentive, posa ses mains derrière lui – ou dans son dos – en s’appuyant dessus, afin de l’écouter. Quand le Messager de Dieu (ﷺ) atteignit le verset où se trouve l’ordre de se prosterner, il se prosterna, puis il dit :
« As-tu entendu, ô Abou al-Walîd ? »
Il répondit : « Oui, j’ai entendu. »
Le Prophète (ﷺ) reprit :
« Alors fais-en ce que tu veux. »
‘Utba rejoignit alors ses compagnons. Certains se dirent entre eux : « Par Dieu, Abou al-Walîd est revenu vers vous avec un autre visage que celui qu’il affichait en partant. » Quand ils s’assirent auprès de lui, ils demandèrent :
« Quelles nouvelles, ô Abou al-Walîd ? »
Il répondit :
« Les nouvelles sont, par Dieu, que j’ai entendu une parole dont je n’avais jamais rien entendu de semblable auparavant. Par Dieu, ce n’est ni de la poésie, ni [de la sorcellerie], ni de la divination. Ô gens de Quraych, obéissez-moi et laissez-moi décider : laissez cet homme suivre sa voie, et éloignez-vous de lui, car par Dieu, ce qu’il dit aura assurément une grande répercussion. Si les Arabes le dominent, d’autres que vous s’en chargeront et vous en serez quittes ; mais s’il prend le dessus sur les Arabes, alors son règne sera vôtre et sa puissance la vôtre, et vous serez les plus heureux des hommes grâce à lui. »
Ils répliquèrent :
« Par Dieu, il t’a ensorcelé, ô Abou al-Walîd, avec ses paroles ! »
Il dit :
« Voilà mon avis ; faites ce que bon vous semble. »
Yûnus rapporte ensuite, d’après Ibn Isḥâq, des vers qu’Abou Tâlib aurait composés pour faire l’éloge de ‘Utba.
Al-Bayhaqî (1) mentionne : « Abou Muhammad ‘Abd Allâh ibn Yûsuf al-Asbahânî nous a informés, Abou Qutaybah Salamah ibn al-Fadl al-Adami, à La Mecque, nous a rapporté : Abou Ayyûb Aḥmad ibn Bishr al-Ṭayâlisî nous a transmis : Dâwud ibn ‘Amr al-Ḍabbî nous a rapporté, [il tient] de al-Muthannâ ibn Zur‘ah, de Muḥammad ibn Isḥâq, de Nâfi‘, d’Ibn ‘Umar qui a dit :
« Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) récita à ‘Utba ibn Rabî‘ah [ces versets] “Hâ Mîm (1), révélation [venant] du Tout Miséricordieux, du Très Miséricordieux…”, ‘Utba retourna auprès des siens et leur dit : “Ô mon peuple, obéissez-moi pour l’affaire d’aujourd’hui, et vous pourrez me désobéir par la suite. Par Dieu, j’ai entendu de cet homme des paroles dont mes oreilles n’ont jamais entendu rien de semblable, et je n’ai même su comment y répondre.” »
C’est un hadith très étrange dans cette chaîne de transmission.
Al-Bayhaqî rapporte ensuite (2), d’après al-Ḥâkim, d’après al-Aṣamm, d’après Aḥmad ibn ‘Abd al-Jabbâr, d’après Yûnus (3), d’après Ibn Isḥâq, qui a dit :
« M’a rapporté al-Zuhrî : j’ai appris qu’Abou Jahl, Abou Sufyân et al-Akhnas ibn Sharîq sortirent une nuit pour écouter le Messager de Dieu (ﷺ) alors qu’il priait la nuit dans sa maison. Chacun s’assit à un endroit pour l’écouter, et chacun ignorait où se trouvaient les autres. Ils passèrent la nuit à l’écouter, puis lorsque l’aube se leva, ils se dispersèrent et se rencontrèrent en chemin. Ils se reprochèrent mutuellement leurs actes en disant : “Ne recommencez plus, car si quelqu’un de vos gens vous voit, vous risquez de l’influencer.” »
Puis ils s’en retournèrent, mais la nuit suivante, ils revinrent chacun à sa place pour l’écouter. Ils passèrent la nuit de la même manière et, lorsque l’aube se leva, ils se dispersèrent, se rencontrèrent à nouveau en chemin, et se tinrent les mêmes propos que la première fois.