«Quel est le pire que tu aies vu Quraysh faire subir au Messager d’Allah (ﷺ) en raison de l’hostilité qu’ils lui manifestaient ?» Il répondit :
«Je les ai vus un jour, alors que leurs notables s’étaient réunis dans le Hijr. Ils mentionnèrent le Messager d’Allah (ﷺ) et dirent : “Nous n’avons jamais vu rien de semblable à ce que nous endurons de la part de cet homme : il a rabaissé notre raison, injurié nos pères, blâmé notre religion, semé la discorde parmi nous, insulté nos divinités, et nous voici engagés dans une affaire d’une extrême gravité” – ou quelque chose de ce genre.
Tandis qu’ils étaient ainsi à parler, le Messager d’Allah (ﷺ) arriva et marcha jusqu’à ce qu’il touchât l’angle (de la Ka‘ba). Puis il passa devant eux en faisant le Tawâf autour de la Maison ; ils lui lancèrent alors quelques propos blessants. J’ai bien vu ces propos se refléter sur le visage du Messager d’Allah (ﷺ), mais il poursuivit son chemin. Lors de son second passage, ils l’interpellèrent de nouveau de la même manière, et je perçus la même réaction sur son visage, mais il continua sans s’arrêter. À son troisième passage, ils l’attaquèrent encore verbalement. Alors il s’exclama :
“Écoutez-moi bien, ô gens de Quraysh ! Par Celui qui tient mon âme dans Sa Main, je suis vraiment venu à vous avec l’égorgement.”
La stupeur saisit tous ceux qui étaient présents, si bien qu’il ne se trouva personne parmi eux qui ne demeurât immobile, comme si un oiseau était posé sur sa tête. Même celui qui était le plus acharné auparavant à le malmener se mit à l’apaiser, au point de lui dire : “Éloigne-toi, Abou al-Qâsim, rentre chez toi, car tu n’es pas un ignorant.” Alors le Messager d’Allah (ﷺ) s’en alla.
Le lendemain, ils se rassemblèrent de nouveau dans le Hijr et j’étais avec eux. L’un d’eux dit aux autres : “Rappelez-vous ce qu’il vous a fait et ce que vous avez subi de lui, puis lorsqu’il vous a adressé ces paroles que vous détestez, vous l’avez laissé partir.” Pendant qu’ils discutaient ainsi, le Messager d’Allah (ﷺ) arriva, et ils se ruèrent alors sur lui d’un seul élan, l’entourèrent et dirent : “Es-tu celui qui dit ceci et cela ?”, allusion aux critiques de leurs divinités et de leur religion qui leur parvenaient de sa part. Le Messager d’Allah (ﷺ) répondit : “Oui, c’est bien moi qui dis cela.” J’ai même vu l’un d’eux saisir alors l’extrémité de son vêtement. Abou Bakr se mit à pleurer et se dressa devant eux, disant : “Malheur à vous ! ‘Tuez-vous un homme parce qu’il dit : “Mon Seigneur est Allah” ?’ (Ghafir : 28).” Alors ils s’éloignèrent de lui. Voilà bien le jour où j’ai vu Quraysh aller le plus loin contre lui.
Chapitre : Sur l’incitation des notables de Quraysh contre le Messager d’Allah (ﷺ) et ses compagnons, le fait qu’ils se réunirent chez son oncle Abou Tâlib, lequel était chargé de le protéger et de le soutenir, et leurs efforts insistants pour qu’il le leur livre, ce qu’il refusa par la volonté et la force d’Allah.
L’imam Ahmad (3) rapporte, d’après Waki‘, qui le tenait de Hammâd ibn Salama, lui-même de Thâbit, d’après Anas, que le Messager d’Allah (ﷺ) a dit :
“J’ai été persécuté dans la voie d’Allah plus que nul autre, et menacé dans la voie d’Allah plus que nul ne le fut. Il m’est arrivé de passer trente (4) jours et nuits, sans que ni moi ni Bilâl n’ayons autre chose à manger qu’un peu que pouvait dissimuler l’aisselle de Bilâl.”
Cette tradition est également rapportée par at-Tirmidhî et Ibn Mâja (5), d’après Hammâd ibn Salama. At-Tirmidhî la considère comme bonne et authentique (hasan sahîh).